‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 134 sur 135 · CHAPITRE CXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXVI

La réparation des Ganthois.

Le vendredi ensuivant , jour de la Magdelaine, environ trois heures , monseigneur le duc d'Anstrice estant à la grande salle de son hostelen Gand, séant en un siège eslevé et orné le plus richement de jamais , accompagné des chancelliers de Bourgogne et deBrabant , de ses nobles, ensemble de plusieurs prélats et ambassadeurs de France , d'Angleterre et de Bretaigne , monseigneur de Liège y monseigneur de Cambray , Tévesque de Lion, venant de Bretaigne , Sibilensis , alias maistre Lucas et l'évesque de Salubrie, avec plusieurs chevaliers de la Thoison, Ganthois, c'est assavoir les grands et les petits , bailly , les eschevins des deux bancqs, les doyens, jurés et bourgeois de la ville, tous habillés de noires robes deschaintes, les chefs nuds, s'inclinèrent devant le duc ; et illecq , audience imposée , fut proposé par le chancelier de Brabant , en langue thioise, comment nonobstant plusieurs torts perpétrés par lesdits Ganthois , le duc les avoit receus à merci et fait paix, plus à leur honneur et avantage que

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au sien , dont ses princes ou barons s*estoient esbahis.

Item y comment iliecq lui venu , s'estoient mis en armes contre lui et les siens, et volu tourner contre son hostel par trois quartiers , dont il avoit bien pensé mettre à totale ruine par feu et espée , ne fust la pitié qu'il avoit des églises, pareillement des bonnes personnes qui sont iliecq habitans.

Item y il estoit et avoit esté content de furnir aux libelles que eux-mesmes ils avoient proposé et mis en avant.

Ce ouy par les Ganthois qui se retirèrent et parlèrent ensemble , fut répondu par le pensionnaire de Gand^ nommé maislre Ghenard, après qu'il eut attribué au duc lettres des plus magnifiques que jamais, comment iceulx Ganthois confessoient avoir fourfaict corps et biens, et n'avoient tenu qu'à rien que de la bonne ville de Gand, l'on disist présentement : «Cy futGandî » et oflPrirent de furnir le libelle , et avec ce de mettre jus la confrairie de Saint-Jean , où il y avoit de sept à huit cents hommes , moyennant que la solemnité de l'église fusist faicte.

Avecq ce , présentèrent à monseigneur le duc un coffre où estoient neuf de leurs privilèges , lesquels mondit seigneur voloit avoir cassés, desquels principalement il en y avoit deux du roy Loys , pour les alliances avecq lui , l'aultre pour le ressort et appellation .

Itemy un privilège que madame Marie leur avoit donné , en nouvellelé de sa seigneurie.

Item , la confirmation dudit privilège par le duc d*Austrice ; un privilège du roi présent, et confirmation de ceux de son père ; un privilège des alliances des Gantbois aux seigneurs de France, comme madame de Beaujeu et le seigneur des Querdes.

Enfin^ deux aultres du duc Philippe , comte de Flandres.

Lesdits privilèges furent brisés et coppés par maistre Nicolas de Rastre , audiencier , les seaux rués jus et tout remis audit coffre. Monseigneur demanda quelque chose du traité de Gaure. Quant au merci, monseigneur dit que quand ilsferoient leur debvoir, il responderoit; et Ganthois, les mains joinctes, crians merci à plaine voix, monseigneur leur pardonna, et leur prou mit estre bon seigneur et léal touchant la minorité , mais qu'ils fussent bons et léaulx subjects, et les deffeuderoit et garantiroit contre tous.

Le duc choisit huict hommes électeurs, et lesquels firent toute nouvelle loi , sans prendre nuls de ceux de la passée ; et les fit jurer sur la croix après que Ton les eut allé quérir ; et fut faict un bancquet au duc , environ six heures , où on donnoit à boire à tous ceux qui boire voloient, et illecq fut la paix publiée. Le seigneur de Mervez fut faict souverain de Flandres , et le seigneur de la Motte grand bailli de Gand; et fut dressée une eschelle pour avoir et oster la teste de Guillaume Van Staghe, laquelle teste estoit d'airain , richement £66-

due et vivement pourtraicte à tout un riche capiteau dessus/pour ce qu'il avoit esté banni de Gand et avoit forfaict la teste, et ne le povoit-on avoir. On avoit faict de lui ceste représentation comme digned'estre décollé. Ledit Guillaume estoit mesme en la ville de Gand au jour que la représentation fut ostée.

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