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et de Bourgongne, commenchant icelles chroniques en Fan mil quatre cens soixante-quatorze , lorsque le très redoublé et très puissant duc Charles de Bourgongne assiégea la très forte ville de Nuysse, et continuant icelles tant louables gestes, glorieuses prouesses et très nobles faicts d'arnaes achevés par les che valeureux supports d'icelles maisons, conrnie d'aultres advenues en ce temps, jusques au lamentable trespas du roy don Philippe de Castille , archiduc d' Austrice , et qui fut en Tan mil cinq cens et six , qui sont pour le terme de trente-trois ans.
Militi est vita hominis super terram.
La. première milicie et prouesse chevaleureuse qui oncques fut mise en exploict , fut perpétrée au ciel par le glorieux archange, prince de la milicie angélique, lequel dompta Lucifer , le très horrible dragon abominable, ensemble ses complices, détestables apostats de joie perdurable, et privés de lumière supernelle.
Aultres très renommés faicts d'armes se sont depuis achevés sur la terre parles humains champions de la foi catholique , lesquels , pour obtenir palme de victoire , par grâce divine et force vertueuse , ont espandu leur sang en militant contre vicieuses temptations, ont marché après et soubs la bannière du triomphant roy de gloire, couronné d'épines, armé de pourpre^ semé de plaies, puis la plante du pied jusques à la sommité du chef^ qui, par le redoubté signal et tronchon de la croix, rompit les porles infernales, pénétra les cieux et ouvrit le liault palais du célestial empire*
Aultres valeureux exploits se font journellement au champ terrestre, par les nobles princes mondains, lesquels, pour l'augmentation de la chose publicque , exposent leurs corps^ leurs vies et leurs redevances, et adoptent à la fois, avecques peren-
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tielle rétribution , glorieuse renommée au siècle et louange de perpétuelle mémoire.
A ceste inilicie terrienne et chevalerie humaine me suis arresté du tout y pour principale matière de mon histoire. Puisque un seul Dieu éternel, par sa divine providence , triomphe et seignourist pardessus les gérarchies angéliques , throsnes et dominations du règne céleste, où les bienheureux sont premier, chacun selon son mérite, nous ses créatures raisonnables, formées à sa divine semblance, Je debvons ensuyvre à nostre povoir, et dessoubs sa très sacrée main et en son nom inénarrable exhiber honneur et prester service à un seul prince en terre, qui nous soit protecteur salu taire . Car, com me dit PoÛcratus , le prince du peuple est comme l'image de la divine majesté. Puis donc qu'il est un seul Dieu> soleil illuminant les estoilles , une seule raison dominant sur les potences de l'ame, un seul cœur incitant les membres du corps, et un seul Dieu impérant au ciel , il doibt estre un seul prince régnant en la terre. Mais pource que descouvert lieu terrestre est divisé en divers climats, isles non contiguës, et régions très loingtaines les unes des aultres, où sont inéqualités delangaige et sortes de religions trop différentes, ceste unité primitial s'est réduicte à pluralité ; car à dur se peuct conglober en une masse , si le supernel gubernateur ne la nourrit de sa rosée pacifique , comme il fist par aulcuns ans le glorieux règne Oclavien.
Nécessité doncques conslrainct , que chascune
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province ounalion ait son trosne partial, où justice soit conservée à l'exaltation du bien publicque , et décorement de l'universelle fabrique. Toutefois , souvent advient que les intronisés en royaîle magnificence ne peuvent porter la pesanteur de leur couronne; si que, par leur mérite et par divine permission , leurs ennemis les tirent en bas, démolissent leurs sièges, ravissent leurs diadèmes, brisent leurs sceptres et perdent leurs règnes irréparableïnent; lesquels à la fois sont transmués en duchés et moindres seigneuries, où ils produisent souvent fruict plus redolent que soubs tiltre de roy; exemple des Romains. Ils florissoient en leur cité nouvellement fondée dessoubs l'estoc de rojalle maison ; mais Sextus, le fils du roy Tarquin l'Orgueilleux, poUut lesang innocent; pourquoy l'estoc royal fut essarté , le nom de roy aboli, et, soubs le tiltre de moindre dignité, augmentèrent leur puissance jusques à l'extrême conférence du monde, portèrent couronne de laurier et solemnisèrent les résonnans triomphes dont il sera mémoire à tousjours.
Les en fans d'Israël , non contons de leurs juges , aspirèrent à royale celsitude, où ils prospérèrent une espace; mais enfin furent rompus. Si se divisèrent entre eulx, se déifièrent de Dieu, se souillièrent en ordure , et furent aflPublés du mantel d'idolastrie ; tellement que , pour l'énormite de leurs vices, ils n'ont maintenant ne roy, ne roch, ne tour, ne terre où ils puissent re-
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paistre un seul jour, sinon par eniprunt et à chier coust.
Ainsi sont anichilés et translatés de main en aultre pluâeurs royaulmes de ce monde univers , par l'exécrable vie des régnans et de leur peuple. Le règne des Assiriens, qui estoit de fin or précieu , s'est abismé en la profondité de la terre. Le règne d'argent des Persans s'est converti en rude métal. Le règne d'airain des Macédoniens a perdu 3a résonnance ; et le règne des Romains s'est assommé de ses propres marteaux. Et le seul trésor de prouesses, la claire lucerne d'honneur et la sommière iérachie de nobilité chevalereuse prospère , florist et redoleen ce climat occidental, en deax ou trois palais ou nobles hoslels , souverainement en la très glorieuse et famée maison de Bourgogne, favorisée des cieux, arrouséede grâces célestes , et parexaltée en gloire jusques à la haulte sphère <îe mondaine béatitude.
Comme nous avons veu jadis aulcuns royaulmes essours en félicité supérieure dès leur première naissance , et puis décliner avec leurs jours en basse lame , et absorbés ou parfond Carybdis par les grippes de fortune , et par vicieuses attrapes de guerre misérable , nous voyons maintenant par un contraire ceste bienheurée maison fructifier en honneur, au^nenter en vertu, et amasser des victoires les unes sur les aultres, quasi miraculeuses et hors de termes de commune acquisition. Quatre excellens princes, ses vraies possesseurs et héritiers
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par directe ligne et descente filiale , l'ont édifiée , entaillée et située en la sublimité de triomphant valoir. Philippe-le-Hardi , que Dieu absolve! lui donna pied et puissant fondement; le duc Jehan, son fils , la agenci et rabota par armes ; Philippe, le très grand et renommé duc d'Occident, la esleva en honorable celsitude , l'augmenta de plusieurs chambres par succession héréditaire, lui donna lumière dé son fusil reflamboyant , et splendeur au règne de la très sacrée et précieuse ordre .de la Thoison - d'Or ; et le très victorieux duc Charles, sa légitime géniture , la fortifie de justice seignorieuse , la clarifie de louanges inestimables , la cuevre de vertu rutilante y et l'anoblit de nouvelles tours et riches propugnacles, tant clers et de telle altitude , que les isles oultre-marines en perchoivent la relucence.
C'est, par figure similitudinaire , la tour de Barruc, le trosne de Salomon, l'arche du Testament^ le Palais d'Assuérus , le fort Ilion , le temple de Mars et le romain Capitole , où les haults sénateurs et les très prudents consulsde l'hostel tiennent leurs secrets parlements et consaulx pour régir la chose publique, et où les dictateurs et très redoublés Césars^ expérimentés en l'art militaire, assemblent leurs légions, cohortes, centuries, pour envahir Gaulois, Germains, Acquitains, etaultres nations rebelles.
Puis doncques que en ceste excellente maison de Bourgogne, par labeur continué et diligente
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veille, se exercitent journellement glorieux faicts d'armes et haultaines emprinses , soubs le très auguste duc Charles, il est décent et louable dé recueillir parescript et tourner en vraie congruité de senS: et de langaige les merveilleux faicts et admirables histoires qui s'y tissent incessament , afin que ceux qui les perpètrent soient registres au cler matrologe d'honneur , qu'ils puissent vivre après leur mort entre le3 hommes, qu'ils soient vifs exemplaires en temps futur aux preux et vaillans champions, et que ceux qui sont extraicts de leur sanget chevalereuse lignie, rendent grâce au souverain roy sempiternel^ qui tel heur a contribué à leurs nobles géniteurs, qui nous ramaine à fresche. mémoire l'ancienne générosité et prouesse troy en ne , selon ce que Daire^ Titus, Omère et Virgile nous en récitent par leurS: propres et subtils vers armo^ nieux, qui nous donnent admiration des conquestes de César et de Pompée j et de la réfulgente monarchie romaine, selon ce que Titus Li\dus,. Valère, Lucan et Julius Celsus nous en explanent par leurs escripts; etquinous donne à connoistre les litiges et dissentions lamentables advenus puis vingt ans entre France et Angleterre, selon ce que messire Jehan Froissart, chanoine de Chimay, et aultres ses successeurs , nous en apprennent par leurs livres. Les armes des conquérans sont ternies.^ leurs heaumes sont cassés et leurs lances brisées, mais leurs noms, ensemble leurs glorieux faicts, sont escripts en lettres d'or et demeurent
à perpétuité. Deux leltres sont qui nous enseignent la strénuité de leurs vaillances : l'une est la grosse, l'autre est la menue. La grosse lettre est construction de cités , stations de sièges , protractions d'images, apparences de statues, inventions de sarcus et relicquiesdes corps qui s'opèrent souvent es marches où lescrueuses batailles ont esté exécutées. Lamenue lettre est les joyeux dictiers , les mélodieuses chansons, les beaux volumes et traictés coulourés de rhétorique , que les vrais historiographes et collecteurs de leurs gestes ont compilées à grande diligence. Ce sont ceulx qui œuvrent leurs faits, descripvent leurs légendes, les logent es mémoires des hommes, et donnent appétit aux lisants de les glorifier par les siècles. Maints glorieux faicts d'armes de haulte estime , exploictiés de très forte et vigoreuse main, sont escousses en caligineux ombrage ; si que jamais n'en sera nouvelle , pour ce que nul traict de plume ne les a enluminés de riche estoflPe, pour resplendir au miroir de prouesse. Aultres exploicts de petite valeur capable de basse renommée sont assis en hault game, pour avoir trouvé picteurs amoureux des images; lesquels ils ont fardés de couleurs apparentes pour avoir gloire entre les preux . Hercules,le robuste poing de Grèce, le dompteur des ravissants larrons et le fouldrojeur des terribles monstres sauvages , doibt richement guerdonner Omère et aultres picteurs qui, par leurs poésies et versifications héroïques, ont augmenté sa vaillance jusques à soubtenir les cieûx. iEnéas, le
chevalier aventureux fugitif de Troye^ de qui descendit la très sacrée semence impériale , fut bien heureux que Virgile le poëte l'ait prist en sa grâce ; car, en faveur et contemplation des Romains, le extoUapar dessus les nues. Et toutefois aulcuns luy ont imparti note de prodition. Ainsi les uns, selon la qualité de leurs mérites, ont trop large portion de glorieuse famé , les aultres en ont trop escarsement, les aultres en ont à point , et les aultres riens , parce que nul ne suscite leurs haultains actes. Domaige irréparable seroit doncques à ceste magnifique maison de Bourgogne, se tant de fières et merveilleuses emprinses, qui se forment continuellement de forts et vigoureux bras , se périssoient avec le son des armes, sans les graver en solide mémorial. Le souverain plasmateur, qui tout soubmet à son indiction , et dessoubs qui tremble toute chose créée , l'avoit pourvu d'homme tout propre à ce faire; mais puis naguère l'a appelé à sa compagnie par mort naturelle, dont il a payé le tribut ; sire George Chastellain , homme très éloquent, cler d'esprit, très 'aigu d'engin, prompt en trois langages, très expert orateur, et le non pareil en son temps. C'est le vrai scribe et scient compilateur qui, parson traict magistral, pellifioit de précieuses gemmes les somptueux personnages de ce triomphant manoir ; innumérables cantiques en a produit en leurs louanges , chansons orphéynes, proverbes salomoniques, tragédies, comédies^ mètres virgiliains et sentences
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prosaicques sont dévolés par divers pays et con^ trées, jusques au sainct siège apostolique et à la personne de nostre sainct père le pape.
Pourquoi très illustre prince Charles de Bourgogne, regardant la fermosité de ses mœurs, la melliflue éloquence distillante de sa bouche, et là subtilité de son art , le veult anoblir en ses jours; et à la célébration et solemnité de la Thoison-d'Or en Valenciennes , lui donna ordre de chevalerie , avec tiltre deindiciaire, comme celui qui démonstroit par escripture authentique les admirables gestes des chevaliers et confrères de l'ordre. Or est ce très illustre homme esvanoui de nos ^eux; sa plume gist en repos, et son refulgent esprit a prins céleste mansiou. Grand planté de ses œuvres sont demourées imparfaites, qui donneront labeur intoUérable à ceulx qui vouldront parattaindre la fin de ses conceptions •
Moi doncques, le plus rudede tous les aultres, son très humble disciple, nourri en son escole plusieurs ans, et imbuit, sans y donner approche, en son élé- . gant style , après qu'il eust rendu son ame à socv créateur, et que le corps fut livré à la terre, veuillant, selon la ténuité de mon engin, démener à conclusion finale aulcuns de ses principes, dont les moyens sont de haulte recommandation , me tiray vers la sérénité de nostre très redoubté prince in-t vaincu, étant en son siège de Nusse, et lui dépriay en toute humilité qu'il lui pleust moi donner licence de parachever ce que mon très honoré seigneur
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et maistre , que Dieu pardoint ! avoit encommancé; et icelui, de sa bénigne gré, et en faveur de haults et puissants seigneurs mes médiateurs intercessoirs, le m'accorda libéralement. Jà soit que j'en soje indigne et que les plus grants de son hostels parfons historiens et de vive intelligence , sçauroient mieux conduire ceste matière que je ne le sçauroie penser, toutes fois iceulx , ententifs à choses ar-^ dues et de plus fructueux poix, me laissent ceste grande charge en mains , laquelle j'ai embrassée en grande crainte ; mais sous leur begnin support et favorable correction , mon intention est de rassembfbr plusieurs cayers escripts de la main de mon dit seigneur et maistre , tous désemparés , imparfaits et sans ordres, pour les aduner en aulcuns certains volumes par lui très grandement avancés. Et jà soit que en aulcuns d'iceulx il ait un petit touché du siège deNujsse^ toutefois le principe de ma cronique sera au commencement dudit siège y en laquelle je atribuerai gloire et exaltation à ceulx d'une partie et d'aultre par quiles admirables besongnes seront mises à louable effect, lesquelles je ne puis assez magnifier à leur appartenir; car nul ne sçaroit apprécier la value d'un très prudent, féable et vertueux chevalier. L'on trouve en Exode que les juges estoient appelés dieux. L'on prononchoit anciennement aux impérateurs tiltre de divi-
I. Je n'ai pu retrouver de la chronique de Georges Cha&tellain que jusqu'à l'année 1470.
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nité. Le saint docteur veut innuerque nous devons rendre aux princes, ministres de Dieu, gloire et honneur. Et saint Pol nous admoneste d'obéir à eux , soient bons ou mauvais. Pourtant de ce qui sera digne de recort que je pourrai parcevoir à l'œil, et qui me sera récité par gens dignes de foi, ou escripture authentique, je mouillerai ma plume véritable en suavité de clère faconde , pour collauder les condignes , et en aigreur de bonne invective pour redarguer les coulpables , à la louange de mon Dieu perdurable , à l'honneur de mon prince et proufit et salut de mon ame.
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