The Nation, 23 octobre 1884, p
2. [En couleurs dans Schliemann, Tirynthe , éd. française, 1885, pl. XIII. 1
en creux remplis d’une substance bleue vitrifiée. Selon M. Beffner, la citadelle de Tirynthe n’est pas située sur un rocher, mais en plaine, et les fondations de l’enceinte cyclopéenne sont presque de niveau avec les champs qui les entourent. La lettre se termine par des récriminations amères contre « l’ami Schliemann », qui se serait rendu la besogne facile en jetant simplement les terres de déblai sur les murs •cyclopéens, lesquels se trouvent ainsi cachés à la vue, malgré l’admiration que M. Schliemann exprimait pour eux dans son ouvrage sur Mycènes. M. Deffner se dit « fort affligé de cette impiété, qui touche au vandalisme, et qui excitait une indignation générale à Argos et à Nauplie. » Nous n’avons pas à exprimer d’opinion sur des reproches dont nous ne pouvons contrôler personnellement l’exactitude, mais nous sommes sûr quele représentant de l’Éphorie grecque, M. Philios, n’aura pas donné son assentiment à des recherches poursuivies, au nom de la science, avec une pareille insouciance du lendemain.
Épidaure. — M. Cavvadias a publié dans l’ ’EÿijtjLspfç (1884, pl. III et IV) seize fragments de statues provenant des frontons du temple d’Esculape à Épidaure. Malgré l'insuffisance des reproductions, on peut déjà se faire une idée du style de ces œuvres, qui appartiennent à la meilleure époque de l’art hellénique. Nous souhaitons vivement qu’on ne tarde pas à les faire connaître par des photographies ; il est assurément regrettable qu’on n’ait pas publié une seule héliogravure d’après les statues découvertes à Epidaure depuis trois ans.
A l’ouest et non loin de la tholos de Polyclète, les fouilles ont dégagé les soubassements d’un temple dorique long de 24m,70 sur 13m,20 de large. C’est au cours de ces travaux que l’on a découvert les fragments des statues qui faisaient partie des sculptures des frontons. Comme le temple d’Esculape, au dire de Pausanias, était voisin de la tholos, M. Cavvadias a conclu avec vraisemblance que le temple découvert par lui était celui du dieu d’Épidaure. L’époque où cet édifice a été construit peut être déterminée assez exactement par le fait que les marques d’appareillage des pierres sont des lettres de l’alphabet antérieur à Euclide; M. Cavvadias pense qu’il a été commencé peu après l’achèvement du Parthénon, en même temps que les temples de Sunium, de Rhamnus et de Phigalie.
D’après les fragments recueillis par M. Cavvadias, il est facile de reconnaître que le fronton ouest l’eprésentait une bataille d’Amazones et le fronton -est la lutte des Centaures et des Lapithes. Malheureusement, ces sculptures sont fort mutilées et effritées par le temps. Au moyen âge, le temple d’Esculape avait été converti en une maison particu-
lière et l'on avait construit un four à chaux entre le temple et la tholos ■de Polyclète. Seuls, les morceaux détachés des frontons et recouverts de terre ont échappé à la destruction. Les trois figures les mieux conservées représentent une Amazone à cheval, le bras droit levé comme si elle se défendait contre un assaillant, et deux femmes vêtues de longues draperies assises sur des chevaux à la façon des Néréides, c’est-à-dire y.y.ihc xXeupàv, tandis que l’Amazone, suivant l’usage, chevauche xspiêâîïjv. Les deux dernières figures étaient vraisemblablement placées aux angles du fronton, en spectatrices paisibles de la bataille *. De la centauromachie du fronton ouest, il ne reste guère qu’un torse de femme agenouillée et qu’une tête de Centaure ; les autres fragments sont trop mutilés pour qu’on puisse tenter de reconstituer la scène. Le style de ces sculptures est très remai quahle et rappelle les bas-reliefs du temple de Phigaiie; M. Cavvadias les croit toutau moins exécutées sous la direction de Thrasymède de Paros, l’auteur de la statue chryséléphantine d’Esculape, que l’on considère comme un élève de Phidias.
Les fouilles ont recommencé à Épidaure dans les premières semaines de l’été dernier. Comme par le passé, elles ont donné des résultats fort intéressants, que nous résumerons ici en combinant les renseignements parfois bien vagues qui ont été portés à la connaissance du public. On a découvert un fragment d’inscription de 0m,35 sur 0m,30, s’adaptant à la seconde stèle des guérisons miraculeuses, une dédicace en vers de 78 lignes et d’autres textes épigraphiques. Le temple d’Artémis, comme l’appelle M. Cavvadias, a été entièrement déblayé1 2 : on a retrouvé assez de fragments d’architecture pour qu’une restitution intégrale en soit possible. Espérons qu’elle tentera bientôt l’un des pensionnaires de notre Villa Méclicis3. Parmi les sculptures on signale une très jolie statuette d’Esculape, deux torses d’adolescents d’excellent travail, la partie inférieure d’un bas-relief représentant Athéné, et surtout trois Victoires qui formaient les acrotères du temple d’Esculape. Toutes ces découvertes doivent être publiées dans les prochains fascicules de l’ ’Ecpyjp.epiç.
1. Un fragment de la tête d’une Amazone mourante parait, d’après lalithographie de 1’ ’E<pY)[j.eptç, pouvoir se comparer aux plus beaux produits de l’art grec. Nous en dirons autant de la partie supérieure du torse d’une Victoire ailée.
2. Cest le cinquième édifice d’Épidaure déblayé depuis le commencement des fouilles : les autres sont le théâtre, le temple d’Esculape, Vabaton ou dortoir des malades et la tholos de Polyclète.
3. Un essai de restauration de la tholos , par M. Doerpfeld, vient d'être publié dans les Ilpcocroiâ, 1884, mv. y’.
La Néx 'Hp.épa du 25 octobre annonce les trouvailles suivantes faites à l’est du temple d’Esculape : une tète du jeune Télesphore, identique à celle que l’on voit sur les médailles de Pergame ; une tête barbue colossale, excellent portrait de l’Épidaurien Euanthes, dont le nom a été lu sur une base de statue voisine; le corps de ce même personnage, portant la courte toge des statues d’époque romaine. Depuis, M.*çâwadias a encore découvert une tète colossale barbue, d’époque alexandrine; une tablette de marbre, ornée de deux têtes humaines en relief, surmontées d’un distique latin d’après lequel cette tablette serait une offrande d’un certain Gallus à Esculape, qui l’avait guéri d’une maladie d’yeux ; une statuette bien conservée d’Esculape assis ; la tète d’une statue colossale du même dieu ; une statue de bronze avec une inscription votive archaïque ; enfin, une colonne de marbre portant une inscription du VIe siècle avant J.-G. C’est le second texte antérieur à Euclide que l’on trouve à Épidaure.
Au sujet de la grande stèle des guérisons d’Esculape (plus haut, p. 65), nous devons faire observer que l’on'possédait déjà un document analogue du temps d’Antonin le Pieux, découvert à Rome dans l’ile du Tibre*! sur l’emplacement du temple d’Esculape (C. 7. G., 5980). On y trouve le récit de quatre guérisons, celle de deux aveugles, d’un pleurétique et d’un homme affecté de crachements de sang. Les remèdes indiqués par le dieu sont assez compliqués et rappellent les détails de l’inscription de Julius Apellas, dont nous avons reproduit ici les premières lignes (p. 69 ; cf. la traduction, p. 96).
M. Clermont-Ganneau a présenté, dans la Revue critique du 15 décembre 1884 (p. 502), des. observations nouvelles sur le rôle du chien dans le culte d’Esculape, que nous avons étudié d’après la stèle des guérisons d’Épidaure(Aewwe archéologique, 1884, II, p. 129; plusliaut, p 98 \ Le savant orientaliste a signalé trois passages qui m’avaient échappé et qui sont fort instructifs. Canes adhibentur ejus ( Aescu lapü ) templo, dit Festus, quod is uberibus canis sit nutritus. La tradition suivant laquelle Esculape aurait été nourri par une chienne est également rapportée par Lactance {De falsa religione, I, 10), d’après Tarquitius : Ait incertis parentibus natum, expositum et a venatoribus inventum. Élien parle de mille chiens sacrés nourris dansle sanctuaire de la divinité sicilienne Adranos [Nat. anim., XI, 20). Or, Adranos paraît être un dieu d’origine syrienne, Hadran. Quant à l’étymologie d’Esculape proposée parBochart et rappelée par M. Clermont- Ganneau, ich kalbi ce l’homme chien », elle m était naturel¬
lement venue à l’esprit, mais je n’avais pas osé la mentionner. J’aurais peut-être été moins réservé si je m’étais souvenu d'une très curieuse
inscription corinthienne du vie siècle, où l’on trouve la forme jusqu’à présent unique Aitj^XaS’.sç (Roehl, Tnscriptiones antiquissimae, n°549), qui se rapproche bien plus du prototype sémitique admis par Bochart que la forme ’Asy.Aïj-'.éç de la grécité classique.
Enfin, M. Hartwig Derenbourg a bien voulu m’écrire au sujet des chiens sacrés la lettre suivante, qu’il m’a autorisé à reproduire ici :
« En relisant la comptabilité manuscrite du temple de Citium, je crois toujours que les kelabim mentionnés sur les tablettes n’étaient pas des chiens, mais des hommes. Mais je ne veux pas rentrer dans le débat autrement qu’en vous envoyant les quelques documents dont je vous ai parlé.
« 1» Le nom propre dSniSs se trouve dans l’inscription 49 du Corpus irisa ipt. semitic. (p. 70 et suiv.). Comme M. Renan le remarque très justement, il est synonyme de üb xw (voir Corpus, p. 30, deux exemples). Où nous différons, c’est que je traduirais canis Del, ou canis Elimi d’une part, servus Dei ou servus Elimi d’autre part, mais non canis Deorum ou servus Deorum. P. 30, M. Renan signale la transcription grecque du second nom : ’AS5vjXi|j.oç.
« 2° Dans l’inscription 52 du Corpus (p. 72 et suiv.), un personnage est appelé tcb:>, nom que porte également son grand-père. Sans admettre le canis ejus, je suis convaincu de la parfaite identité entre tuba et abtubs.
« 3° C’est dans cette série qu’il faut également placer l’explorateur biblique abs. Ce qui est très curieux, c’est que les Septante traduisent l’ethnique labs (I Samuel , xxv, 3) par avôpwxoç y.uv.y.cç (cf. Gesenius, Thésaurus, s. v. aba; Schleussner, Lexicon, s. v. y.uv.y.cç). Les Daba me paraissent précisément des «v Optoxot xuvixoL »
La question des kelabim a encore été abordée par M. Merriam dans The Nation, 1885, p. 34. Le savant américain se rencontre sur plusieurs points avec M. Clermont-Ganneau, dont l’article a paru presque en même temps que le sien. U nous signale en outre les chiens sacrés du temple d’Héphaestos à Aetna en Sicile (Élien, Eût. anim., XI, 3). Cet Hépliaestos sicilien se rattacherait au Talos créto-phénicien, représenté avec un chien sur certaines monnaies de Phaestos en Crète. Adranus est également accompagné d’un chien sur les monnaies des Mamertins. Philostrate, dans sa Vie d' Apollonius de Tyane, mentionne des chiens sacrés attachés au temple de Dictynna en Crète; pour M. Merriam, Hécate a pu être, à l’origine, une divinité à tête de chien On sait que M. Schliemann, et bien avant lui B. Constant, ont soutenu que l’Alhénê et la Héra primitives avaient été représentées avec des tètes de chouette et de génisse; M. Milchhoefer et d’autres ne
13o CHRONIQUE D'ORIENT (1885) (5, 94-5]
paraissent pas loin d’accepter la théorie d’après laquelle les animauxattributs seraient comme les résidus d’images zoomorphiques primitives, transformées plus lard par les progrès de l’anthropomorphisme. M. Merriam ajoute en terminant : « Il est permis de se demander si les anciens interprètes juifs des Rois, II, xvii, 31, n avaient pas raison d’attribuer une figure de chien àNibhaz, 1 idole des Âvites, rattachant ce mot à la racine « aboyer » , comme Anubis latrator. »
Élatée. — C’est à l’ ’EçYj^spfç que nous devons emprunter quelques détails sur les fouilles de l’École française à Élatée. Les tiavaux commencés au mois de novembre par M. Paris, membre de 1 École, sur l’emplacement du temple d’Athéné Kranaia, ont été inteirompus par l’hiver pour reprendre le 7 mai 1884 et durer jusqu au mois de juillet de cette année. On a d’abord fouillé en dehors et au nord du temple, à la profondeur de 2 mèlres; cette recherche a mis au jour, vers l’angle nord-est de l’édifice, des fragments d’architecture en tuf avec des traces de couleur et des poteries portant des ornements en relief. On y a trouvé aussi la moitié de droite d’une tête de bon style et une hase de statue avec le nom d’Athéné Kranaia. A 1 intérieur du temple, on a découvert de nombreux fragments de statues en marbre dont quelques-unes paraissent avoir appartenu à une image colossale d’Athéné; deux bases avec inscriptions, où l’on a lu les noms des artistes Ergophile et Polyclès ; un décret d’une longueur considérable et d’autres inscriptions. A l’ouest, on a découv ert un pavé en mosaïque plus élevé que la base des colonnes. Des recherches pratiquées au nord du temple dans les terres de déblai anciennes ont fourni une quantité de terres cuites brisées, vases, figurines, têtes de lions, poteries avec épigraphes, etc. Enfin, l’on a recueilli beaucoup de petits objets en bronze et environ cent soixante-dix monnaies.
Olympie. — M. Dimitriadis, chargé par la Société archéologique de continuer les fouilles de la mission allemande, a pratiqué une tranchée d’essai à 6i mètres au nord de l’angle nord-est du stade. Cette tranchée n’a fait découvrir aucune construction. A une profondeur de I mètre, on a rencontré un tombeau en terre cuite contenant un crâne humain. Dans la Palestre, que les Allemands n’ont pas entièrement déblayée, M. Dimitriadis a découvert, à 2m,70 de profondeur, un mur de mauvaise époque composé de pierres calcaires et de fragments de marbre, provenant en partie du toit du temple de Jupiter. A la profondeur de 4 mètres, on a commencé à trouver des fragments de métal et des monnaies byzantines. Jusqu’à présent, on a retiré de la Palestre et du
lit du Cladéos trois cent cinquante-huit monnaies, parmi lesquelles de belles pièces en argent d’Élis. Les bronzes sont au nombre de quarantehuit : on signale la partie inférieure d’une statuette vêtue, avec des ailes étendues, une petite tète d’un bon travail archaïque et un trépied, archaïque également. Un plomb circulaire percé d’un trou porte, en petites lettres, l’inscription Iïpsijevi'îx. Les trouvailles les plus importantes sont trois fragments de marbre, dont l’un provient d’une métope du temple de Jupiter et les deux autres du fronton occidental du même temple l 2 * 4.
Orope. — Au mois de juin 1885, M. Phinticlis, vice-président de la Société archéologique, a commencé des fouilles sur l’emplacement du sanctuaire d’Amphiaraüs. Les résultats ont été dès l’abord très satisfaisants. On a trouvé un grand nombre de décrets de proxénie, inscrits à une époque postérieure sur des marbres portant des dédicaces à Amphiaraüs, et deux textes agonistiques intéressants. Mais le document le plus important que l’on ait mis au jour est un sénatus-consulte du temps de Sylla, parfaitement conservé, que 1’ ’E<pr;p.5ptç doit faire connaître sous peu!. Ce texte, dit-on, présente une étroite analogie avec le sénatus-consulte de Thisbé, si heureusement commenté par M. Foucart s. Comme tous les documents du même genre, il est remarquable par les latinismes de la rédaction, qui est une traduction littérale du texte latin faite vraisemblablement à Rome même. Plusieurs inscriptions trouvées au même endroit donnent des noms d’artistes nouveaux, Simalos, Dionysios fils d’Ariston, Agatharchos fils de Dionysios, Thoinias fils de Teisicratès de Sicyone % Teisicratès fils de Thoinias, Naxias fils de Lysimaque d’Athènes. On a encore découvert un théâtre d’une forme singulière, construit en tuf, et un portique adjacent au théâtre. Les abords de ce dernier édifice ont fourni une jolie statue en marbre représentant Hercule au repos, qui a été transportée à Athènes. Les fragments d’architecture et les chapiteaux, d’ordre dorique et ionique, sont en tuf calcaire et présentent des traces de couleurs. Sur le piédestal d’une statue colossale se lit l’inscription AHMOS A0HNAIQN. Une autre base supportait des statues de Plolémée et d’Arsinoé, comme le