I. Revue archéologique , 1882, t. II, p
n’a pas retrouvé un seul chapiteau de l’ordre supérieur, la restauration ne pourra pas être complète; mais on assure que les autres éléments de la construction ont été parfaitement déterminés.
A l’ouest de l’agora est un édifice que l’on croit être un temple. Là aussi se trouvait la principale porte donnant acccès à 1 agora ; on entrait par la rue venant de la porte occidentale percée dans le mur de la ville. Au-dessous de l’agora étaient les thermes, dont la restitution
est d’une grande importance, puisque cest le seul édifice de ce geme que l’on puisse rapporter à l’époque grecque. La ville d’Assos n’avait pas d’égouts; mais l’on a retrouvé une grande citerne, paifaitement conservée, large de 4 mètres et profonde de im,50. Dans 1 agoia, on a découvert un Œïjy.wjj .a, c’est-à-dire un étalon pour la mesure des liquides, et une sorte de moule-type pour les tuiles et les briques.
On sait que jusqu’en 1864 le théâtre d Assos était resté à peu piès intact. A cette époque, les Turcs le détruisirent et en transportèrent les pierres à Constantinople pour servir à la construction des quais. Néanmoins, il a été possible d’exécuter une restauration à l’aide des vestiges subsistants. On a pu également restituer le gymnase, dont une partie avait été occupée par une église byzantine.
L’allée occidentale des tombeaux a été explorée avec soin. Ce sont tantôt des sarcophages, tantôt de petites caisses en pierre contenant des cendres, parfois renfermées dans un vase. Quelques tombeaux ont la forme de petits mausolées s’élevant au-dessus du sol. On a ouvert 124 sarcophages, dont un en terre cuite, et un autre d’une pierre volcanique très poreuse où l’on peut reconnaître la pierre sarcophage d’Assos dont parle Pline. Bien que la plupart des tombeaux eussent été anciennement violés, ils ont fourni un certain nombre d’objets intéressants en terre cuite, en bronze, en verre, et même en or et en argent. Les figurines de terre cuite sont très nombreuses ; on en a trouvé jusqu’à trente dans un tombeau, parmi lesquelles quatre musiciens, trois joueurs de flûte, deux Apbrodites debout, six figures assises dans l’attitude des statues des Branchides. Des vases de verre.
d’une irisation très remarquable, des strigiles, des couteaux, des monnaies, des pointes de flèche, etc., ont été recueillis en quantité suffisante pour donner une idée l’art industriel d’Assos.
Les sarcophages contenaient parfois les ossements de cinq ou six personnes. Les urnes cinéraires sont en terre cuite avec un couvercle de plomb. Parmi les monnaies, qui sont au nombre de plusieurs milliers, il y en a deux cents d’Assos, dont quelques-unes en or ; on a aussi découvert quelques miroirs en bronze non gravés. Les inscriptions, ont l’étude est confiée à M. Sterrett, sont au nombre de soixante-
quinze et plusieurs sont très importantes. M. Clarke a fait une étude spéciale des murs de la ville, qui lui a permis de distinguer sept variétés de constructions, caractérisées par la forme des pierres et leur agencement. La porte de l’ouest, qui a été déblayée, est une construction militaire remarquable. Toutes ces découvertes seront reproduites et décrites dans la monographie en préparation, à laquelle les Antiquités ioniennes, publiées par les Dilettanti, doivent servir de modèle.
Il ne reste plus à explorer que la ville proprement dite; mais ce travail serait très coûteux, peut-être sans grands résultats, et les explorateurs américains n'ont pas cru devoir l’entreprendre. D’ailleurs, au train dont vont les choses, il ne subsistera bientôt plus que le souvenir d’Assos : les habitants de Behram n’ont pas attendu la fin des fouilles pour commencer à exploiter comme des carrières les monuments déblayés, et les couvercles des sarcophages ont été mis en pièces pour être transportés à dos de chameaux.
Voici maintenant les résultats du partage opéré par MM. D. Baltazzi et J. T. Clarke. Le gouvernement turc a reçu sept bas-reliefs de la frise du temple; les Américains en ont gardé deux, dont l’un représente un sphinx assis, et le second des Centaures poursuivis par Hercule. Parmi les sculptures, le Musée de Constantinople s’est réservé une tête d’allilète en marbre blanc, une tête de Bacchante et celle d’un personnage romain; l’Institut n’a eu qu’une figure barbue de basse époque. Les poteries, les terres cuites et les petits objets constituant le mobilier funéraire ont été repartis entre le gouvernement turc et l’Institut dans la proportion de deux à un. Quelques vases appartiennent à la classe dite des porcelaines de Rhodes et sont d’une grande beauté. Le gouvernement turc a encore reçu une main de femme en bronze, de grandeur naturelle et d’un excellent travail ; une biche en bronze accroupie ; l’inscription sur bronze contenant le serment des habitants d’Assos à Caligula, beaucoup de monnaies de bronze et d’argent, un crçy.wp.x parfaitement conservé, un anneau en or et des fragments d’architecture en terre cuite (grande tuile du temple, conduites d’eau des thermes et du théâtre, etc.). D’autres morceaux d’architecture, nécessaires à la restauration des monuments ont été abandonnés aux savants américains 1 .
1. En voici la liste, que je dois à l'obligeance d'un membre de la mission: Fragments d un pavé de mosaïque; tuiles, chapiteaux, triglyphes, fragments d’épistyles et de corniches; triglyphes du temple, morceau du fronton, tambour de colonne, poutre du plafond; trois colonnes avec épistyle d'un petit tombeau; bloc du fronton du portique, avec un bouclier rond; colonne
Nous n’hésitons pas à le dire, un tel partage est éminemment préiudiciable aux intérêts de la science et constitue un précédent des plus fâcheux, propre à décourager les explorateurs qui ne sont pas de simples marchands. La frise archaïque du temple d’Assos, un des monuments les plus curieux de l’art grec primitif, se trouve aujourd’hui dispersée dans les trois musées de Constantinople, de Paris et de Boston; les terres cuites d’Assos, hier encore inconnues, devront être étudiées à Constantinople et en Amérique. Les publicistes des États-Unis avaient exprimé le vœu très sensé que l’Institut américain rachetât la partie de la frise qui revenait de droit au gouvernement ottoman. Si ce marché avait pu se conclure, nous croyons que les organisateurs de l’entreprise n’auraient pas refusé d’entamer des négociations- avec le Louvre pour lui céder le reste de la frise en échange d’autres objets grecs plus aptes à satisfaire les goûts du public américain. La loi turque de 1874 statue que les objets indivisibles trouvés dans les fouilles devront être évalués par les deux parties et cédés à celle qui consentira à en payer le prix. Les archéologues américains auraient dû se prévaloir de cette disposition de la loi et maintenir que la frise d’un temple forme un tout essentiellement indivisible. Nous ne savons pas s’ils auraient été écoutés, mais tous les savants de l’Europe se seraient rangés à leur opinion *.
Constantinople. — On nous écrit de Constantinople qu’il se forme en ce moment dans cette ville, sous les auspices du Sultan, une Société archéologique qui doit être composée de membres payants et subventionnée par le trésor public. Elle se propose de pratiquer ■des fouilles sur la côte asiatique depuis Smyrne jusqu’à la Troade. In châ Allah! comme disent les Turcs. Nous attendons la Société à l’œuvre et nous lui souhaitons d’obtenir du gouvernement toutes les ressources qui lui ont fait défaut jusqu’ici pour construire des roules, des ponts, des écoles, et réparer les mosquées de Constantinople.
.archaïque d’un tombeau, en pierre; fragments de chapiteaux en marbre. Plus, deux caisses d'échantillons géologiques de divers points de la Troade.