‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 133 sur 135 · CHAPITRE CXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXVI

La mutinerie en Gand , le duc illec estant ^ après avoir fiuct le

serment de la |>aix.

Le lundi ensuivant, le onzième de juillet , environ douze heures au jour, quatre AUemans allèrent à la prison de la ville de Gand sur le marché au bled , pour ravoir trois ou quatre AUemans illecq prisonniers par ceulit de la ville, pour ce qu'ils avoient voulu esforcer la meschine de leur logis* Cesdits quatre AUemans de prime face prindrent les clefs de la servante qui estoit à la prison, et laquelle fut par eux enclose en une placer Ils ouvrirent deux buis et approchèrent lesdits prisonniers, sans plus avant povoir tien faire, car ladite servante cria si hault le meurdre, que plusieurs gens du devant et derrière dd ladite prison, y arrivèrent incontinent pour voir que c'estoit, tellement que lesdits AUemans n'osèrent issir. Le peuple illecq venu devant la prison, informé du mesus assez estoient et fort troublés. Se tira vers la maison de la ville , où la loi estoit assemblée , et demanda justice desdits AUemans ; et en ceste

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fureur, courut jusques au vieil marché, où gens s'assemblèrent jusques à six heures. Ce temps pendant, le duc se trouva à la maison de la ville, fort esmerveillé de ceste assemblée et nouvelle manière de faire, priant que Flamens se retirassent en leur logis; ce que ne voulurent faire, disans qu'ils ne demandoient rien au duc, mais vouloient avoir justice desdits AUemans. Le duc leur accorda , sans du tout les contenter ; car environ six heures sur le soir, apportèrent leurs bannières sur le vieil marché, et lequel ils cloirent de charriots et fortifièrent de serpentines, veuglaires, taudis, pain et aultres instruments de guerre.

Le duc ce voyant, quérant sçavoir leur volonté, y envoya monseigneur Tévesque de Cambray , qui leur signifia que le duc estoit fort mal content d'eux ; et les cuida pacifier par douces et aimables paroles, mais ils ne tindrent compte de ses remontrances. Environ dix heures en la nuict, se partirent de leur vieil marché, en bataille, atout leurs engiens , vers l'hostel du duc , et gaignèrent le pont emprès les Augustins, la place Sainte- Vierge et le pont où on coppe les testes. Ce parlement venu à la cognoissance du duc , il fit assembler Allemans et aultres ses gens à la Wale, son hostel, et commanda à chacun d'eux qu'ils portassent l'enseigne de la croix Sain t-Andrieu devant et derrière ; et fut délibéré d'assaillir lesdits Ganthois et de mettre tout au feu et à Tespée; mais monseigneur Philippe de Ravestain et plusieurs bons person-

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nages et bons bourgeois de Gand se ruèrent à genoux devant le duc. Se lui brisèrent sa volonté ; et du consentement du duc, allèrent vers lesdits Flamens, les cuîdans appaîser, le seigneur de oeuvres et le comte de Chimay; mais ils furent reboutés et y perdirent plusieurs leurs chapeaux j manteaux 9 pantoufles et autres habillements, dont le duc lut mal content ; et qui pis est, Ganthois firent sonner le gros Roland, c'est assavoir la cloche de Teffroi ; et adoncq envoya Allemans et Angles en petit nombre pour les escarmoucher. Ils firent bon debvoir à tous quartiers ; et ruèrent gens et engiens en la rivière ; et furent aulcuns Flamens occis. Monseigneur le duc se disposa pour les combattre; et alors reculèrent Ganthois au vieil marché , et commencèrent à eux contenter, moyennant que Ton prendroit certains personnages d'une part et d*aultre pour les appaiser de leur injustice ; si retirèrent leurs bannières en leurs maisons , environ six heures du matin, le mardi.

Ce mesme jour , le duc, accompagné de ses nobles, ensemble des Allemans en belle ordonnance, vint à rhostel de la ville , environ neuf heures , là où après plusieurs et longues devises , vouloit avoir prisonniers les principaux qui avoient inventé ou jBstoient cause motivée de <:;este armée et mutinage ; et furent prins , ce mesme jour , cinq à six hommes que l'on constitua prisonniers.

Le duc remanda hastivement ses gens d'armes qui estoienten la ville et chasteau de l'Escluse, les-

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quels esioient réduits en l'obéissance et volonté de monseigneur Estienne du Chastart^ garde du petit chasteau; Item ^ il remanda ses garnisons d'Ath , d'Enghien , Tenremonde et Audenarde; et environ le disner, monseigneur Philippe de Ravestain, accompagné de quatre cents Angles, print rhostel des arbalestiers situé devant Fhostel de la ville , auquel ils couchèrent la nuict en armes, et les Allemans se tirèrent en aultre quartier du vieil marché pour dompter lesdits Ganlhois ; et le duc d'Austrice renvoya et fit conduire, par le seigneur de Ravestain, monseigneur le duc Philippe son fils en lieu certain , à grosse compagnie , et fit refaire par les Ganthois mesmes, les cinq ponts qu'ib avoient rompus en temps de guerre, à l'environ de son hostel de la Wale, afin qu'il eut issue à sa volonté. Le duc d'Austrice renvoya son fils parmi la ville de Gand ; si le mit sous la conduite de monseigneur et de madame de Ravestain ; si se tint leur fils à Malines.

Les Ganthois avoient faict sur leur marché au poisson, à manière d'un perron de di^c^huit à vingt pieds de hault, où estoient quatre lions, l'un portant les armes du roi , Taultre du duc Philippe , le tiers de la comté de Flandres et le quart de la ville de Gand. Le duc fit en plain jour effacer^les armes du roi et y mettre les siennes. Le duc fit mener l'artillerie de monseigneur des Querdes , pareillement celle de Gand à son hostel^ àla Wale; etlui rendirent Ganthois sa tapisserie, sa croix, sa librai-

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rie et aultres joyaux montans à grandtrésor ; et lui offrirent à payer en un an cent vingt et sept mille escus d'or.

Les mutineurs commenchans ce débat, furent torturés jusques au nombre de trente. Le samedi furent exécutés sept Ganthois ^ dont les deux eussent payé douze cents livres du gros.

Le duc estant en Gand^ ambassades de toutes parts arrivoient; l'une estoit à Audenarde, où estoit le seigneur de Mont-Verrant et un président du parlement de par le roi de France; et les Ganthois estoient si terriblement remis que ceux du quartier de Saint-Banon portoient flesches et gantelets, allant au vin à la ville. Les Brugelois voloient que la rivière du Lys allast à leur ville ainsi que aultrefois avoit été proposé ; aultres de Flandres mesmes voloient avoir aultre entrée que par les portes.

Le seigneur de la Gruithuise, pour racheter sa vie , paya trois cents mille escus , dont les cent furent donnés à monseigneur de Nassou, qui de son argent avoit secouru le duc Philippe monseigneur;le seigneur de Molenbais, et messire Jehan de Berghes prindrent la commission de appoincter aulcuns prisonniers Ganthois, dontaulcuns, environ quatre cents, se tenoient à Tournay, qui n'osoient attendre le coup. Le seigneur des Querdes avoit laissé en Flandres et à Lille douze cents hallebardes, autant de salades, hocquelons, arcs et trousses , et nombrede finance; et le seigneur de Montigny eut tout, et s'en alla en liège a vecq mille Âllemans

contre le frère de la susdite Barbe exécuté , qui fortifièrent aulcunes places. *

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