‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 113 sur 165 · I. Ou virage · texte numérisé non relu

I. Ou virage

S62 CHRONIQUE (i4^&)

Et pour plus plainemeût ouvrer

Et obéissance accomplir ,

Aux princes vouldrent requérir

eTusdce de tous les Hédrois,

Dont ils connoissoient les endroiz ;

Et les firent lier sur chars.

Là fust décollée leurs chars

Pour la très grande forfaiture.

En ce monde n'a créature ,

Pour tant qu'il ait entendement ,

Qui plaindre doye nullement

Leur mort ; car passé cinquante ans^

Ne fust prince tant fust puissant^

Qui en péust venir à chief.

Dont c'estoit dommage et meschief ;

Car souvent on fait décoler

Plusieurs nobles , et désoUer

Leurs lieux et habitations.

Tout le pouvoir des Bourgoignons,

Ne fu pas à celle journée.

Quant honneur leur fust ad jour née ,

Comme vous oyez en ces vers,

Premiers le conte de Ne vers.

Frère du franc duc Bourgoingnon ,

Vint devers son frère de nom

Huict jours après la grant meslée ^

(i466} DB GEORGES GHASTELLAIM. 263

La quelle et esté si hastée

De Liégeois, par folle ordonnance,

Que le conte de grant puissance

N'y peut oncques venir à temps ; Dont il fu durement dolant ; Et ceulx qui estoïent o luy , Le noble conte de Joingny , Rimaucourt , le seigneur puissant ; Raoul , le seigneur d'Austrevant , AmédeViry^ Savoy en.

Et Viennois, ceulx scoy-je bien Qu'ils vindrent après la besongne Devers le franc duc de Bourgongne.

Dont sa force multiplia»

Et de très bon cuer festia Son très chier frère signeury y Et ceulx qui estoient avec luy Venus en foy et en amour.

Et puis au quatorziesme jour Le noble duc ge departy De ce pays , par tel party Que grant joye vouldrent mener Ceulx qu'o luy ot voulu mener , Pour la victoire très haultaine Q'orent en la terre lointaine.

Pressés sont de leur fort tenir ; Ensemble vouldroient mourir,

264 CHRONIQUB DB GEORGES CHASTCIiLAIN. (i468)

Ains que souvenance fut gardée»

Cil qui ceste chose a dictée Ruelle à tous escoutans prie Que chascun de cuer s'humilie ^ £n priant Dieu dévatement ; Que le duc de Baurgoinge gent A luy ceulx que j'ai renommez , Et ceulx que je n'ai pas nommez , Veulle en tel estât maintenir Que l'ainour Dieu puist déservir A Tonneur de sa fleur de Ijs , Et de tous ses nobles amis.^

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