I. Jaumont
Chroniques. T. XLIIL —G. Chastellaik ///. I7
Près du noble duc se tenoit , Et moult grant plaisance prenoit A regarder sa contenance ; Car par sa très haulte vaillance Voult estre devant , pour certain.
Adoncques vindrent main à main Ces gens d'armes des deux parties , Qui grief vement furent départies.
Leur devoir firent \j archers Ce jour , et ly arbalestriers , Et ces nobles gentils héraulx Qui tant sont nobles et loyaux.
Ménestrels se faisoient oyr , On faisoit trompettes bondir ; Canons , bombardes décliquoient , Et ces gens d'armes y frapoienl.
Le noble seigneur de Helly , Cil de Vasse et cil de Crouy , Cil de Noyelle , de Vuyon , Et plusieurs dont ne sçay le nom , Qui d'ainez servent la setille ; Et Enguerran de Bournonville , Qui a esté en aultre lieu , Aux Liégois jouèrent d'un jeu Dont ils ne se donnoïent garde.
Car toute leur grant avant-garde Où il avoit, par justes sommes ,
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Bien quatre cens de gentilshommes , Allèrent derrière assaillir Liégeoys , à la fin que fuir Ne puisent aucunement.
Et là firent si grant content , Qu'on doit de leur valeur parler.
Mais je vous puis pouvoir compter Qu'oncques nul semblant de partir Ne firent Liégeois à ce juir ; Ains se combatirent moult bel , Comme hardy , preux et ysnel ; Car ils estoient gouvernez Du fort seigneur de Pervehez , Qui trestout le temps de sa vie Saigement et sans nulle envie S'estoit gouverné noblement, Jusques à ce jour proprement , Que par très folle convoitise Qui maint cueur embrase et atise , Fist son fils seoir ou hault siège De la seigneurie du Liège.
Adoncq failly sa grant science , Gentillesse et vraye audience , Quant aux conjurez s'assenty Et les francs hommes relenquy , Dont il receut cruel dolour ; Car il en mourut en l'estour ,
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Et son fils et tous leurs aidans.
Mains barons nobles et puissans S'esprouvèrent à la besoingne Avec le franc duc de Bourgoingne ^ Et les haulx princes dessusdits :
Chacun avoit hardement pris De faire d'armes le mestier; Mais à présent n'est pas mestier D'en dire toute l'ordonnance ,
Fors que la plus belle substance Nos gens s'y voulrent tant peiner Que Liégeois firent reverser
En telle manière , sans faille , Que la très crueuse bataille Ne dura une , ferme et seure , Pleinement la valeur d'un heure, Que Liegeoys furent desconffys, Par les nobles seigneurs de pris.
Ce dit l'istoirepar tel sens, Que trente mille de leurs gens , Ou plus, demoura en la place.
Et se j'avois bien espasse De tous les haulx faits déclairer , Et les nobles seigneurs nomnaer , Moult diligemment l'escriroje A l'onneur , révérence et joye De celui pour qui l'ai empris ,
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Lequel est de si haultain pris,
Que depuis que l'eure accomplie
Fu , et la bataille finie ,
Pour sa grant puissance monstrer
Voult quatorze jours demourer
Près de la bataille environ ,
Sans ce qu'en chastel n'en donjon
Soy voulsist loger nullement ,
A la fin que aucune gent
Luj vouloient estre nuisant >
Pour ce fait venissent avant ,
Et ils y seroient recéus
Et en ce terme , sans reffus.
Liège la très puissant cité ,
Tongres , Saintron en vérité ,
Huy , Dinant et maint autre ville
Se rendirent , ce n'est pas guille.
Aux princes crièrent mercys ,
Si qu'accordé leur fust respis ,
Jusques qu'ils vindrent présenter
Corps et biens , sans rien excepter ;
Et de leurs plus prochains amys
Furent adoncq plusieurs estis ,
Qu'ils délivrèrent en hostaige ,
Pour accomplir double couraigc « ; ^