‹ Chroniques de FranceChapitre 24 sur 40 · BOUTTEVILLE, JARZÉ, TA VANNES · texte numérisé non relu

BOUTTEVILLE, JARZÉ, TA VANNES

Boutteville et Jarze outrent. Tavannes descend le degré. TAVANNES.

OÙ voulez-vous aller? On n'entre point là-haut.

JARZÉ

Quel conte!

TAVANNES

Non vraiment, vous le verrez bientôt, Tout est clos, et messieui's les Gardes de la porte L'ont fermée à mon nez de fort étrange sorte.

BOUTTEVILLE

Si le Prince l'ignore, il faudrait l'avertir.

JARZÉ avec inquiétude.

Ltes-vous sûrs, Messieurs, qu'on nous laisse sortir?

BOUTTEVILLE

Ah parbleu ! de ta part la question est bonne ;

Que voudrais-tu qu'on fît, dis-moi, de ta personne?

TAVA>JNES d'un air railleur.

Quoi! monsieur de Jarzé, vous auriez quelque peur. Vous que la Reine accueille avec tant de faveur?

JARZÉ

Tout en croyant railler vous dites vrai, peut-être. Malgré l'éclat qu'ici la Reine a fait paraître, Savez-vous ce que prouve au fond ce grand courroiLx?

TAVANNES

Quoi donc?

JARZÉ

Que j'ai rendu le Mazarin jaloiLx.

TAVANNES riant.

En effet!

BOLTTEVILLE.

Peste soit de toutes vos sornettes !

Oubliez-vous le Prince? et quel tort vous lui faites? Tout ce que j'aperçois au-dedans, au-dehors, Me semble à sa personne avoir quelques rapports ! . . . N'est-il point à l'hôtel de Condé?

TAVANNES

Je l'ignore.

BOUTTEVILLE

Serait-il au Conseil?

TAVANNES

Il est trop tôt encore.

BOUTTEVILLE

Ah! si quelque péril le menace aujourd'hui, Jurons du moins, jurons de tout risquer pour lui ; Nous le devons. Messieurs, au Prince qui nous aime.

TAVANNES

Quand on fait ce qu'on doit. Comte, c'est pour soi-même.

BOUTTEVILLE vivemcnt.

Le Prince est votre ami?

TAVANINES.

Du moins je suis le sien.

JARZÉ

Un carrosse est entré, cessons cet entretien.

BOUTTEVILLE

C'est le Prince; je vois la livrée isabelle.

JARZE.

C'est sa mère, et non lui.

La princesse de Condé entre.

BOUTTEVILLE allant au-devant d'elle.

Votre Altesse sait-elle Que le Palais-Royal est aujourd'hui fermé?

LA PRINCESSE DE CONDE

Oui, mais vous auriez tort, je crois, d'être alarmé; La Reine, nous dit-on, est dans son lit souffrante, Et moi j'accours près d'elle, en fidèle parente.

TAVANNES

Ceci, vous le pensez, ne cache rien de plus?

LA PRINCESSE DE CONDE

Je ne sais. Comme vous, j'ai des doutes confus. Et cependant mon cœur ne croirait qu'avec peine A de méchans desseins de la part de la Reine.

SCENES DE LA FRONDE. 26t

J'ai voulu confier mes craintes à mon fils, Mais je l'ai vu bien loin rejeter mes avis ; Il traite mon effroi de vision sinistre, Prétend qu'il est certain de la foi du ministre; Pour y croire, Dieu sait quelles sont ses raisons!.. , Et je viens chez la Reine éclaircir mes soupçons.

BOUTTEVILLE

Madame, à votre avis ne serait-il point sag^e De retenir ici Son Altesse au passage?

LA PRINCESSE DE CONDE

Vous ferez, mes amis, ce que vous croirez bien, Dans le trouble où je suis je ne vous prescris rien. Elle monte an palais.

TAVANNES

Que déciderons-nous?

BOUTTEVILLE

L'embarras est extrême.

JARZE.

Quelqu'un vient!

BOUTTEVILLE regardant au dehors.

Cette fois c'est le Prince lui-même.

Le prince de Condé entre.

LE PRINCE DE CONDE Hunt.

Quoi! plantés tous les trois au pied de l'escalier? Lequel de vous postule un emploi de portier?

BOUTTEVILLE

Votre Altesse croit donc avoir sujet de rire?

LE PRINCE DE CONDE

Pourquoi pas? Qu'avez-vous de si triste à me dire?

TAVANNES

Ce qu'il vous faut savoir pour votre sûreté ; Le palais est fermé.

LE PRINCE DE CONDE ironiquement.

L'étrange nouveauté, Quand la Reine est malade !

TAVANJSES.

Et si c'est une feinte?

LE PRINCE DE CONDE

Et qui peut, s'il vous plaît, m'inspirer cette crainte?

BOUTTEVILLE

Je ne sais ; mais il court mille bruits alarmans ;

Les troupes, m'a-t-on dit, font quelques mouvemcns.

LE PRINCE DE CONDÉ

Je m'en doutais! gaj^eons, mon pauvre Boutteville,

Que lu crois me servir d'en émouvoir la ville !

BOUTTEVILLE

Assurément.

LE PRINCE DE CONDÉ

Eh bien ! c'est fort mal à propos, Et tu m'obligerais de rester en repos.

TAVANNES

Votre Altesse toujours de quelque raillerie A payé ses amis.

BOUTTEVILLE avcc vivacilé.

Est-ce une moquerie Que du Goadjuteur les secrets rendez-vous Avec le Cardinal?

LE PRINCE DE CONDE

Vous êtes tous des fous.

TAVANNES

Votre Altesse, en effet, seule a droit de le dire !

BOUTTEVILLE

De cette anxiété que Monseigneur nous tire. Car tout ce que j'entends me paraît fort peu clair.

LE PRINCE DE CONDE

Eh bien ! ces rendez-vous sont des contes en l'air.

BOUTTEVILLE

Qui dit cela?

LE PRINCE DE CONDE

Parbleu ! le Cardinal lui-même.

TAVANNES

Quel garant !

BOUTTEVILLE

Pour le coup ma surprise est extrême ; Est-ce à lui sur ce fait qu'on devrait se fier?

LE PRINCE DE CONDE

Croyez-vous donc qu'en face il l'eût osé nier? Quelle que soit d'ailleurs sa fourberie insigne, Un homme se trahit toujours par quelque signe.

JARZÉ mettant la main à son épée.

Au besoin, Monseigneur n'a-t-il pas aujourd'hui Des amis dévoués prêts à mourir pour lui? LE PRINCE DE CONDE en riant.

Modère, ami Jarzé, la valem' qui t'enflamme, Et surtout laisse en paix dormir ta bonne lame.

TAVANNES

Allons, puisqu'il n'est rien qui soit à redouter 1

BOUTTEViLLE ttu Pritice.

Non, quoi que vous disiez, j'ai peine à vous quitter,

LE PRINCE DE CONDE

Pour le coup, c'en est trop ! vous m''^chauffez la bile.

Me croyez-vous mener comme un en font débile?

Je suis las de rêver pièges, trames, complots,

Et de passer mes jours et mes nuits sans repos.

Pourquoi?. . pour des soupçons, de vains bruits ! Sur mon amc

Je deviendrais bientôt pis qu'une vieille femme !

BOUTTEVILLE mécontent.

Au zèle d'un ami foire un accueil pareil ! . . .

Ne me retenez plus, on m'attend au Conseil. Mais où donc court Vigneul avec tant de vitesse ? Vigueul entre précipitamment.

viGNEUL essoufflé.

Quel bonheur c'est pour moi de trouver Votre Altesse ! Je craignais d'arriver quelques instans trop tard; D'un avis important je viens vous foire part — On m'écrit que pour vous on craint quelque surprise.

BOUTTEVILLE

Encore un témoignage I

LE PRINCE DE CONDE

Encore une sottise ! . . .

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