‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 100 sur 165 · CHAPITRE CCCXLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXLVIII

Gomment ces deux princes ne se purent onques accorder , mes y ayoit toujours une aigreur et une rancune entre eux.

EiTTRE ces deux princes de tout temps y avoit rancune, et quelque pacificacion qui s'en peust faire huy , demain tout revint et retourna en son premier estât, ne vraie amour s'y pooit former. A voient conditions et meurs incompatibles , et volontés toutes discordantes; et plus alloieut avant les jours, et plusenchéoient en grans differens ensemble et en désespérables aigreurs, plus toutefois l'ung que l'autre dissimulant , et l'autre par semblant moins accoutant et plus soy descouvrant. Le roy, certes, estoit hoitmie subtil et faint , savoit reculer pour saillir plus loings, savoit faire l'umblc et le doux à couverte fin , savoit concéder et donner pour recevoir au double , et savoit porte? et souffrir à terme propre grief, sur l'espérance cte sa vertu, qui du tout en fin lui poroit rendre ven-

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géance. Ainsi donques estoit ce voj ici forlà crain^ dre , à cause de son engin , le plus agu du inonde. Et le duc Charles faisoit à craindre , à cause de son grand corrage, lequel il descovroit et sambloil monstrer par effect, qui de nul ne tenoit conte, ne de roy ni d'empereur ; et quanl ce venroit à la guerre aux Franchois, si setenoit-il fier et fort assez, aveucques son Edouard, contre tout homme, aveucques ce que Je cuer lui estoit fort eslevé , et ce qu'il avoit acquis de gloire contre eulx à Mont-le-Héry, et depuis en Liège, qui toutte succomba soubslui en arsion et en glaive. Et ainsi doncques, comme le roy avoit sens grand et cautel , et en usoit en une manière , ce duc ici avoit un aultre sens grand et d*autre effect, et en usoit en aultre , comme j'ai dit, en dissimulacion et en faînte supployante àcautèlede fruit , et l'autre en publicque ostension de fierté , sans peur de mesprendre ; car commettoit à sa diligence et à son veillier , et la veue en tout et surtout , toutte l'efficace de sa fortune , et cuidoit etespéroit, par son pooir et par son propre sens, parvenir à toutes ses précogitées fins, fustdepaix, feust de guerre.

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