‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 85 sur 135 · CHAPITRE LXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXI

Du T03ra£;e de Luxembourg et de la prinse d^aulcunes places à Tenviroa .

EsToiT advenu, Tan soixante-dix-neuf, que monseigneur le comte de Chimay , lieulenant-général de monseigneur le duc d*Austrice au pajs de Luxembourg , avoitmis le siège devant la ville de VertOD , laquelle fut fort battue d'engiens ; toutesfois elle se rendit par appoinctement. Puis advint Tan sequent, an quatre-vingt, environ la Pentecouste, que monseigneur de Chaumont, gouverneur de Cbampaigne, à grande armée, environ de vingt à vingt-quatre mille François , battit ledit Verton d*arlillerie , tenant le siège devant icelle ; et fut donné l'assault tellement, qu'il l'emporta ; et de ceulx qui y estoient , hor le duc • lurent les uns morts et les aultres prisonniers.

Depuis , François vinrent à Yvuj , qui est terre de Luxembourg , devant laquelle ils firent affuler leur artillerie ; et en cependant monseigneur le comte de Chymay vint de Namur celle part, pour coinquer avec lesdits François et avoir aulcun traité ; et lors fit l'appoinctement d'Yvuy, tellement que les habitans demourèrent François, pour ce qu'ils n'eurent point secours dedans uu jour

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qu'ils avoient assigné. Monseigneur de Chimav^ toujours dissimulant avec les François^ et les entretenant de paroles^ parlementa avec eulx en ung parc, assez près d'Yvuy, par l'espace de plus de six semaines , puis retourna au Pont-à-Mousson , vers le gouverneur de Champaigne. Environ six cents chevaliers partirent d'A.rlon, et coururent devant Luxembourg , où ils furent escarmouches par ceulx de dedans,qui saillirent sur eux; puis se retirèrent aulcuns à Rodemacq,etles aultres es villages à l'environ.

Tjtefrelen.

Monseigneur de Boussu en chef , le comte de Bisse , Allemand , et le seigneur de Fay , avecq les gens de monseigneur le comte de Chimay^ et quatre cents chevaliers vindrent avecq engins devant le chasteau de Tytefrelen y appartenant au seigneur du Fay ; il y avoit dedans trente-six compagnons, qui se rendirent à la volonté de monseigneur de Boussu et de monseigneur du Fay , leurs viessaulves ; et furent amenés à Luxembourg prisonniers.

Hasprem.

Monseigneur le comte de Chimay , monseigneur de Boussu,ks seigneurs du Fay et de Perwezet deux mille combatt^ms de cheval et de pied , partirent avecq bombardes et serpentines, et vindrent devant un chasteau nommé Hasprem emprèsLuxembourç, et firent faire les sommations afin de rendre la

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place. La dame du chasteau, qui dedans esîoit, respondit que riens ne feroit ; pourquoi la place fut lîaUue de bombardes et de gros engiens, tellement que, au bout de trois jours, elle se rendit. Ladicte dame du lieu et ses femmes s'en allèrent atout leurs bagues à leur volonté ; et les paysans qui dedans estoient,se rendirent à la volonté de monseigneur le comte de Chymay,leurs vies saulves. Et à cause que ceulx dudit chasteau avoient esté contraires aux gens d'armes de monseigneur le duc Charles, que Dieu absolve! au retour de la journée de Nancey, par Fadvis desdits seigneurs, ladicte place et chasteau furent ards et bruslés.

Rebu.

Environ le mois d'aoust, monseigneur d'Austrice arriva en Namur , ensemble madame la ducesse, le prince d'Orange. Monseigneur de Chantereine en chief, et environ quatre mille combattants, vinrent devant le chasteau de Rebu , dedans lequel se tenoit Thierry Pouillon , Liégeois. Il fut traicté de telle manière, que monseigneur de Chantereine eut dix mille florins. Les François qui dedans estoient, s'en allèrent, saufs leurs corps; les aultres furent prisonniers, et ledit Pouillon fit serment que jamais ne s'armeroit contre le duc d'Austrice.

De Longues.

Toute l'armée revint à Namur, laquelle fut sur pays environ huit jours ; et fut conclu que mon-

Chroniques. T.XLIf^. — J. Molinet. //, ID

seigneur de Chaatereine , dhief d'aulcunes compagnies clesdits seigneurs , iroil devant Longues, appartenant à messire Guillard de la Marche, nommé la Barbe ; mais le sanglier d*Ardennes, gouverneur de Luxembourg frère audit Barbe, vint au devant j et fut appoincté que ledit Chantereine auroit dix mille florins et chercheroit ait^ leui'S ses adventures.

De Staulot.

L'abbaye de Staulot fat butinée, et lès biens des moines mis à merci. Le signet de l'abbé prins, qui valoit cent couronnes d'or, lui fut rendu , et monseigneur fut très dolent de ce butinage.

De Same.

Monseigneur de Chantereine et les compagnies passèrent oultre sept ou huit lieues pour assiéger le chasteau de Same , dedans lequel estoit ud conte renommé d'estre grand pillard , car il destruisoit fort ceulx du parti d'Austrice. Quand ledit de Chantereine fut enidron demy-lieue près ledit comte , envoya pour traicter ; et afin que la place rie fust pillée , il paya six mille florins audit de Chantereine et ne se bougea de son pays. 11 avoit prins huict charriots de marchandise venans de la feste d'Amiens , qui valoient plus que tant, les deux à ceux de Thionville , autant à ceulx de Metz et lesaultres à ceulx de Trêves et Strasbourg ; et n'en fut rien restitué.

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De BeaumonU

Monseigneur de Chantereine et les compagnons tirèrent oultre huit lieues et se trouvèrent devant Beaumont , une ville où il y avoit ung très fort chasteau. La ville fut très puissamment assiégée d'engiéns, affûts, bombardes, courtaulx et serpentins , lesquels tirèrent par trois jours. Entre les aultres engiens , monseigneur le duc avoit une grosse bombarde que ceulx de Vallenchiennes lui a voient baillée, laquelleabbatitaupremier jour, une grosse tour au chasteau , laquelle fut radoublée de terre et de fiens. Pareillement, elle abbatit un pan de mur bien long de la closture de ladite ville ; et doubtèrent les assiégés d'avoir l'assault. La dame de Beaumont estoit dedans , espouse au comte de Vernenbourg , et sœur à monseigneur de Croy , laquelle conduisoit ses gens et deffendoit son chasteau moult vaillamment ; mais quand elle vit sa ville ainsi desrompue par engiens , elle fit parlementer aux assiegeans. Et toujours tenoit son propos de point rendre ladite place, jusques au quatrième jour en suivant, qui estoit ou debvoit estre un jeudi ; et ce jeudi passé, elle se conseilleroit qu'elle debvroit faire.

En ces jours vint une ambassade d'Allemagne , qui cuida mettre d'accord les parties, et ne peult. En la présence d'icelle ambassade , la ville fut emportée d'assault, laquelle fut pillée et bruslée, et les assiégés se boutèrent au chasteau , lequel

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vigoureusement fut assiégé et très fort battu d'engiens ; et souverainement la grosse bombarde perchoit d'un coup tout oui tre la muraille ; les assiégés tousjours fortifioient. Monseigneur le comte de Chimay et monseigneua de Boussu • ensemble leurs compagnies, vindrent planter le siège à ung lez du chasteau, lequel fût très fort battu; car engiens ruoient jour et nuict , et quant vint le mercredi, une ambassade vint à trente chevaliers, où estoit comme Ton disoit le frère du comte de Vernenbourg, etbientost fut crié à son de trompe que chascun cessast de tirer; etlors fut l'accord faict; et porta que la dame videroit elle et son estât, laquelle debvoil ou povoit emporter trois chariots de bague à sa volunté; et vuidale joedi àbeaupied, plorant, avecq son estât. Pareillement vuidèrent par composition quatre vingt souldars, ensemble ceulx de la ville ; et le chasteau fut donné en garde à monseigneur de Roullers, gouverneur de Bastongne. Le comte de Vernenbourg , seigneur de ce dit lieu, estoit à Neuf-Chasteau en Allemagne , lequel estoit sien el ladite son espouse s'en alla celle part.

De Luxembourg.

Monseigneur leducd'Austrice, accompagné de monseigneur le prince d'Orange , monseigneur de Chimay , de Nassou , de Croy , de Boussu, et autres grands seigneurs et barons, et de leurs compagnies, print possession de laducé de Luxembourg, oii il séjourna environ seize jours ; il estoit logé au chasteau , dont estoit capitaine Domar.

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Ge temps pendant vint l'archevesque de Trêves son oncle, ayant quatre cents chevaliers bien empoinct à merveilles ; et lors fut pourparlé et moyenne ducomtedeVernenbourg, lequel tenoit la place de Rodemacq, pource qu'il avoit preste au seigneur d'illecq la somme de dix mille florins ; et estoit content, ledit comte, de rendre la place an duc d'Austrice, s'il voloit payer ladite somme; et ne ftit riens faict ; et estoit mesme devers le duc ledit comte de Vernenbourg ; lequel, quand il futparti, pareillement l'arclievesque de Trêves, fut f aicte la tuison des AUemians,

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