CHAPITRE LXXVIII
La prinse de Oostre.
Messire Salezar, seigneur de Saint-Martin , accompagné de mille hommes de langue wallonne , se partit de Narde, laissant illec aulcuns compagnons pour la garde d'icelle; et fut au mois de febvrier, que le terrible temps d'iver estoit en sa force et vigueur. Néantmoins, il délibéra d'assiéger la ville de Oustre^ environnée de tous costés de la mer , sinon une seule dicq qui menoit d'une ville à l'aultre. El combien que l'horribilité du temps pluvieux et venteux, fusist mal convenable à ce faire , et que jamais l'on ne se fust doubté d'assiéger ville en fin cœur de froideur, ledit Salezar fit charger sur traineaux, serpentines, engiehs à pouldre , et telle artillerie qu'il pensoit lui estre propice en ce cas ; et mesmes, qui fut chose merveilleuse, conduisit son armée, son charroi et son train sur la mer qui estoil gellée , la distance de trois grandes lieues ; et trouvèrent en chemin une grande fente de glace, laquelle s'abaissoit plus de deux pieds, quant l'on sautoit d'un bord à l'aultre, qui leur fut reboutement grand ; mais par l'aide d'aulcuaes claye», lesdits traîneaux, engiens et gendarmerie passèrent oultre s^ns inconvéïjient, donnant approche à la ville. Quant c^ulxde Onstre
^76 CHRONIQUES ('48i)
se virent tout soubdaiiiement approchés et avironnés, comme surprins et fort espouvantés, ils boutèrent le feu en leurs maisons et fortifications, habandonnèrent le tout et s'enfuirent les uns par la dicque , les aultres sur les plaûns de Hollande , dont estoient tellement esprins, qu'en cheminant, courant et briolant , ils tiroient un coup de leur crannequins , puis se retiroienil.