CHAPITRE LXXXVII
Le siège de la ville d^Aire et la prinse dHcelle par les Francis sor les
Bourguignons.
Lb vingtième jour de juillet, an mil quatre cent quatre-vingt et deux, monseigneur Maximilien, duc d'Austrice, estant en sa ducé deBrabant , fut receu comme père et tuteur de monseigneur Philippe , son fils , en la ville de Louvain , pour la dite ducé et pays de Brabant.
En ce temps pendant, les François, par aulcuns entendemens qu'ils avoient avec aulcuns personnages du parti de monseigneur le duc d'Austrice, trafiquèrent tellement, en coinquant ensemble secrètement, que la ville d'Aire fut vendue par Jehan , seigneur de Cohen, et ses complices , parmi payant la somme de dix mille escus par an , et cent lances d'ordonnance. Mais pour pallier et coulourer la vendition , afin que des marchands ne lusist l'embusche descouverte , la conclusion porta que les François acheteurs mettroient le siège de-
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vant la ville , et le seigneur de Cohen et ses vendeurs tiendroient bonne niiiie, monstrans courage de bonne défense, comme à la réale vérité firent ceulx de la ville, qui riens ne sçavoient de ladite marchandise , voir plus grande que ne vouloient les marchands , afin que le jeu ne tournast à grand courroux. Et pour achever caste besongne , le seigneur des Querdes fist amas de grosses compagnies de gens de guerre avecqle marissal de Gey et aultres compagnies de gens à cheval et de piétons , et entre lesquels y avoit six mille Suisses et grande quantité de gens de morte-paye, et estoient de gens de faicten nombre de vingt-huit mille.
Les quartiers furent délivrés, l'artillerie assise, aucunes églises abattues àTenviron de la ville, logis furent faicts , tentes et pavillons dressés , gros et larges tranchis approfondis, et fut en peu d'espace le siège clos et fermé, comme si l'on y debvoit séjourner par années. La ville fut battue, de gros engiens , tant merveilleusement qu'ils furent ouys jusques à demie lieue près de Valenchiennes. Les Flamans , advertis dîidit siège , envoyèrent m^essagers sur aultres, vers ledit seigneur de Cohen, principal capitaine de la ville, en lui offrant gens, vivres, traits à pouldres et aultres nécessités à ce pertinentes 5 mais ledit de Cohen respondrt auxdits messagers et rescrivit auxdits Flamans qu^ils estoient du tout garnis pour un mois entier, et que le duc d'4ustrice povoit bien assembler son armée tout à loisir. Et"^ durant ce temps se continuoit la
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batterie dudit siège contre la ville , et la ville fl*aultre costé se défendoit vigoureusement. Après que une partie de la muraille fut arasée , les seigneurs assemblèrent fagots et auttres matériaux, faisans mine de vouloir assaillir. Lors un petit parlement se tint entre les parties, tellement que la ville se rendit par appoinctement , et Cadet de Barat rendit la place , par tel si que lui et ses gens se partiroient , leur corps saulfs, et emmeneroient leurs biens meubles qui estoient céans appartenans au seigneur de Bièvres ; et les menèrent à Saint- Omer, le vingt-huitième de juillet Tan mille quatre cents quatre vingt-et-deux.