SUR
Jean Molinet naquit à Desvres, dans l'ancien Boulonnais (aujourd'hui Pas-de-Calais), vers le milieu du quinzième siècle. Il fit ses études à Paris, et retourna en Flandre, où il se maria. Devenu veuf, il emBrassa^ Pétat ecclésiastique et fut pourvu d'un canonicat de la collégiale de Yalencienncs. Il succéda à Georges Chastellaîn , son ami, dans la place d'indîciaire et historiographe de la maison de Bourgogne, et fut plus tard nommé^ bibliothécaire de Marguerite d'Autriche , gouvernante des PaysTBas. Il mourut en i5o7 , â Yalenciennes 5 dans un âge fort avancé, et fut enterré dans réglise de la Salle-le- Comte, à côté de G. Chastellaîn , son maître.
J. Molinet a beaucoup écrit en vers et en prose. Ses poésies ont été imprimées plusieurs fois sous le titre de Faicts etdicts de maistre Jehan Molinet. Quelques autres pièces ont été insérées dans divers recueils, tels que les Traictés singuliers^ petit volume in -8®, sans date, gothique, chez Jehan Saint-Denys , et qui comprend de plus des morceaux de Georges Chastellàin et de Guillaume Crétin , et la Légende dé Pierre Faijeu^ de Charles Bourdigné. On a aussi réimprimé plusieurs fois les couplets historiques qu'il a ajoutés à ceux de Georges Chastellàin , connus soua le nom de Récollection des merveilles adi^enues en nostre temps. C'est une revue assez détaillée des principaux événements du quinzième siècle, au nombre desquels figure l'invention de
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rimprimerie , mentionnée en ces termes, dans la continoalion de J. Molinet '.
TajWtu çrant maltitade De livres imprimés , Poar tirer en estude , Povres mal argentés.
Par ces nouyelles modes , Aara maint eicollier Décret , bibles et codes , Sans forant argent bailler.
Il existe à la bibliothèque da roi de France , plusieurs manuscrits des poésies de J. Molinet.
Les n«* 7685 , 7686 et 7687 contiennent un grand nombre de vers de lui et de ses amis et correspondants ^ Crétin et Robertet.
Le n^ 2926 , petit în-fol. sur papier, renferme aussi queltfoes pièces de J. Molinet et de J. Trottier.
Le n** 7998, manuscrit sur papier, format in-4®, couvert en parchemin, contient dans la seconde moitié du volume une partie de celles qui ont été Imprimées dans les Faicts et dicts.
Le manuscrit du Supplément n*' 208, est un recueil des lettres et poésies de Robertet , ChasteJlain et Molinet.
Le n® 7984, formai in-4"» sur parchemin, de 36 feuillets, relié en maroquin rouge, est un Petit Traictié compilé par maistre Jehan Molinet , à V instruction de ceulœ qui veulent apprendre Fart de réthorlque. Ce manuscrit a appartenu au dauphin François, mort à Tournon, le 12 août i526, fils du roi François I. On y trouve : « Patrons , exemples, » couleurs et figures de dictiers et tailles modernes , qui » sont maintenant en usage, comme : lignes doublettes, M vers sixains, witains, alexandrins et rime britelée , rime w brisée, rime enchajenée , rime à double queue, et forme
I. Ployez cette pièce dans ma notice[sur G. Chastellain, t. 4» cle cette collection.
» de complainte amoureuse; rondeaux simples, d'une , M de deux , de trois , de quatre et de cinq syllabes ; ron- » deaux jumeaux et rondeaux doubles , simples virelais , » doubles virelais et respons ; fatras simple et fatras dou- » ble ; balade fatrisée , simple lay, lay renforcbiet , chant » royal , serventois , riqueraque et baguenaude. »
Malheureusement pour le lecteur, les patrons ^ couleurs et figures de ces dictiers et tailles modernes , alors en usage , au lieu d'être puisés dans les auteurs les plus célèbres du tem])s, sont tous delà façon de maistre Jean Molinct, qui étoit bien le plus médiocre et le plus lourd poète, et le plus maniéré des beaux esprits de son siècle.
J. Molinet a encore translaté en prose , à la demande de Philippe de Clèves , le célèbre roman de la Rose, composé par Guillaume de Lorris, et continué par Jean Clopinel ou de Meung. Cet ouvrage a été imprimé à Lyon , en i5o3, par maistre Guillaume Balsarin , libraire et imprimeur j aU" trement corrigé et amendé , qu^il nestoit par^devant, comme il appert clèrement en divers passages et chapitres. Cette nouvelle édition, corrigée et amendée, a pour titre ces quatre vers :
C^est le romant de la rose , Moralise cler et net , Translate de rime en prose , Par vostre humble Molinet.
Le seul ouvrage de J. Molinet qui justifie à certains égards la célébrité qu'il a obtenue de son temps , est sa Chronique, depuis l'année 1^74 1 jusqu'à l'année i5o6. Cette Chronique était jusqu'ici restée inédile. Jean Godefroy et Aubert-Lemire avaient eu le dessein de la publier; et M. de Reiffemberg , qui a déjà rendu de si grands services à l'histoire de son pays , s'est proposé de la comprendre dans sa collection de l'histoire de la Belgique. Je regrette beaucoup que son travail n'ait pas encore vu le jour, je me
8 NOTIGB SUR JBAIff MOLIKET.
serais empresse d'en profiter pour améliorer cette édition , ainsi que je Tai fait de son édition de J. Daclercq.
Les deax manuscrit sqae possède la bibliothèque du roi, 800S le n® 1019 7^ et io33 Sorbonne, sont toutefois assez complets et assez corrects.
Même dans son style historique , J. Molinet a conservé de nombreuses traces de cette ridicule affectation de belesprit , qui lui a justement attiré les sarcasmes du mor- ^ dant et spirituel Rabelais. Lorsqu^il n^est pas entraîné par la vivacité de la narration et Tintérét des situations historiques , il se perd en fades déclamations 9 écrites du style le plus pédantesque et le plus étrange; mais quand il est émupar rintérèt que présentent lef faits , il abandonne son langage vraiment pantagruélique , pour devenir un historien et un écrivain remarquable.
La Chronique de J. Molinet termine la série des Chro* niques du quinzième siècle qui enirept dans ma collection.
J.-A. BUGHON.
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