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TEMPS MODERNES

Comment , Sire ! me suis-je écrié ;

dès Fontainebleau Votre Majesté a songé au retour?

— Oui, sans doute

Laissez-moi, laissez-moi, souvenirs d'un autre âge. De tous nos morts fameux entretien passager, Laissez-moi retourner à mon premier langage,

Langage à ma bouche étranger ; Laissez-moi ressaisir les cadences pressées, En mètres inégaux librement balancées,

Les rythmes divers et mouvans,

Et ces fugitives images.

Qui changent comme les nuages

Chassés par l'haleine des vents :

Non celles toutefois qui, d'abord dévoilées,

Amusaient mon œil enfantin.

Qui passèrent, de rire et de larmes mêlées, Comme d'un jour de mars les brusques giboulées Se mêlent aux rayons d'un soleil incertain ; Non celles qui plus tard, de jemiesse brillantes. Charmaient de mes beaux jours les heures nonchalantes, Qui, pleines de fraîcheur, d'innocence, d'espoir, Reflétaient la nature ainsi qu'un pur miroir, Et qu'il fallut quitter comme après une fête Je quittais ma parure et les fleurs de ma tête ; Non celles qui naguère en élans solennels Semblaient porter mon ame aux parvis éternels,

Ferventes et silencieuses, Comme au pied d'un autel les prières pieuses. Comme auprès d'un berceau les rêves maternels ! Où sont-elles?... où sont les feuilles de l'automne? Où sont les flots poussés dans leur cours monotone? Du rapide courant chaque goutte qui fuit Sur la rive sonore éveille un nouveau bruit ; Et chaque heure du jour, par une heure chassée, Ebranle dans son vol la mobile pensée.

Variable instrument, clavier où sous nos doigts

Le même accord jamais ne se trouva deux fois !

Qui sait si la minute où je parle, écoulée.

Ne verra point ma peine ou ma joie envolée ;

Si les pensers inscrits aux feuillets que je tiens.

Un an, un mois passé, seront encor les miens !...

Déjà même, déjà de la page dernière

Si mon œil tout-à-coup remonte à la première,

Avec étonnement, peut-être avec effroi.

Je m'y cherche moi-même, et dis : Ce n'est plus moi ! . . .

Non, je ne laisse plus ma vague rêverie

Me bâtir à son gré ce palais de féerie.

Où jusqu'à la douleur prend un aspect plus doux :

Comme nos traits, hélas ! le temps change nos goûts !

Aujourd'hui, recueillie en une paix profonde,

J'aime de ma retraite à jeter sur le monde

Un regard à la fois pensif et curieux.

Qui souvent s'en détourne et se reporte aux cieux.

Laissez-moi, l'œil fixé sur cette scène errante,

En spectatrice oisive, et non indifférente.

Au bruit vaste et lointain des grands événemens,

Ecouter de mon cœur les secrets battemens ; Puis, de leurs vils ressorts pénétrant le mystère, Dédaigner de bien haut les choses de la terre ; Puis d'un rêve orgueilleux m'éveiller à moitié, Et sur ma propre erreur sourire de pitié 1

Ainsi je me prépare à ces accords plus sombres Que l'âge et les soucis menacent de leurs ombres, Sans poursuivre d'efforts ou de vœux superflus, Des songes et des jours qui ne reviendront plus.

LA

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