‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 102 sur 135 · CHAPITRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVIII

lia mort pitoyable et lamentable de monseigneur Loys de Bonrbon éyesque de Liëge , duc de BouîUon et comte de Los.

Horrible discorde et dissention grande fut engendrée entre révérend père en Dieu, monseigneur Loys de Bourbon, évesque de Liège, et messire Guillaume de la Marche , nommé La Barbe, mambour de Liège, auquel ledit évesque avoit tenu un enfant sur fons , et l'estimoit estre son bon et cordial ami ; mais il advint que ledit Guillaume achepta, par le consentement des chanoines de Saint-Lambert, la terre de Francemont , par quoi il s'esleva en grand orgueil , et estoit dès lors plus

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crenieu en Liège que Tévesque son maistre , car il j avoit plus grande sieute après lui pour avoir offices , qu'il n'y avoit après Tévesque son compère, et duquel grand honneur lui estoit venu. Et oultre plus, ledit Barbe avoit occis de sa main^ par aguet, en retournant de la messe, maistre Richard > serviteur ^ domestique et séelleur dudit évesque , par quoi icelui se contenta mal ; et parcreut la haine entre eux plus angoiseuse que devant; et lui manda Tévesque qu'il feroit bien sans lui ; et de faict le fit bannir de sa cité ; et ledit messire Guillaume, qui porta mal patiemment ce bannissement, pensa de soi venger ; et de faict se trouva en France pour eslever aulcuns gens d'armes. Ne sçay s'il descouvrit sa mauvaise volonté au roi Loys, car il ne lui voulut accorder aulcunes gens de ses ordonnances; mais il cueilla à l'environ de Paris et ailleurs aulcuns gendarmereaux mal empoinct, en nombre de quatre cents chevaliers, et aulcuns piétons et pageastres mal habillés, qui le suivoient. Icelui doncques, accompagné du seigneur Robert de la Marche son frère et aulcuns de son alliance, comme Thierry Pavillon, eschevin de Liège , de messire Jehan de Noefchastel, de Pierre Roustar, maire de la cité, ensemble d'aulcuns François., comme messire Guillaume de la Roche, chevalier, et plusieurs aultres, se tira à l'entour de Liège pour oultrager et defFaire ledit évesque, son pasteur, seigneur et maistre. Et de faict, aulcuns habitans et manans d'illec firent entrer secrètement en la cité aulcuns gens de guerre, monstrans quo>

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plus favorisoient à l'une partie que à l'aultre. Icelui évesque estant en la ville de Huy, adverti de rassemblée de ses ennemis quérans le détruire, etcomment ils estcnent à l'environ de Liëge, se partit dudit Huy y accompagné d'aulcuns nobles en petit nombre, car il n'estoit lors guères aimé du commun. Et le jeudi, au pénultième d'aonst, vint loger en sa cité de Liège ; et environ neuf heures fit son amas de petit nombre de gens qu'il avoir ; si les feit monter à cheval ; et quand lui-mesme voulut mettre le pied à l'estrier , il trouva son cheval le plus rebours de jamais ; mais pourtant , ne différa à achever son emprinse, et vuida de son palais armé de toutes pièces, sinon du chef et des jambes, car son page estant derrière, lui portoit son armet. Le prothonotaire de Hornes portoit la bannière Saint-Lambert ; et disoit ledit évesque et ceux de sa compagnie : « Sei- )) gneursoù me menez-vous.>» Finablement, il issit hors la porte de Damecourt, tirant vers les chartreux , auxquels il requist qu'ils voulsissent prier Dieu pour lui. Il avoit environ vingt chevaliers qui le suivoient à file. En tirant oultre , perceut quatre compagnons bien montés des gens de La Barbe, son adversaire, qui l'espioient en une ruelle; et donnèrent sur lui en un petit pré assez estroit ; et illecq fut rencontré dudit seigneur Guillaume de la Marche son compère, qui lui dict : «Loys de » Bourbon, je me suis offert et mis en paine d'estre » en votre grâce^ et vous ne m'avez voulu recevoir ; » maintenant je vous ai trouvé.» Puis lui donna un

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coup de sa dague en la gorge ; et receut encoires aultres trois ou quatre coups au corps, tellement qu'il cheut mort par terre , puis fut despouillé tout nud et fut rué en la rivière ; après fut pesché par aulcuns mendians, qui remportèrent aux frères mineurs , et de là en l'église de Saint-Lambert, où il fut monstre à tout le peuple, devant le grand autel , où les vénérables collèges de Liège furent évocqués à son enterrement et obsèques.

Ainsi fina piteusement parmi les mains des pervers tyrans, Lojs de Bourbon, le très révérend pasteur de Liège , le pénultième d'aoust, l'an mil quatre cents quatre-vingt-et-deux. Et lors messire Guillaume, ensemble ceux de sa bande, entrèrent en la cité, qui fut butinée à demi ; et le lendemain icelui messire Guillaume se tira par les collèges, priant que son frère Jehan de la Marche, estudiant àCoulongne, futeslu évesque d'icelle cité de Liège ; et confessa pleinement d'avoir occis ledit évesque, avecq aucuns de seç complices qui [l'abattirent de son cheval, desquels l'un fut nommé Hacquin van Camp, qui pouf le mesme fut descapité en la ville de Louvain.

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