Archaeolog. Zeitung, 1881, pl. XII, XIII
7° Les grandes figures en terre cuite, dont les différentes parties ont été moulées à part et rajustées ensuite. Les ornements y sont très nombreux ; les doigts des pieds mêmes sont couverts d’anneaux. Ces figures sont toutes richement peintes, tandis que les figures en pierre ne sont colorées qu’avec du rouge, rarement avec du jaune.
Les plus anciennes statues en pierre calcaire découvertes à Dali sont de style égyptien. M. Richter l’emarque que ce style caractérise les premiers produits de la sculpture en pierre, alors que les terres cuites primitives sont bien plutôt proto-babyloniennes, puis assyriennes et enfin égyptisantes ou gréco-orientales. Au vie siècle, comme l’ont démontré les fouilles de Polis tis Clirysokhou, la sculpture chypriote trahit exclusivement l’influence grecque. À côté des sculptures en pierre de style égyptisant, on en voit bientôt paraître d’autres qui sont plutôt phéniciennes; elles sont caractérisées par la grosseur relative et la laideur de la tète, avec une recherche maladroite de la ressemblance individuelle. La grossièreté du style n’est pas un critérium d’antiquité ; ainsi les figures chypriotes dues aux Phéniciens sont bien inférieures aux figures égyptisantes, bien qu’elles soient plus modernes. L’influence de l’esprit, sinon encore du style grec, se fait d'ailleurs sentir de bonne heure dans ces imitations locales, et tend à se substituer de plus en plus aux éléments orientaux qui sont la matière de la plastique chypriote à ses débuts.
Dans la série des statues découvertes à Dali, on peut suivre les transformations d’un même motif à travers les différentes phases que nous venons d’indiquer. Ainsi, nous trouvons d’ahord des figures qui tiennent la main droite, ou plutôt le poing, serré contre la poitrine, en laissant pendre le bras gauche le long du corps ; bientôt l’artiste place dans la main droite une fleur de lotus ; enfin, la main droite avec le lotus se détache du corps et s’élève, en même temps que le bras gauche s’infléchit et que la main soulève l’extrémité de la draperie. Nous avons alors le type bien connu de la Spes romaine, qui doit se perpétuer jusqu’à la fin de l’art antique.
Il est remarquable que, tandis que l’on a découvert à Chypre des tètes en calcaire rappelant l’art grec immédiatement avant Phidias (M. Dümmler vient de recueillir une tête qui ressemble à celle d’un desjTyrannicides de Naples), l’art de l’époque même de Phidias n’est représenté par aucune œuvre connue : ce n’est que plus tard qu’on retrouve à Chypre l’inspiration de Praxitèle et de la jeune école attique. Cette singularité s’explique par les vicissitudes politiques de l’ile, qui échappa à l’influence hellénique juste à l’époque de la plus grande
splendeur de l’art grec. D’ailleurs, Chypre est toujours en retard sur ses modèles, et ce n’est guère que sous les successeurs d’Alexandre que l’hellénisme y prévaut définitivement. C’est alors seulement, suivant M. Ilichter, qu’on y trouve des temples, au lieu des simples Tepivvjde l’époque antérieure, enceintes murées contenant un autel et souvent dépourvues de toits1. Les ex-voto sont placés dans des cours, sub divo, et non pas dans des endroits recouverts. En général, il y a deux enceintes juxtaposées, l’une avec les offrandes, l’autre avec l’autel; parfois, comme à Voni et à Dali, on en trouve une troisième, qui parait couverte et est entourée d’une colonnade. Ces sanctuaires proprement dits n’ont encore été signalés qu’en petit nombre, mais M. Richter espère que ses fouilles ultérieures pourront dégager ceux d’Achna et d’Athiénau. Il parait d’ailleurs certain que les espaces clos ne sont pas un élément nécessaire du temple chypriote primitif, et que le plus grand nombre des isp.Rïj étaient, suivant le sens propre du terme grec, uniquement des enceintes.
Au sud de Dali, près de l’endroit où fut découverte la table de bronze du duc de Luynes, M. Richter commença des fouilles sur la colline dite Ambelleri. Il y découvrit de beaux murs grecs en grand appareil, mais dut interrompre les fouilles faute d’argent. Deux ans après, en retournant au même endroit, il s’aperçut que les murs avaient été entièrement détruits et les pierres enlevées. Le vandalisme est encore, à Chypre, ce qu’il était au temps de M. de Cesnola (cf. Cesnola-Stern, p. x.)
X. Fouilles diverses. — A Tremithoussa, la plupart des tombes ont été violées antérieurement à l’occupation anglaise; elles appartiennent à l’époque alexandrine et gréco-romaine. On y a trouvé des verreries, des lampes romaines et un grand vase grec avec le graffite XAPH2. Les vases portant un nom propre au nominatif sont extrêmement rares.
Au cours d’un voyage d’exploration fait dans l’été del88'>, M. Richter s’est assuré qu’il existait à Hagios-l chyonos (Amathonte) un sanctuaire encore inexploré. A Polis tis Chrysokhou (Marion), il y a des tombes très nombreuses, contenant des statuettes en terre cuite du style grec le plus pur. A l’entrée d’un tombeau de Polis tis Cln ysokhou, on a découvert de nombreux fragments d'un groupe considé-
1. pi existait pourtant à Chypre des sanctuaires couverts, touchant a la cour où étaient placées les offrandes, par exemple à Voni, à Da.li et probablement à Tamissos ( Frangissa ), où M. Richter a fouillé au mois d’octobre 188o.]
rallie en terre cuite représentant des personnages accoudés sur des lits, suivant le type connu des sarcophages étrusques. Une figure couchée, donl la tète manque, a 0m,40 de long. M. Richter m’en a communiqué une photographie qui permet de juger du travail : il est remarquablement soigné, bien que les plis des draperies soient un peu raides. Chaque figure est montée sur une hase en forme de lit, surmontée à l’une des extrémités de deux coussins.
En 1883, M. Richter a fouillé pour le Musée Rritannique à Phoenidschaes et à Alambra. Il a remis à M. Furtwaengler un mémoire sur ces fouilles, qui doit être utilisé dans les Mykenische Thongefaesse de MM. Furtwaengler et Loeschcke. M. Richter a attiré l’attention des savants allemands sur une série de vases chypriotes qui rappellent de très près les vases de Mycèneset qui précèdent les vases à cercles concentriques datant de l'époque gréco-phénicienne. On trouve également à Phoenidschaes des vases analogues à ceux du Dipylon. La plupart de ces objets sont conservés actuellement à Londres.
M. Richter nous signale, entre autres, les faits suivants, que nous enregistrons volontiers à titre de renseignements :
1“ Le vase publié par M. Perrot ( Histoire de l'Art, t. III, fig. 525) comme découvert à Amathonte, vient en réalité de Zarnkas.
2° On ne trouve jamais ni miroirs de bronze ni figurines en terre cuite avec des vases portant des ornements incisés*. Aussi M. Richter ne peut-il admettre l’hypothèse que l’on aurait produit à Chypre des vases à décor incisé jusqu’aux derniers jours de l’antiquité (Perrot, t. III, p. 686). Ce que l’on dit de la stagnation des procédés artistiques à Chypre provient, en grande partie, des confusions qui ont été commises par les auteurs des fouilles antérieures, qui n’ont pas marqué avec assez d’exactitude les circonstances et les lieux de leurs découvertes.
1. [On ne découvre pas non plus dans ces conditions de figurines grossières de style phénicien comme celles que M. Heuzey a attribuées à Alambra, où elles auraient été recueillies, suivant M. de Cesnola, avec des vases à ornements incisés. Les rares figurines de l’époque pré-phénicienne — la seule où l’on rencontre des vases à décors incisés — sont : 1° des galettes, où les ornements et les yeux, incisés d’abord, sont peints un peu plus tard ; 2° à la fin de celte période, des idoles du type de Perrot-Chipiez, t. III, fig. 150, 374, 375 (mais non pas fig. 149, 376). Les figurines de ce genre, très nombreuses à l’époque phénicienne (Perrot, ibid,, pl. III, fig. 394, 395, 403), manquent absolument à 1 époque antérieure. La succession des types caractéristiques est donc la suivante . 4° idole en galette avec incisions; 2° la même avec dessins géométriques , 3° idole en ronde bosse avec une sorte de calecon (Perrot, t. 111, fig. 150, 374, 375).]
XI. Fouilles auxquelles M. Richter n'a pas assisté. — Sachant que de nombreuses fouilles avaient eu lieu à Chypre depuis 1878 sous la direction et aux frais de diverses personnes, j’avais pr.é M. Richter de me faire parvenir quelques renseignements à cet égard. Voici les indications que je dois à son obligeance :
Le 1er janvier 1882, le lieutenant Kitchener et M. G. Hake commencèrent des fouilles aux frais du Musée de South-Kensington. On trouva de nombreuses antiquités dans la plaine de Salamine et dans la nécropole voisine du couvent de Saint-Barnabas, notamment de belles statuettes gréco-romaines. A Gastria (presqu’île de Karpasso) on découvrit des vases de style gréco-phénicien, dont l’un porte une procession d’animaux. D’autres tombeaux furent ouverts à Episkopi (Curium). En 1883, le major Chard recueillit de nombreuses statuettes au même endroit; une partie de ces objets a été réclamée par le Musée de Chypre. Il paraît que les environs de Curium ont aussi été exploités avec succès parM. J.-W. Williamson, éditeurdu Cyprus Herald', mais ces fouilles, comme les précédentes, n’ont été exécutées qu’en vue de découvrir des antiquités et les enseignements qu’on peut en tirer sont, par suite, sujets à caution.
Des fouilles tout à fait tumultuaires ont été pratiquées à Limisso aux frais de M. R. Mitchell, commissaire du gouvernement à Limassol, à latin du printemps de 1883. Le manque de surveillance paraît avoir été tel que les objets des époques les plus diverses furent confondus : des scarabées égyptisants ou phéniciens auraient été découverts, au dire des fouilleurs, en même temps que des lampes romaines et un vase archaïque décoré d’une procession d’animaux. Toutes les fois que l’on n’a pas surveillé de près les fouilles à Chypre, on a cru découvrir à la fois des objets de dates fort différentes ; par contre, quand on fait attention, on reconnaît toujours que chaque groupe de tombes a son mobilier spécial. La remarque est utile à faire pour prévenir de nouvelles confusions dues à des procès-verbaux de fouilles inexacts, on composés après coup d’après des on-dit de paysans.
Il faut féliciter le gouvernement anglais d’avoir laissé subsister la loi des antiquités de 1874, qui, en assurant à l’explorateur une part des trouvailles, stimule le zèle et l’esprit de recherche des particuliers. Mais il semble qu’il ne serait pas excessif d’exiger que les fouilles entreprises par de simples chercheurs d’antiquités ou par des marchands fussent entourées de certaines garanties. La loi turque de 1874 imposait aux explorateurs l’obligation de rédiger des procès-verbaux détaillés, indiquant jour par jour, ruine par ruine et tombeau par tombeau, les objets découverts au cours des fouilles : il serait bon
de remettre cette partie du règlement en vigueur et au besoin de faire surveiller les chercheurs par des employés spéciaux, chargés de rédiger au fur et à mesure les inventaires et, toutes les fois que cela serai t nécessaire, de dresser des plans. Ce ne sont pas les antiquités chypriotes qui manquent dans nos musées : on peut même dire qu’ils en sont encombrés, mais la plupart, arrivées sans état civil, ne sont curieuses qu’à titre de bibelots et n’autorisent pas de conclusions sur les progrès de l’art et la succession des styles. Le temps est venu d’introduire dans ces études les préoccupations d’une méthode rigoureuse. Ce n’est pas le moindre mérite de M. Richter d’avoir procédé, dans ses nombreuses recherches, avec la minutie dont témoignent les rapports qu’il nous a fait l’honneur de nous envoyer. Puisse-t-il continuer à servir ainsi, malgré les obstacles auxquels se heurte son ardeur, les intérêts de la science et de la vérité ! Puisse-t-il surtout être mis en possession, par la libéralité du gouvernement britannique, de cet indispensable nerf des fouilles qui lui a trop faitdéfaut jusqu’à présent !
(UE VUE ARCHÉOLOGIQUE, 1886, t. I, p. 143-170.)
Athènes. — En nommant M. Cawadias au poste d’éphore général des antiquités, laissé vacant par la mort de M. Slamatakis, le gouvernement hellénique a fait un excellent choix. L’heureux explorateurdu sanctuaire d’Esculape àÉpidaure est un élève des universités de France et d’Allemagne; il a suivi les cours de M. Foucart à Paris, de M.Brunn à Munich, et a témoigné, par ses publications, d’une rare connaissance de l’histoire de l’art grec et de l’épigraphie. C’est à lui que l’on doit, entre autres, la première étude sur les fragments de Scopas conservés au Musée de Piali et la séduisante hypothèse que la Victoire de Samothrace serait l’œuvre d’Eutychidès de Sicyone. Nos lecteurs connaissent en partie les belles découvertes faites par M. Cawadias à Epidaure, qui sont loin encore d’avoir été toutes publiées. Outre ses articles et notices dans les Annali de Rome, F ’AGij 'atov, F et les ripay.Tiy.â de la Société archéologique, M. Cawadias a donné un bon manuel d’archéologie gréco-romaine sous le titre de 'Iovopia r?jp EXXïjviy.îfe y.aXXrcî^vîaç, 1884. Ce volume, qui ne comprend que 351 pages, mériterait d’être répandu ailleurs qu’en Grèce; il est le premier précis de ce genre qui donne partout l’indication des sources et soit parfaitement au courant des dernières découvertes. Ajoutons que nous avons connu M. Cawadias autrement et plus agréablement encore que par la lecture de ses œuvres ; nous sommes certain que les archéologues étrangers séjournant en Grèce trouveront toujours en lui un savant disposé à seconder leurs recherches et préoccupé avant tout des progrès de la science.
— On annonce que les dernières découvertes faites sur l’Acropole (comprenant des fragments d’un fronton archaïque étudiés dans F E<pv;p.epiç par M. Purgold), seront cataloguées et publiées par une
commission spéciale, formée de MM. Tsountas (inscriptions), Cavvadias et A. Koumanoudis (monuments figurés)1.
— Les fouilles de M. Penrose sur l’emplacement de l’Olympiéion, exécutées aux frais de la Société des Dilettanti, ont fait découvrir de nombreuses bases de colonnes et d’immenses blocs de marbre empilés au niveau des fondations.
— On lit dans le Messager d' Athènes du 5 décembre 1885 :
« Dans les fouilles pratiquées à l’Acropole, on vient de découvrir une statuette en bronze représentant une femme vêtue d’une tunique dont elle relève les bords delà main droite. On vient de découvrir aussi un tableau en terre cuite dont les peintures, dans leur ensemble au moins, paraissent assez bien conservés. »
— Une Société d’archéologie chrétienne s’est formée à Athènes sous la présidence de M. Lampakis. Elle se propose de faire connaître les monuments grecs du moyen âge et d’en assurer la conservation.
— Le directeur de l’École américaine d’Athènes pour l’année 1885, M. van Benschoten, a été remplacé par M. Allen, qui doit diriger les travaux de l’École en 1886.
Eleusis. — On a découvert sous les fondations de la grande salle d’initiation à Éleusis les traces de l’ancien sanctuaire détruit par les Perses. C’est un carré, dont le côté est à peu près équivalent à la moitié du côté du temple nouveau bâti par Ictinus ; il comptait vingt-cinq colonnes sur cinq rangées. L’ancien temple occupe si exactement l’angle nord-est du nouveau, que ses murs oriental et septentrional paraissent coïncider exactement avec ceux du temple d’Ictinus. Cette découverte vient s’ajouter aux constatations analogues qui ont été faites dans ces dernières années et qui ont permis de retrouver les débris du Parthénon, du temple du Rliamnus et de celui de Sunium tels qu’ils étaient avant les guerres médiques2.
Olympie. — Dans la séance du 7 juillet dernier de la Société archéologique de Berlin, M. E. Curtius a communiqué une nouvelle inscription découverte par M. Purgold à Olympie. Cette inscription se lit sur la base de la statue d’un vainqueur aux jeux nommé par Pausanias, le Messénien Sophios. Voici le texte du Périégète (VI, 3, 2) : Metà 8à xov Xaipsav Msaaijviô? ts irai; Ssipioç xal âvvjp HXsïoç àvâxsiva'. 2jto[aioç. Kai tu p,sv touç auvôéovraç t 5W T-yloon ivapsXGôïv.., . uxîjp!;ev.
1. Nous réservons pour une prochaine Chronique l’exposé des découvertes de l’Érechthéion en février 1886.