LA REINE, MADAME DE MOTTEVILLE, LE ROL
La Reine vient d'acliever sa toilette. Madame de Motteville est encore occupée autour d'elle.
LA REINE
Laissez-moi, laissez-moi, madame Motteville, Ne me tourmentez plus de ce zèle inutile ; Laissez, à ma toilette il ne manque plus rien. Pour l'état de mon cœur elle est cent fois trop bien !
MADAME DE MOTTEVILLE
Étes-vous donc, Madame, à ce point abattue ! Vous jouez à mourir, et le chagrin vous tue !
Plût à Dieu qu'il fût vrai, je ne m'en plaindrais pas !
MADAME DE MOTTEVILLE
Madame, au nom du ciel ! . . .
LA REINE
Que me fait le trépas?
En butte aux coups du sort, qui semble me poursuivre^ Il doit m'importer peu de mourir ou de vivre !
MADAME DE MOTTEVILLE
Madame, vos discours ont affligé le Roi ; Voyez, il est en pleurs.
LA REINE
Venez auprès de moi, Mon fils. Pourquoi pleurer? D'où vient cette tristesse?
LE ROI
Puis-je ne pas pleurer quand vous souffrez sans cesse ! C'est eiicor, j'en suis sûr, ce méchant Parlement! Mais laissez-moi grandir, et vous verrez comment Je lui ferai payer les chagrins qu'il vous cause !
LA REINE
Je Tcspère, mon fils, sur vous je me repose ;
fliais, par malheur pour nous, ce temps est encor loin ;
Alors de vos secours je n'aurai plus besoin !
MADAME DE MOTTEVILLE
Eh! Madame, de grâce....
Oui, c'est trop de faiblesse !
Au Roi.
Retirez-vous, mon fils, je dois ouïr la messe.
LE ROI
Quoi ! VOUS me renvoyez?...
LA REINE
Il le faut bien ;
à part.
Hélas!
LE ROI
Du moins pi omettez-moi que vous ne mourrez pas?
LA REINE
Non, puisqu'à mes enfans ma vie est nécessaire. Venez, mon fils, venez embrasser votre mère ; Maintenant laissez-nous, et calmez votre effroi.
Au capitaine des gardes qui entre.
Monsieur de Villequier, accompag^nez le Roi,
Le Roi sort.
Que de soucis amers ton avenir me cause, Cher enfant 1 on dirait qu'à mes vœux tout s'oppose : Je vois l'honneur du trône et les droits souverains, Malgré tous mes efforts, dépérir dans mes mains. Eh ! que dirai-je un jour, quand mon fils, à ma honte, De son autorité me demandera compte ?
Ne lui rendrai-je donc qu'un trésor appauvri, Des sujets révoltés, un pouvoir amoindri I Car j'en suis maintenant à ce point parvenue Que ma voix dans l'Etat est seule méconnue. Les Princes, les Frondeurs, Monsieur, le Parlement, Tous ont des bras soumis à leur commandement. Mais moi, moi seule, en vain, je prie ou je menace : Honteux de ma faveur, et fiers de ma disgrâce, Mes plus chers serviteurs sont prêts à me trahir. Et se font un honneur de me désobéir !
MADAME DE MOTTEVILLE
Ah ! Madame, contre eux quelle erreur vous abuse ! Croyez....
LA REINE
Ce n'est pas vous, Madame, que j'aecuse; Je connais votre zèle, et n'en veux point douter.
MADAME DE MOTTEVIILE.
Vous faites tort à tous en voulant m'excepter, Vous si juste et si bonne !
LA REINE
Oui, le dépit m'emporte; Mais quoi] n'en ai-je pas de raison assez forte? Point d'argent pour le Roi, de paix pour le pays. Des ennemis puissans, des ministres haïs ! Madame, en cet état que me sert d'être Reine?
MADAME DE BIOTTEVILLE.
Ah ! chacun vous respecte et vous chérit : la haine Accuse seulement monsieur le Cardinal
LA REINE
Est-ce donc me chérir que lui vouloir du mal? L'amour du bien public, dit-on? pure grimace ! Tout bas de mon ministre on convoite la place ; Ce feint respect pour moi ne me déguise rien : Pense-t-on m'abuser? et ne sais-je pas bien, Puisqu'il m'est dévoué, qu'il me sert et qu'il m'aime,
Que s'attaquer à lui c'est s'en prendre à moi-même !
Je connais du parti l'ambitieux dessein,
Le nom du Cardinal est un prétexte vain :
Vous croyez qu'à sa chute aspire leur vengeance ?
Non, je subis les maux qu'entraîne une Régence,
Où chacun, se croyant redoutable au pouvoir.
Veut en exiger tout et ne lui rien devoir.
Les grands, à leur profit, fomentent le désordre ;
Toujours à cet appât le peuple est prêt à mordre >
Et soulevé sans cesse, au gré des factions,
Croyant servir sa cause, il sert leurs passions.
MADAME DE MOTTEVILLE
11 est le moins coupable 1 . . .