‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 106 sur 165 · CHAPITRE C^CLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE C^CLIII

Gomment le roi Loys , aveucqaes le dit de Warwyc , pratiquoit que le jensne Edaard, fils de Henri prisonnier , prendroit en mariage la seconde fille de Wanvyc

Le conte de Warwjc donc prist et esleva ce tiltre aveucquesle roj Henry en prison en Londres, régnant encore Edouard, qui bien savoittoutet s*en réconfortoit au possible. Dont, et pour donner effect à ceste nouvelle querelle du roy Henry , et en asseurance de son fils Edouard, estant aveucqùes la reine Màrgriete , sa mère , par dechà , le roy Loys pratiqua aveucqùes ledist de Warwyc , que le jeusne Edouard , fils de Henry , prendroit en mariage la seconde fille jouvenor dudist de Warwyc^ à cesle fin que, par samblant, à ceste cause ledit de Warwyc devroit tant plus laborer cy après en la resourse du roy prisonnier, et ^ar qui, après estre remis en son règne, la coronne retourneroit sur son fils; et seroient père et fils remis en estât par ce moyen, et le roy Edouard déboulé et privé de couronne. Ce mariage doncques fut pratiqué entre le roy Loys et le conte angles^ et promis d'ung costé et d'aultrç de le maintenir à bon ; quoique toutefois ledit conte angles , jà de piéça par avant , avoit donnée sa fille aisnée au duc de Clarence, frère au roy Edouard, àintencion

Chroniques. T. XLllI. — G. Chastellain. ///. jg

de la faire reine d'Angleterre. Et par ainsi maintenant , en ce second mariage dont le roj Loys traite pour faire la guerelle de Henri et de son fils bonne, c'est pour faire la fille maisnée reine d'Angleterre aussi, et sur un titre tout au contraire. Par quoi il samble que ce conte angles ici usoit et savoit user de merveilleuses trafiques et doublesses, et que son honneur lui estoit de petit pois, qui de tant de fraudes et cautëles, les unes contraires aux aultres , usoit ,- et en France et en Angleterre , et toutes confuses pour ly. Or ai-je dit que ce mariage estoit mis en termes entre le roj Lxyys et le contfc angles ; mes grant fort y avoit pour le conduire , à cause de la mère, Margriete^ que ce conte avoit déchassée honteusement dehors Angleterre et fait prescherribaude, malvaise lisse, et son fils avoutre, non fils de roy , et mesmes le roy son mari fait mettre en prison; et dont la plaie lui cuisoittant, et non merveilles, que non jamès jusques au jour du jugement n'en poroit estre sanée, ne tant le mettre en oublj qu'elle ne demandist justement et à bon droit la divine vengeance. Et par ainsi doncques fait bon à arguer de son costé, quand on lui parleroit du mariage de son fils à la fille d'un tel qui tant lui estoit malfaiteur et offenseur, le cas lui devroit bien sonner estrange, et lui faire profonde pkde en cuer, par seulement en tenir parole. Toutefois, apr^toutes choses considérées, et pesées les grandes fructueuses fins qui en poroiént naistre à la maison de France et à

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celle d'Anjou, qui icy estoit fort intéressée, tant fut parlé et traitié que ce mariage ci se feroit et se consentiroit du costé de la mère , pourveu que le conte angles, conlremineur de la noble dame royne, se vouldroit publiquement dédire devant roys et princes , soi confessant menteur et faux injurieux de sa personne , à tort et sens cause, et en après faire le pareil en Angleterre , devant tout le peuple ; laquelle chose fut accordée dudict Warvyc, et promise d'ainsi faire ; et de fait le . fit ainsi ; et vint là où estoit la reine Marguerite , et là se rua à genoux devant cj, disant tous les mots ci-dessus touchiés, et lui priant humblement merci et pardon ; laquelle durement parlant à ly le souffrit à genoux un quart de heure, et enfin lui pardonna sur les conditions devisées.

Par ceste manière doncques fut fait un mariage ici ; Dieu sut quel , et par l'invention de deux personnages , chacun béant à son prétendre; leroy, pour renvoyer Warwyc en Angleterre, soubz nouveau tiltre^ encontre Edouard, et Warwyc , pour retourner en Angleterre , soubz. le confort de France, pour là soi vengier de sa honte ; et finablement les deux appétis du roy Loys et de Warwyc tendirent à une commune fin principale, qui estoit dedeffaire la maison de Bourgogne, ce qui faire ne sepooit, sinon par deffaire premier le roy Edouard.

Or estoit Warwyc assegié toujours en Normandie, et ne se osoit mettre en mer, pour cause de la grande armée et navire que le duc Char-

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les faisoit tenir sur \y par l'espace de cinq mois ; car savoit bien , s'il estoit rencontré il esloit mort, et n'y avoit remède en ly. Si lui tarda fort et anuya : aussi fit-il au roy Loys , qui volentiers en eust esté quite ; car en avoit grans frès sur ses bras et grandes coustanges. Si mist ledit roy toutte diligence de faire assemblement de navires par tous les ports de France; et en effet en assembla jusqu'au nombre de soixante beaux navires et puissans , et d'iceulx constitua gouverneur l'amiral de France, le bastart de Bour- .bon , sage et gentil chevalier, et de bon corrage; et en la conduite d'icely se mist Warwyc en mer aveucques toute sa route au plus couvert qu'il put, et hors de veue du navire du duc Charles. Et leur avoit commandé le roy qu'à nulles fins ils ne qué- Tissent la navie du duc pour l'assaillir ; mes tant seulement, si les aultres le quéroient, leur ordonna deeulxdeffendre.Donttoutefoisuel'ungnel'aultre n'avint, car ne s'entretrouvèrent point. Ne scai se feust à sens ou d'aventure ; mes ainsi toutefois en avint-il, et Warwyc prist port et descendi en Angleterre atout ce que avoit de gens de son parti angles; et l'amiral de France , atout ses Franchois, retourna en Normandie, après avoir mis en sa sauveté le conte de .Warvsryc, sur lequel maints cuers angles s'attendoient et béoient.

Fin de la Chronique de Georges ChastellaiN'*

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