Classical RevieW, 1888, p
— Vers la fin de l’hiver dernier, M. Delyannis, ministre de Grèce à Paris, m’invita à aller voir deux statues en marbre qui venaient d’être achetées par la chancellerie du consulat de Grèce à Paris. Le vendeur était un Grec qui, alarmé par les articles de certains journaux, s’imaginait que son gouvernement pouvait faire confisquer à Paris même, et sans indemnité, les antiquités exportées en fraude. La provenance indiquée pour ces deux statues est Corinthe, mais il ressort des explications du vendeur qu’elles ont pu y être apportées de quelque autre endroit (peut-être d’Alexandrie). Leur hauteur est d’environ un mètre : l'une représente une Artémis debout, avec le croissant lunaire sur le front, l’autre un homme barbu, sans doute un orateur ou un philosophe, qui tient un rouleau. Ce sont de bons marbres gréco-romains, parfaitement authentiques et bien conservés. Ils ont été expédiés au Musée d’Athènes, où ils tiendront une place honorable. C’est le cas de rappeler le proverbe y/.auz.’ et; ’Aôïjvaç, mais ce n’en est pas moins une bonne affaire pour la ville des chouettes.
— Le 51e volume de V Archaeologia contient un très intéressant mémoire de M. Westlake, accompagné de nombreuses photographies, sur les anciennes peintures byzantines dans les églises d’Athènes. Je signale ce travail, publié dans un recueil peu répandu, à tous les historiens de l’art médiéval.
— Un correspondant de 1 ’Athenaeum (7 juillet 1888) 1 s’est donné la peine de décrire une patère phénicienne du Musée d’Athènes, sans s’apercevoir que cet objet, étudié par M. Euting dès 1872, a été reproduit dans Y Histoire de l’Art de MM. Perrot et Chipiez (t. IV, p. 732, fig. 550). La provenance d'Olympie, indiquée par le correspondant de V Athenaeurn, repose sur un on-dit sans valeur.
— On lit dans la Chronique des Arts du 8 juin 1889 :
Le gouvernement grec a fait saisir et mettre sous séquestre, au Pirée, un certain nombre de caisses remplies d’antiquités, et destinées à être secrètement exportées à Marseille. En outre de statuettes de terre cuite, de chapiteaux de marbre, de marbres polychromes et d’inscriptions tom> baies, on a mis la main sur un objet de grande valeur et d’un caractère exceptionnel : un disque de marbre, sur lequel était peint un portrait et autour duquel s’enroulait, en lettres archaïques, l’inscription suivante :
« mnématod Ainéou sophias iatrou aristou». C’est probablement le même personnage que cite Stephanus Byzantinus (en parlant de l’ile de Cos et des descendants d’Esculape) ; il était l’un des trois fils du médecin Gnosidicus, et vivait aux temps des guerres persiques.
1. Passage reproduit dans Y American Journal of Avchaeology, 1888, p 357.
CHRONIQUE D’ORIENT (1889) [9a, 101-2]
Le vol du Cabinet des médailles. — Je commence par déclarer que j’aimerais autant ne plus m’occuper de cette affaire, mais puisque j’en ai déjà fait connailre les débuts ‘, je crois devoir, le plus brièvement possible, en résumer les péripéties ultérieures.
Une fois le célèbre Périclès Raftopoulos pris et condamné par la justice française % il restait au gouvernement grec la tâche d’établir les responsabilités et d’empêcher le retour de pareils desordres. M. Postolakka était toujours sous le coup d’une arrestation dont nous avons dès le début fait pressentir l’injustice; M. Svoronos, son auxiliaire, non moins injustement soupçonné, avait été destitué et se trouvait à Paris, travaillant pour le Corpus nummorum, que prépare, diton, M. Imhoof-Blumer d’accord avec l’Académie de Berlin. Comme il n’y avait d’autres numismates à Athènes que M. Mélétopoulos, qui ne tenait pas à s’immiscer dans la bagarre — il est d’ailleurs le parent et l’ami de M. Svoronos — et des marchands auxquels on ne voulait pas se fier, on fit venir de Berlin, comme nous l’avons annoncé5, un jeune savant, auteur de quelques mémoires de numismatique romaine, M. Pick. Il devait rédiger le catalogue, de la collection et procéder à son classement1. Mais M. Pick, qui parait moins diplomate que numismate, ne tarda pas à se brouiller avec les fonctionnaires de l’Éphorie générale. Pourquoi et comment, c’est ce qu on a raconté fort diversement et ce que nous n’avons pas à rechercher ici. Finalement, après une scène bruyante, M. Pick fut remercié et retourna a Berlin. Sur ces entrefaites parut à Athènes un pamphlet d une extrême violence, rédigé par M. Jean Svoronos et adressé par lui à un avocat d’Alliènes, M. Costi, mais imprimé, d’après ce que l’on assure, à son insu5. La brochure en question est surtout dirigée contre MM. Cavvadias, Comnos et Staïs; ces deux derniers, qui ne sont pas numismates, avaient été envoyés à Paris par le ministère grec poui rechercher les monnaies volées par Baftopoulos et, faute d informait . Revue archèol ., 1888, I, p. 366; 1888, II, p. 214.