CHAPITRE XXVI
Le parfaict de la conqaesie de Lorraine par le dâc Charles.
Monseigneur le duc Charles estoit tout délitéré de tenir les trêves de noef ans que dessus est escript , et n'avoit aultre volonté que de retourner en son pays ; et pour accomplir son désir , se mist en train de se faire accompagner de noef cents lances , le vingt-quatrième d'octobre ; et se tira assez près de Nancy pour faire un logis en passant , seulement sans y vouloir mettre siège ; car il n*avoit que douze serpentines seulement. Quant ceux de Nancy perceurent son armée en bêle bataille, ils ne se peurent tenir de tirer sur eux. Et lors les Feradois et Suisses , que Ton estimoit en la ville de quatorze cents, sortirent sur ladite armée et firent de terribles escarmouches , navrans et domageans les gens du duc ; et quand les Bourguignons veirent qu'ils y alloient de telle sorte, ce que faire ne deb voient, considérée la proclamation des trêves , en leur primitive adve-
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nue ils sedeffendirent vigoureusement, et reboutèrent très rudement les Feradois et Suisses dedans leur fort ; et de faict gaignèrent les fauxbourgs à deux costés de la ville ; et la garnison d'icelle s'efforcoit de tuer et tirer puissamment , afin que le duc ne s'y logeast. Mais nonobstant quelques grand debvoir et obstacle qu'ils y sceussent faire , il se logea, et les assiégea par grand hardement. Advint ce mesme jour, en l'escarmouche fesant, que ung Lombard, du parti des Bourguignons , print un AUemant fort puissant de la garnison de Nancey, Deux Picquards voyatsceste prinse, survindrent disant au Lombard qu'ils y debvoient avoir part ; et furent en grand estrif iceux deux Picquards contre ledit Lombard , lequel jura par le sang de Dieu qu'il l'auroit seul. Ce temps pendant , passa auprès d'iceulx un autre AUemant, fors bien en poinct. Les deux Picquards coururent après pour le prendre, et abandonnèrent ledit Lombard et sondit prisonnier , lequel, comme dit est^ estoit moult grand et robuste. Parquoy, se voyant seul avec leditLombard, il le chargea à force de bras , et le porta dedans Nancey . Pendant ce temps, monseigneur le duc envoya son mandement en forme de placart à ceulx de Nancey, en remonstrant qu'en faisant leurs saillies, escarmouchans et tirans sur ses gens^ il avoient enfreinct et rompu les trêves , et à ceste cause il leur faisoit scavoir , que jamais ne partiroit d'illec qu'il ne les eust à sa
voulenté. Pour response à ce que le duc avoit mandé à ceux de Nancj , le bastard de Lorraine, fils du duc Jehan ^ envoya quatre gentilshommes allemans vers mondit seigneur <, pour faire leurs excuses; mais il les envoya confusément, disant que leur duc et eux avoient menti leurs scellés, de ainsi soustenir ces traistres rebelles et desloyaux subjects de Ferrette^ et que par sainct George il les feroit tous pendre. Et à grande célérité se retirèrent en leur fort, tirants continuellement sur Tost serpentines , hacquebustes et a ul très engins dont ils avoient grande abondance ; et les Bourguignons, après avoir faict leurs approches et leurs trenchis au pied de la muraille, leur donnèrent plusieurs approches ; et lesdits trenchis furent cause qu'ils leurs donnèrent plusieurs afiPaires.
La nuict de la Toussaint ^ le duc Charles , tenant siège devant Nancey, arrivèrent illec trois ambassadeurs des plus grands princes de chrestienneté, c'est assavoir de nostre sainct-pere le pape, de l'empereur et du roy de France. Le légat y estoit pour le pape , un prothonotaire pour l'empereur, et le seigneur de Saint-Pierre pour le roy de France ; et furent festoyés ensemble en la tente de monseigneur de Bièvres , premier chambrelant du duc. Peu de sepm aines après, le duc se mist au-dessus de Nancey. Par appoinctement, les Allemans qui la deffendoient se partirent, leurs corps et leurs biens saulfs. Le duc fit assembler les trois estais du pays auxquels il fit
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faire des serments ; et establit me5$ire Jehan de Reubenpré , seigneur de Bièvres , son lieutenantgénéral et gouverneur de Lorraine, à la requeste des nobles du pays ; et demoura illec en garnison, accompagné de cent lances. Et quant vint le mois de janvier an mille quatre cents soixantequinze, ï le duc Charles, estant audit Nancey, changea les capitaines de ses ordonnances, comme par aulcuns ans paravant estoit accoutumé de faire au jour de nouvel an. Et pour ce que les quatre cents lances qu'avoit amené des Italiens le comte de Campo-Basso, dont il estoit chef, s'estoient fort diminuées par les exploicts de guerre qui par icelles furent achevés , il bailla en charge cent desdites lances au seigneur Angel, fils dudit comte, oultre cent au seigneur , fils mains-né dudit conte ; et du demeurant furent renforcées aulcunes aultres compagnies, parquoi ledit conte de Campo-Basso, se contenta mal ; et fut le premier desdaing qu'il priut contre le duc son maistre , auquel il faillit au besoing; conïme il apperra cy-après. Néantmoins il ppint congé du duc à demi mal content , disant qu'il estoit tenu à lui d'une grande somme de deniers ; et en passant par Angleterre se tira à Saine t- Jacques en Gallice^ où il fit son pelélinage , et retourna de son voyage accompli vers le duc Charles à l'entrée du mois de iuino" ensuivant. Les garnisons assises et bien ordonnées