I. De l'année i475 nouveau style , oui474 ancien style
leur mésâdviût une fois de tirer en une tourelle de la ville , où ils tuèrent beaucoup de gens. Un jour amenèrent dix ou douze bateaux chargés de nouvelles gens et de vivres , soubs espérance de raffreschir Nusse ; mais ils furent durement renvoyés par ceulx de l'armée du duc. Si retournèrent amont le Rin, frustrés de leur intention.
Regnauldin de Melun , un très gentil escuyer , lieutenant de monseigneur Olivier de la Marche , accompagné de quarante chevaliers, les poursuivit et entrechevaucha jusques auprès de Coulongne. Quand Coloniens appercheurent que par force d'armes ne povoient pas attaindre leurs conceptions, ne avoir entrée dedans Nusse, aspirans après leur opulent subside , ils démenèrent grand deuil, et proposèrent leur donner confort de rescriptions, en lieu de renfort de garnisons; et la servirent de promesses, en lieu de haultaines prouesses; de messagiers et de petits compagnons , en lieu de chevaliers et hardis champions. Ainsi doncques l'empereur et les princes d'AUemaigne , ensemble les Couloniens , les consoloient de persuasions adulatoires , plaines de jactance et de grandes flatteries , par aulcuns rustres adventureux , porteurs d'icelles entre deux eaues ; et ceux de Nusse pareillement leur signifioient, par aulcuns malheureux noans (nageants) entre deux eaues, le grand destroit de povreté et déluge misérable où ils se trouvoient tresbuchiés par ar migère disfortune , comme il appert par leurs missives.
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Un jour advint qne une buveresse de Tost trouva, soubs un pont faict de queuves, un homme noyé, chaussé et vestu, lequel avoit en sa bourse douze inourequins , et portoit dix ou douze lettres enveloppées en poie et en cire , escrites le mercredi après la ray-caresme , envoyées par Hermand de Heesse, et la commune chevalerie de Nusse, soubs espoir de l'adresser au lant-grave Henri de Heese , aux bourgmaistres , conseil et eschevins de la cité de Coulongne, et à aulcuns gens de guerre estans de là le Rin ; lesquels contenoient en partie ce qu'il s'ensuit :
« Nous vous tenons assez advertis par plusieurs » et diverses fois , tant de bouche comme par es- >* cript , de l'angoisseuse et pitoyable indigence à » laquelle nous sommes abstraincts par nosenhe- » mis* L'eau nous est ostée ; les douves se perdent ; » tous nos boluwerls vers la porte du Rin sont pris » jusques aux derniers ; nous amenrissons tous les » jours, et perdons un fort après l'autre; et n'avons )> povoir défensoir de nous-mesmes , qui jamais y )) puist donner recouvrance. Et comme il soit ainsi » que long temps nous soyons en la vertu de vos » belles paroles confictes en liqueur d'éloquence , » lesquelles , comme confortation de nostre cueur, » nousontsouslenu et respeus d'espérance que nous » avons possessée jusques à maintenant, toutesfois, » rien n'en est ensuivi pour effect, dontnoussommes » grandement esbahis. Pourquoi, nous vous prions )) et requérons très affectueusement que pro-
» messes jà piéçà flouries , coulourées de adula- » lions, et tournées, non pas à meurisson fructueuse, » mais en la fange de foi faillie par vostre longue >i endormie paresse; se nous envoyez hastif secours, » par la plus grande puissance qu'il vous sera posu âUe;€!aoraultreiDeiity nousel nostre ville sommes » dbstmietë à toufifours^ mi» el Uvrésàcoiifuse c^- » pection et opprobre perpétuel; et se vous ne poq^ » vez parvenir à chef de votre désiré confort , par » tant de fois et de voix proumis, trouvez quelque » gracieux appoinctement , afin que ne perdions » honneur, corps et chevance ; car plus n'avons de » confiance, sinon en la divine miséricorde, à la- I) quelle nous nous recommandons. »
Semblables lettres escripvoient aulx dessus nommés , les bourgmaistres de Nusse , ensenable eschevins, conseillers et communauté de Nusse, ensemble aulcuns capitaines, leurs en voyésengar- TÙson de parla ville de Bonne, en faisant remonstrance de la grande chèreté et rareté de vivres qui y estoit ; parquoy plusieurs compagnons , oppressés de famine, incités à courroux, esmouvoient journellement noises et contens entre eulx ; se que par telles ruineuses divisions ne povoient tenir bonnement pied ferme. Certaines instructions baillèrent ceulx de Nusse à ces messagers, pour leur donner à cognoistre comment sans péril ils estoient abordés en terre amiable , ensemble pour informer ceulx oultre le Rin, en quel train ils debvoient continuer le traictde leurs enginsàpouldre.
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tellement que eulx , eschappés de dangereux encombre , debvoient monter sur chevaux grisons, prendre lances en leurs mains, au bout desquels, avecques aulcune matière combustible , debvoient I)outer le feu ; et les assiégés , qui les aperchevroient , metlroient une bannière blanche sur le I)oluvert situé à la porte du Riu, monstrant la <Iifference entre leurs bastillons et les fors du dac^ lesquels ils contendoient agrever totalement:; et se ladite bannière estoit assise au plus hantt , c'estoit signe que leur Iraict tenoit trop awr le hault ; scelle estoit bas, tiroittropsurle bflw; ef s*elles*arrestoit en parmutable estature, cWoit signe qu'ils debvoient continuer en pareille mesure. Et pource que ceulx de la ville estoient en continue labeur, perpétuel soin , intollérable veille , ils prioient aulx coqtrassiégeans de souvent embesogner Tostdu duc par plusieurs travaux et diverses emprinses , tant jwtr eaue comme par terre , afin d'obtenir un petit, de repos en leur dure calamité. Aulcuns aultres de l'armée du duc de Bourgogne trouvèrent pareillement un homme noyé , qui s'estoit chargé de porter certaines lettres escriples en langage teutonique, à Coulongne la veille de Pasques, envoyées de par l'empereur à chevaliers , escuyers, et à Hermant^ lantgrave de Heesse, et au conseil et communauté deNusse,desquelslecontenu s'ensuit : « Nous vous avons, par plusieurs et diverses fois, » mandé et signifié que nous estions venus et des- » cendus pour vous descharger de la grande charge
» OÙ VOUS estes et avez esté par longue espace de » temps, laquelle n'avons pas peu bonnement ^)) faire jusques à ores , obstant la ville de Lintz , « qui empeschoit nostre descente, et pour cer- » taines aultres grandes matières : néantmoins nous n sommes présentement à Coulongne , accompa- » gné de l 'arche vesque de Mayence , de l'arche- >i vesque de Trente , du marquis de Brandebourg, )) du ducde 3axe, de Henri, lantgravedeHeesse, et » deEvrard, comte de Werleimberghe et de Mont- » belliard, ensemble de plusieurs comtes et barons, >) chevaliers, escujfers et aullres députés des villes » et cités impérialles, attendans de jour en jour » avoir plus grande sieute de subjectsde nostre em- » pire , lesquels nous avons mandés sur grosses » painnes pour nous servir et aider à vous secou- » rir; laquelle chose nous entendons faire hastive- » ment,^ et sans quelque délai. Et pourtant nous » vous requérons , attendu vostre longue patience, » quand jusques à présent vous estes tant chevale- » reusement et vaillamment defFendus , dont vous » avez acquis louange, gloire à toujours, et vostre w noble postérité, qu'encores vous veuillez tenir » fermement ung petit de temps sans vous rendre ; » car sans faulte nous vous secourerons ; et ce fai- » sant, nous en aurons souvenance à tousjours. » En ces mesme lettres estoitenclose une petite cedule , contenant comment ledit empereur a voit envoyé de recbef son ambassade par-devers le roy de France, laquelle avoit rencontré Je chevaucheur
du roy^ qui tesmoignoit comment il venoitensa personne , et estoit en chemin atout grand nombre de gens d'armes , pour eslre au secours et ajde de Fempereur ; et fust qu'il vinst ou non, si seroientils secourus , et s'en tenissent pour certains.
Les archevesques de Trêves et de Mayence , ensemble les aullres princes dessus nommés , en confortant les promesses de l'empereur , envoyèrent leurs lettres escriptes le vendredi saint à Hermant , lantgrave de Hesse , certiffians comment^ par l'ordonnance et exprès commandement dudit empereur, ils estoient descendus à Coulongne , non sans leurs grands frais et mises , pour le délivrer de danger où il avoit esté longuement; et veu que le temps estoit bref, en dedens lequel il debvoit estre secouru , ils lui prioient et requéroient y qu'il se vouList encores monstrer tel comme il avoit esté jusques alors, dont il avoit gloire et louange par le monde univers; et s'il faisoit aultrement, il regardast quelle honte et dommage il feroit à l'empire et à toute nation de Germanie*
Pareillement sire Pierre de la Cloce , alors hourgmaistre de Coulongne, et deulx gentils-hommes de Heesse, rescripvirent aulx bourgmaistres de Nusse et aultres leurs bienveillans, comment ils estoient tous informés du povre estât et disposition de leur ville . par aulcuns leurs amis , qui dernièrement en estoient partis ; et narroient comment le marquis de Brandebourg, le lantgrave de Heesse,
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et le comte de Wertenberghe, estoient n'a guères venus personnellement à la pierre, estant à Topposite de la grande isle, à intention de ravitailler Nusse de toutes choses nécessaires ; mais ils ne peurent parachever leur intention et imagination, par faulte denavires.Néantmoins l'empereur et les princes d'AUemaigne estoient en continuelle poursieulte de amasser gens pour les secourir tantost après Pasques; et fussent certainsque le roy de France, en sa personne , estoit en chemin pour donner secours à l'empereur , et amenoit toute la puissance de son royaulme. L'instruction de celui qui portoil ces lettres estoit telle, que lui venu à Nusse, il debvoit incontinent faire bouter le feu en deux lieux hors delatour deCliconchon,affin que ceux de delà le Rin cogneussent clèrement qu'il estoit arrivé sans inconvénient; et se ceulxde la ville perse véroient en voulenté d'eulx tenir, ils debvoient sonner deulx fois la cloche du beffroy devant midy ; et s'ils vouloient avoir gens et pouldre, ilsdebvoient sonner ladite cloche après disner. Itenij et s'il fust advenu que ceux qui avoient la charge de conduire lesdites gens et pouldre eussent esté rués jus , ou menés à quelque fin malheureuse par leurs ennemis, leurs députés estants à ladite pierre, debvoient faire la nuit ensuivant aulcun certain signe d'un fallot ardent ; et autant de fois qu'ils le monstreroient, et autant de jours après ils debvoient estre raffreschis. Et s'ils vouloient avoir traicté, ils dévoient mettre, entre le jour et la nuit, un fallot ardent sur la tour Saint-Quirin ; et ce temps
pendant, les princes e^n leur absence debvoient entendre à leur appoinctement. Parla réception desdiles lettres, fut desveloppé le secret de Nusse, et sceu Texpectation de délivrance qu'ils aVoient en leurs alliés , ensemble leur chétive indigence et désertion misérable , plus au vrai que par ceulx qui volontairement se embloient de la ville, et se rendoient en la merchi du duc ; car il y avoit si mirable et prudent régime entre les grans, touchant la conservation salutaire , quele menu peuplé, fraisle de patience , tendre de la langue, et qui rien ne cet celler, ignoroit du tout la certaine disposition et police de léans , comme il appert clèrement, quand aulcuns d*eulx, par mescbéance ou aultrement, se trouvoient es mains des Bourguignons , partis de leur fort en ung mesme jour, diligement examinés et <îauleleusement aquestionnés , par torture ou aigre menace, bien peu couformoient en ung propos, mais se contredisoient en plusieurs manières.
Coloniens estans oultre le Rin, apperchevanls que leurs missives n'a voient quelqu'adresse eu Nusse , par les messagers qui demouroient en la poursuite , absorbés en la rivière , et arrivés en commun spectacle de leurs ennemis qui les despouilloient, et que eulx-mesmes quiles envojoient, n'avoient ne audace ne hardi emprendre , ne par l'eaue, ne par terre , tant pour la force léonique trop répugnante , comme pour le curieux aguet qui s'y faisoit, ils imaginèrent chose merveilleuse
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et de noWe intention , car ils firent entailler plusieurs pierres creuses, oùilsencloirent leurs lettres par ung billon de bois , puis les boutèrent en leurs engins , et en tirèrent les unes dedans la ville , les aultres dedans les isles, qui prestement furent recueillies par les assiégeans , leues et divulguées par les quartiers. Mais ceulx de Nusse n'avoient quelque gros baston de suflQsante cache pour leur rendre responce^ dont ils estoient moult dolens.