CHAPITRE CCLXII
Ck>mnieiit le seigneur de Villers fbt pris à Chimay , caidant venir à Liège pour les ef mouvoir , et puis fut amené vers le duc.
A TEL confort et exploit que avez oï , Gantois retournèrent en leur ville, et furent recheus demi à joie demi à dueil, sans trop et sans peu. Je laisse doncques Gantois d*ici à une aultre fois que j'en ferai encore ung plus grand conte et de plus grand effect, et veuls venir maintenant à pluseurs autres choses qui restent à narrer, et qui sont avenues, entre deux ; et tout premier d'ung chevalier de Rochelois , nommé le seigneur de Villers , et estoit au conte de Nevers , cely qui jà avoit envoyé et escript unes lettres au duc Charles, en Brusselles, assez arrogantes^ comme j'ai dit, selonc la personne. Ce chevalier doncques de Rochellois , qui estoit envoyé de son maistre le comte de Nevers, en commission de venir ou pays de Liège suborner Liégeois à toute force et à tous lez , et les inciter à eulx remouvoir et à recommenchier guerre en-
CHROifiQUEs. T. XLIII. — G. Chastellain. ///. l
2 CHRONIQUE i^i^l)
vers le duc Charles , en les asseurant que ledit conte les venroit servir et assister pour et au nom du roi encontre ly^ et de ce bailla lettres et scellés audit de Villers , adressans à la cité de Liège et à tous autres ; et vint icellui chevalier , et passa d'aventure par une fillette que l'o» nomme Chimay, cuidant qu'elle tenist pour (a cité comme ^vraie Liégeoise. Mes li ignorant qu'elle fust en la main du duc , et que ses gens j estoient , fut soupçonné prestement et cogneu non y estre venu pour bien, fut pris et examiné atout (avec) ces lettres, et prestement mené devers le duc à Brusselles ; et fut par icellui tout sceu et descouvert ce que le comte de Nevers avoit en ventre. Mes combien que le péril n'estoit point grand , ce sembloit-il au duc, toutesfois estoit-il bien aise d'en savoir le secret, pour y tant mieux pourvoir , comme il feist ; et fit tenir en prison ledit chevalier longue espasce, d'ici à tant que aultre grand effect s'en ensievi , et maugré ledit conte, qui mal y eust sceu remédier. Or estoit sourse une grand murmure , et une orrible commocion de peuple en Malines, pendant que le duc se tenoit h Brusselles , et estoit ceste commotion toute à l'exemple de ceux de Gand; et se misrent en armes les Malinois , crian-s et braians sur aucuns gouverneurs de la ville dont ilssedoloient;etmanachoient de tout tuer;etde fait, en défaut des personnes qui s'estoient muchiées (cachées), vindrent à leurs maisons et les abattirent et fustèrent , et y firent tons les desrois du
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monde, et jusqu'à domier peur à tout ce qui portoit teste d'omme et femme. N'y avoit si hardi qui s'osast trouver sur rue, qui fust homme d'aucun gouvernement. Et tout ainsi que Gantois avoient usé de voloir avoir tout à leur poste et à leur demande, cestes maies gens aussi disoient que tout autre tel aroient-ilsen pareil, et seroient mises jus maletosles et impositions . et sçauroient que tels et tels deniers estoient devenus, qui si longuement avoient esté recheus en grief du peuple ; et feroient par le saint Dieu un monde novel, ce disoient, aussi bien à leur tour comme avoient fait autres.
Or estoit le duc à Bmsselles, là où n'y avoit que quatre lieues. Si le scetit tantost , qui bien s'en garda de rire; mes dit : « En ce dangier m'ont I) mis Grantois ; Dieu le leur rende ! et à leur exem- » pie tous les vilains se vouldront rebeller et faire » le maistrè, ce samble. Or, par saint Georges ! il en » y aura des punis et cbastiez , se je vis dix ans; et » ne se vanteront pas d'avoir trouvé ce qu'ils cui- » dent ».
Et tout en ce meismes temps, ceulx d'Anvers firent autre tel que Malines , et firent des commotions entre eux aussi ; et qui plus est , à la tierche main , nne meschante ville en comparaison aux autres, nommée Lire, fist une grande heurée aussi ^ comme se c'eust esté quelque chose de grand ; et tout sur une manière de faire comme Gand , contre les gouverneurs et pour avoir les choses à leur poste.
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Dont et se le duc en avoit ennuj et dueil n'estoit de merveilles : Car bien y aToit cause pourquoy. Et certes, la conséquence aussi en estoit dangereuse et de malraise attente. Si me souvint alors , quand je vis toutes ces villes ainsi rebeller et esmouvoir à l'entrée de ce nouveau duc, comment à l'entrée aussi du roiLoys, tantost après son couronnement, ceux de Raims se commeurent aussj en pareille manière, pour mettre jus à leur volenté les imposts et les gabelles du roi, et à leur exemple aulcunes aultres villes, ce disoit-on, par le royaume , et de quoi les interprétations , ce me souviens bien ^ alors estoient assez estranges en la bouce des saiges et de non grand espoir en bien.
Or, comme ces commotions se faisoient mainte^ nant par dechà à l'entrée de ce duc nouveau , je entray en ymagination aussy. Dont , et comme je me teus du premier, je me tays aussi du second, et m'attends à ce qui peut ensuivre de tous les deux, et dont les fins feront le jugement. Mes le roi Loys et le duc Charles, trouvèrent leur pays en haulte fortune de paix et de félicité : dointlMeu que la fin en soit encore plus glorieuse et plus de salut! car tous deux estoient princes^ dont les sens et les vertus estoient pour faire ung grand fait et ung grand cop , là où ils se voloient tourner.
(1467) DE GEOnOES CHASTELLAIN.