CHAPITRE LXX
La dare oppression que les tnaiians et hàbitans de Cambray eurent à soufïrir pendant le temps de ceste gaerre.
Nul ne polroit penser la piteuse souffrance que la ville et cité de Cambraj eut à porler pendant ceste pestillence de guerre, à cause qu'elle estoit es frontières des deux partis, et tenue de l'Empire , par quoi elle debvoit demorer comme neutre entre François et BourguiononSt Toutefois chacun d'iceulx se conCortoit d'en avoir la saisine, comme defaict, après la journée de Nancej, le roy Loys de France envoya audit Cambray , maistre 3ehan Portefais, faire plusieurs remonstrances tendant à fin de l'avoir; ceulx deCam. bray envoyèrent leurs députés à Péronne vers le roy , pour monstrer neutralité ; lequel roy les retint prisonniers et demanda à la ville de Cambray la somme de quarante mille escus, promettant les^pndre en dedans deux ans ensuivant, parmi ce qu'il leur bailla lettres confortans leurs privilèges. Les ambassadeurs de Cambray se mirent sus
pour aller vers mademoiselle Marie ^ héritière da duc Charles, sur espérance d'obstenir lettres de neutralité , mais ils furent détenus prisonniers en Vallenchiennes. Néantmoins ils furent délivrés par procès , et n'osèrent rentrer en Cambray , pour ce que ledit roj Loys avoit envoyé le seigneur de la Charité, nommé Maraffin, audit Cambray , où il faisoit exhorbitantes oppressions. Et pour ce que les citoyens n'estoient accoustumés estre si durement mesnés comme ils estoient par ledit M araffin^ et comme iceulx citoyens ne leur monstroient nul signe d'amitié , il pensa qu'ils voloient conspirer contre lui ; et de faict manda au seigneur de Lude, estant à Arras , qu'ils le voloient occir, ce que non. Ledit seigneur de Lude vint à toute diligence , accompagné d'une forte bande de François furnis d'engiens, lesquels en grosse bataille, se rangèrent sur le marché de Cambray, comme s'ils voulussent destruire ladite cité. Lesmanansethabitans, voyans la puissance desdicts François préparée pour tout mettre au feu et à l'espée comme il povoit sembler^ ne laissèrent leur besongne à faire, car de riens ne se doubtoient, et les gens d'armes illec nouvellemeut arrivés ne trouvèrent quelque deffense. Toutesfois, aulcuns prisonniers conduits droict en prison , et sans procès furent descollés sur le marché. Les aigles impériales des portes delà chambre et aultres notables places furent effacées , et les armes de France impressées;dontrempereurFrédérick, père du duc d'Austrice , très mal se contenta , comme
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j'ai appercu par la coppie d'une lettre missive envoyée au roy de France.
Alors firent tous ceulx de Cambray serment au roy. Le seigneur MaraiEn demanda une grosse somme de deniers aux Cambrisiens ; et pour ce que promptement ne se povoit trouver , l'on livra douze ou treize prisonniers , lesquels furent vers le roy Loys à Amboise ; et fut la ville contrainte de payer six mille escus d'or ; et,pour trouver ceste somme , furent fondus deux calices d'or, l'un de l'église Nostre-Dame et l'aultrede Sainct-Aubert, desquels lesdits MarafBn et de Lude , ensemble leurs complices , firent des chaisnes ; et lors les damoiselles de Cambray , rices bourgeoises et marchands , desployèrent chaintures et vaisselles pour redimer lesdits prisonniers. Tost après vindrent quatre cents lances de France à Cambray , où ils furent deux ans routiers ; pendant lequel temps ils firent un dommaige innumérable, tant à la cité comme au dehors ; car ils fustèrent^ pillèrent et abbastirent toutes les maisons qu'Us scavoient appartenir aux Bourguignons. Marafiin dilapida et fit ruer par terre une grosse tour pour y faire un boluvert et édiffier une porte contre la ville.
Et quant une trêve fut faicte au Pont à Werdin , François vuidèrent de la ville du Quesnoy ; et le roy , passant par Cambray , dit aux Cambrisiens , qu'ils tinssent leur neutralité comme ils avoient faict anciennement. Et lors furent les fleurs
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de Ijs cassées en la chambre et portes de la ville, et les aigries furent assises en leurs lieux comme devant, et par ainsi vuidèrent François hors de la ville et cité de Cambray, et les Bourguignons y entrèrent; desquels ils eurent assez à souflFrir, car lors advint la prinse du chastel de Soles durant la trêve.
Eu ce temps trespassa 3ehan de Bourgogne, évesque de Cambray , et le vingt-sixième de may, nuict de wSainct-Urbain , au susdict, fut eslea évesque dudit lieu» par la voie du Sainct Esprit, en la ville de Vallenchiennes, Henri de Glanes, prothonotaire , et fils du seigneur de Berghes, comme en appert la date de son élection par ce qui s'ensuist : JScce sacerdos magnus qui in diebus suis placuit Deo.
Après que ledit évesque fut esleu , Gamilles de Berghes, son frère, fut faict capitaine dudit Cambray ; et lequel, afin d'obvier aux embusches , emprinses, aguets et assaults que les François po voient faire, il fit aballre et brusler les faubourgs de la ville, ensemble Téglise de Sainct-Ladre. Et cinq ans après cette horrible persécution de guerre , le roy de France renvoya les hostagiers , parmi payant mil escus d'or pour leurs despens; et l'évesque de Cambray impétra la neutralité , tant vers le roy que vers le duc d'Austrice, et ledit roy renvoya enCambray la somme dequarante mille escus d*or qu'il a voit empruntée aux manans, lesquels furent restitués à chacun selon sa portion.
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