‹ Chroniques d'OrientChapitre 7 sur 410 · A Karadja-Euren · texte numérisé non relu

A Karadja-Euren

nous nous sommes acquittés pendant cinq semaines de voyage. Mais les découvertes épigraphiques n’ont pas été cette fois mon but principal; j’ai consacré beaucoup plus de temps et d’attention à corriger la carte de Kiepert dans les districts que nous avons traversés. L’objet essentiel de notre voyage est la restitution de la carte de la Phrygie telle qu'elle était dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. J’ai négligé de vous signaler quelques sites anciens de moindre importance, dont les équivalents me sont inconnus.

« Vous pouvez faire de ma lettre tel usage qui vous semblera convenable; si vous la publiez en entier ou en partie, je vous prie de dire que M. Kiepert a eu la bonté de dresser à notre intention une carte de Phrygie à grande échelle qui nous a été d’une extrême utilité. »

Nos lecteurs ne nous reprocheront certainement pas d’avoir laissé la parole à M. Ramsay, dont nous avons traduit la lettre presque entièrement, en ne supprimant que quelques détails personnels. Le fait même de nous avoir adressé d’Oushak une lettre si longue, au retour d’un voyage fatigant et difficile, prouve non seulement la parfaite obligeance, mais l’activité et l’énergie singulières du jeune voyageur anglais. Les importantes découvertes qu’il nous communique, s’ajoutant à ses découvertes passées, lui assurent désormais une place à côté des Leake, des Fellows,des Hamilton, de tous ces explorateurs savants et hardis dont la tradition, interrompue depuis quelque temps, a été renouée avec un rare bonheur parM. Ramsay, sous le patronage de l’Université d’Oxford et de la Société anglaise pour l’encouragement des études grecques.

M. Ramsay est reparti, au commencement du mois d’août, pour une seconde tournée en Phrygie.

Nettoyage des bronzes. — Dans le Bulletin de Correspondance Hellénique de l’année courante (janvier 1883), M. Stillman a publié et décrit une admirable cuirasse de bronze ornée de dessins au trait, découverte dans le lit de l’Alphée et faisant partie aujourd’hui de la collection d’un Anglais à Zanthe. C’est à Zanthe que M. Stillman avait vu ce précieux objet, dont le possesseur lui-même était loin de soupçonner l’importance. En effet, la cuirasse était couverte d’une couche d’oxyde si épaisse qu’on n’y distinguait pas la moindre trace de figures. Ayant obtenu la permission de l’emporter à Athènes pour essayer de la remettre en état, M. Stillman travailla pendant plusieurs mois à désoxyder le bronze et il se servit à cet effet d’un procédé de son invention qui a donné le meilleur résultat, comme le prouve l’aspectdes photographies publiées par le Bulletin. L’article où M. Stillman ra-

contait sa découverte a été traduit par moi en français; mais nous n’avons pu ni l’un ni l’autre en corriger les épreuves et il s’y est glissé une faule d’impression que M. Stillman me prie de signaler à l’attention des archéologues. A la ligne 12 de la page 2, on a imprimé acide nitrique au lieu d’acte citrique. Axas, le paragraphe où M. Stillman fait connaître les procédés de nettoyage auxquels il a eu recours. Or, si quelque collectionneur avait eu la malheureuse idée de nettoyer un bronze à l’aide d’acide nitrique, il 1 aurait abîmé d une manière irréparable. Justement désireux qu’un accident de ce genre ne puisse être attribué à la lecture de son article, M. Stillman me prie d’insérer la note suivante, où il expose un procédé de nettoyage tout nouveau qu’on pourra appliquer avec profit dans les collections publiques.

« Dans le Bulletin de Correspondance Hellénique du mois de janvisr dernier, j’ai inséré une note relative à une cuirasse grecque archaïque découverte par moi; une erreur typographique m’y fait indiquer, pour le nettoyage des bronzes antiques, un procédé des plus dangereux, à la place du procédé très sur que j ai employé et que je recommande. Je ne sache pas que personne ait encore eu l'idée de s’en servir. Il consiste à recouvrir l’objet oxydé de ouate ( cotton-wool ) imprégnée d’une solution saturée d’acide citrique (C6H80 ) et non d’acide nitrique, comme me 1 ont fait dire les typographes, ce qui aurait pour effet infaillible de détruire complètement le bronze. Au contraire, l’emploi de l’acide citrique n’offre aucun danger, bien qu’il exige un temps assez long. En effet, cet acide n attaque pas le métal, mais seulement les oxydes métalliques, et en l’employant de la manière quej’ai indiquée on permet à l’air ambiant de fournir la quantité d oxygène nécessaire pour que les oxydes déjà formés soient parfaitement solubles. Cette méthode, il est vrai, enlève la patine, et il faut se garder de l’employer là où l’on désire que la patine reste intacte; mais l’importance de la patine est nulle lorsqu’il s’agit de rendre à la lumière ■des dessins ou des inscriptions d’un grand intérêt archéologique. L opération nettoie complètement le métal et ne l’entame aucunement, tout en faisant disparaître jusqu’aux dernières traces de l’oxydation. »

Samos, Délos. — M. Clerc, membre de l’École française d’Athènes, conduit en ce moment une campagne de fouilles dans 1 île de Samos, sur l’emplacement du temple d'Héra, où M. Paul Girard avait exécuté quelques travaux en 1879 ( Bulletin de Correspondance Hellénique, t. IV, p. 383, pl. XII)1.

1. [Ct. Clerc, Fouilles à l’Héraion de Samos, dans le Bulletin de Correspondance Hellénique , 1885, t. IX, p. 505-509. J

A Délos, où 1 École française est à l’œuvre depuis neuf ans, la direction des fouilles a été confiée cette année à M. Paris, membre de l’École. Le Messager d'Athènes du 17 août nous apporte la nouvelle d une découverte curieuse faite par notre compatriote dans la partie de l’ile voisine du théâtre.

C’est une maison de l’époque alexandrine, dont on a déjà déblayé la cour entourée de colonnes et douze chambres. Le sol de la cour est couvert d une belle mosaïque sur laquelle sont dessinés des poissons, des fleurs et d’autres motifs d’ornementation. Au milieu de la cour on a tiouvé un bassin plein d’eau. On a découvert aussi la porte d’entrée et l’espèce d’avenue qui s’ouvrait devant la maison1.

Cette exploration présente un grand intérêt, car l’on sait combien nous connaissons mal les maisons particulières des Grecs; il sera désormais facile de contrôler, à 1 aide d’un document certain, la description faite par Vitruve de la maison alexandrine. Nous pensons que l’emplacement où M. Paris a fouillé est celui même que nous avons signalé dans le Bulletin de Correspondance Hellénique (1883, p. 464) : « A mi-chemin du Cynthe, entre le théâtre et le Sérapiéion’ on voit les ruines d un édifice non encore déblayé, consistant en fûts de colonnes qui entourent une cavité rectangulaire. » Nous avions cru, bien à tort semble-t-il, y reconnaître une sorte de réservoir.

Jusqu’à présent, on n’avait guère fouillé les habitations privées à Délos, dont il existe un grand nombre, mais à une profondeur considérable, sur les collines entre le lac Sacré et la mer. Ulrichs avait recommandé cet emplacement à l’attention des archéologues; il pensait qu’on pourrait y découvrir quelques bronzes d'ail importants. M. Homolle, en 1879, a déblayé en partie une maison dont les murs étaient revêtus de stucs d’une très vive couleur (Lambros Athenaeum, 18 décembre 1880). Un peu plus au nord, j’ai découvert en 1882 le vestibule d’une autre demeure particulière avec des colonnes de marbre et une décoration en stuc analogue. Nous avions l’un et l’autre suspendu nos recherches à cause de la grande quantité de t-rre qu’il nous fallait enlever. La découverte de M. Paris prouve qu’elles méritent d’être reprises et que les demeures des hommes dans Pile d’Apollon, ne sont pas moins dignes d’étude que celles des

2. [Cf. Paris, Veuilles de Délos , maison du t. Vlir, p. 473-496, pl. XX-XXI.J

II” siècle, dans le Bulletin, 1884,

(REVUE ARCHÉOLOGIQUE, 1883, t. II, p. 261-264.)

Assos. — L’Institut américain a définitivement terminé ses travaux à Assos, et le partage des antiquités découvertes vient d’ètre effectué par les soins de M. Démosthène Baltazzi, commissaire du gouvernement ottoman. On connaît déjà, par un article de M. LudiowL les résultats des deux premières campagnes auxquelles M. J.-T. Clarke a consacré un remarquable rapport. Un article publié dans la revue américaine 1 he Nation, du 30 août 1883, nous permet de fournir quelques détails sur la troisième campagne qui vient de prendre fin; nous les donnons ici d autant plus volontiers que la relation générale des fouilles préparée par l’Institut américain ne paraîtra pas sans doute d’ici à longtemps.

Au mois d’avril dernier, M. Clarke étudiait le temple d’Assos et ses murs, M. Bacon l’avenue des tombeaux à l’ouest, M. Koldewey l’agora et les monuments avoisinants. Us n’avaient à leur disposition qu’une vingtaine d ouvriers turcs du village de Behram. Le but principal des travaux était la restitution architecturale des édifices déblayés, restitution que la dispersion des matériaux antiques a rendue souvent fort difficile. L’agora était limitée à l’est par le Bouleutérion, au nord par un portique, à l’ouest par un monument où l’on croit reconnaître un temple, au nord par des thermes. Le Bouleutérion avait cinq colonnes de façade. Le portique était un édifice dorique à deux étages, avec quatre degrés et une rangée de colonnes sur le devant; une seconde rangée de colonnes, au milieu, supportait le toit. L’étage inférieur était assez spacieux pour donner un abri, en cas de pluie, à tout le peuple rassemblé dans l’agora. La hauteur est presque la même que celle du portique de Pergame et celui d’Attale à Athènes. Comme l’on

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