CHAPITRE LXXlX
La prinse de Hornes.
Les HoUandois mirent sus une armée de cinq à six mille hommes desquels les principaux conducteurs furent messire Josse de Lalaiog, gouverneur du pays, et Salezar^ seigneur de Saint - Martin . Geste armée print trois chasteaulx, les deux d'assault et le tiers d'appointement. Pendant ce temps vindrent nouvelles à ladite armée, que ceulx de Hornes avoient mis aulcuns ennemis en leur ville. Iceulx de ladite armée , advertis qu'ainsi en estoit, chevaulchèrent jusques à Alkemar, située à trois lieues de Hornes, où ils laissèrent leurs chevaulx ; puis se boutèxent en basteaux et descendirent jusques aux barrières de Hornes. La ville de Hbrnes est environnée de la mer; il y a seulement deux dicques par lesquelles l'on entre en icelle ; de l'une l'on vient
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du pays de Hollande, et de l'aultre l'on lire en Frise; et n'est murée que de terre et de pallis« Il fut ordonné par les conducteurs de l'armée , que Hutin de Hubert, accompagné de trois à quatre cents hommes, tîndroit siège devant la ville, sur la dicque tirant vers Frise, afin de prohiber et defTendre aulcun secours s'il venoit de ce costé , et aussi que nul de la ville n'eschappast par icelle porte. Salezar et sa bande, environ de mille hommes, avecq autant d'AUemans qui suivoient, descendirent à l'heure de vespres sur la dicque venant du pays de Hollande, et deschargèrent leur artillerie, laquelle ils aflFutèrent devant un grand boluvert de la ville. Ceulx de la ville firent le semblable ; et quant le jour fut venu , ils tirèrent de bonne sorte les uns contre les aultres. Plusieurs de l'armée des HoUandois furent occis et navrés, par quoi ils se prindrent à taudis et tournèrent leur engiens indirectement sur ledit boluvert, et tirèrent sur la muraille où estoient plusieurs gens de la ville, où ils firent très horrible dommage , car d'un seul coup de courteau furent tués neuf ou dix hommes. Nonobstant, lesdits HoUandois ne^povoient avoir entrée ni par la porte, ni par ledit boluvert; et eurent conseil de descendre de la dicque es fossés de la ville , tout plaint de broecq, fange et ordure , à cause que de ce quartier la mer s'estoit retirée , si que les as-: siégeans entroient en l'eau jusques au col ; et approchèrent si près leurs engiens de la muraille ,
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que Testendart dudit Salezar, que portoit Francisque de Roen, fut brisé de haches, et merveilleusement destranché par les assiégés, qui le cuidèrent tirer en la ville; mais virilement se deffendit^ et s'efforcèrent tellement les assiégeans, qu'ils montèrent amont leurs murs de terre si puissamment , qu'ils rompirent deux palis de hallebardes , picques et instruments de guerre. Le capitaine de la ville , monté sur un sien cheval, fut abattu mort d'un coup d'espée. Cent vingt hommes de ceux de la ville se defTen dirent merveilleusement, mais ceux du parti de Hollande leur donnèrent si cruel assault , que possible ne leur fut d'y donner résistance^ car ils entrèrent par lesdits palis, rompus, brisés et endonimagés, et gaignèrent le fort de la ville, où ils mirent à mort tousceulx qui se tournèrent à deffense. Aulcunsfort estonnés^ pour éviter ceste mortelle pestillence , courroient à la porte qui mène vers Frise , sur espérance de vider par icelle; mais ledit Hutin, qui y tenoit siège, faisoit tirer ses archers par ladite porte , tellement que le traict leur redondoit parmi le corps; et furent fort estonnés de trouver illec telle gendarmerie, parquoi ils tournèrent en desconfiture; ainsi fut la ville de Hornes gaignée, butinée et pillée sans estre bruslée, à c^use d'aulcuns cabellaux qui éstoient illec prisonniers. A cest assault eurent lesdits assaillans environ quarante hommes occis.