I . Robert de Bavière
tin déboulé de sa chaire épiscopale et cité métropolitaine, luiremonstra sa doléance, et comment ceulx du chapitre dudit Coulongne vouloienl avoir archevesque Hermant , lanl-grave de Haesse, frère à Henri ^lant-grave de Haesse, auquel favorisoient l'empereur, les archevesques de Mayence et de Trêves, Aubert, marquisde Brandebourg, le duc de Saxe, le dit Henri Lant-grave, Evrard, comte de Wertemberghe et de Montbliard, avec au! très plusieurs grands princes et barons , et ensemble les cités impériales, villes et communautés d'Allemaigne.
Le duc Charles très clément etpitéable, ouïe la quérimonieuse complaincte de son parent, voyant que contre droict et raison , et oultre le gré de nostre sainct père le pape qui l'avoit confermé, il estoit desappoincté de la dignité qu'il avoit longtemps posscssé , soy confiant en Nostre Seigneur et en saincte église , dont il estoit vray champion et protecteur chevaleureux, emprist la querelle dudit archevesque son allié , à l'encontre du Irère dudict lant-grave^ soi disant archevesque pareillement, et à rencontre dudict empereur, ses adhérens et favorisants.
Nuysse doncques, ville de frontière, terre d'archeveschié , refuge de malheureux , orgueil d'AUemaigne, et qui plus seconfioit en sa force que nulle aultre , pource que jamais n'avoit esté vaincue par siège, soutenoit en son clos la partie adverse du dict archevesque , car elle estoit forte à mer-
(*474) DE JEAN MOLTNET. 39
veille^ tant d'eauwe comme de murailles,Iongue de deux bons traicts d'are, mais elle est étroicte à l'advenant plus à un costé que à Taultre , à manière d'un huysiel, adossée d'un lez d'un bras du Rin , qui battoit aux murs, et d'une autre rivière nommée Arne, qui passe par la duché de Julers , avecquesune aultre naissant de fontaine, dont mouloient deux moulins, laquelle environnoit aultre partie de ladicte ville; et toutes ensemble se rentroientau grand Rin courant assez loin^. Pareillement estoit Nuysse notablement tourrée de pierre de grès^ puissamment murée de riche fremeté haulle espasse, et renforcée de fortes braiesses subtelement composées de pierre et de brique, et en aulcuns lieux toutes de terre , tournées à deffence par mirable artifice pour repeller les assaillants ; entre lesquelles et lesdicts murs j avoit certains fossés assés parfons; et de rechef estoient devant lesdictes brayes aultres grants fossés d'extrême profondeur, cimes les aulcuns, et pleins d'eau à grant largesse , lesquels amplectoient la ville et ses forts jusques aux rivières courantes. Quatre portes principales de pareille sorte ensemble , et aulcunes poternes et saillies embellissoient et fortifioient grandement ladite closture ; car chacune d'elles avoit en front son boluwert à manière de bastillon, grant fort et deffensable, garni de tout instrument de guerre, et souverainement de traicts à poudre à planté.
Dedans Nuysse , oultre les aultres édifices, estoit une très belle église de dames , haulte eslevée et
3o CHRONIQUES (i474)
de grant monstre, où reposoit le corps saint Qaîrin, leur patron , auquel les nobles, bourgeois et manans avoient très singulière et fervente dévotion , espérans salut en son suffrage et garantise de tous meschefs. Et avec leur nouvel archevesque, compéditeur au vrai pasteur, s'estoient prémunis de gens très expérimentés de la guerre , et avoient la fleur, le brujt et le choix de la chevalerie d'Almaigne , ensemble et les gentils reilres et fins routiers concueillis en diverses marches , non pas seulement pour la tuition de leur ville, mais aussy pour donner repoulse et rompre la poincte au ducCharles, qui atournoit la bride vers Coulongne pour montrer visaige à l'empire.
De ceste aspre et mal amoureuse compaignie , estoit principal et conducteur un très vaillant capitaine subtil et entreprenant , nommé Musebacque, qui tout engrossié de horions, et de soutenir sièges endurci , plus se délectoit en ton noires de dures bonbardes que en chansons de douces paroles , et plus prenoit appétit en cuisses de vieux chevaux, que en pastés de jeunes poules ; et désiroit toujours de soi aherdre et hurter à l'ost du duc de Bourgogne, pour taster la pesanteur du faix dont tout le monde faisoit si grande estime. Jean de Herprode, Rembout Heyebisce, hommes de grant conduicte, astus et cauteleux, alors bourg-maistres, avoient le régime et police de la ville , et regard ententif sur le peuple, qui estoit comme demi gendarme , nourri en feu , en fer , en sang ^ en souffre
(i474) DE JEAN MOLINET. 3l
et en salpêtre, berchié au cri des armes et endormy au son impétueux de serpentines, culevrines et harquebucies , dont il estoit si juste etamesuré, que à deux doits de descouvert il rendoit mortelle attaincle.
Grantamas de vivres avec la annuelle provision se faisoit dedans Nuysse^ laquelle de sa propre nature estoit butineuse, arrogante, espineuse et addonnée à la guerre ; et pour ce qu'elle aimoit le mestier, elle avoit d'ancienneté deux moulins à chevaux forts et rades, pour soi aider en peslillence de siège , et diversité de bastons deffensoires et d'artillerie, pour saluer les passants et bien vegnier ses voisins , desquels elle attendoit la très poentable et soudaine venue.
Charles, très auguste ducde Bourgogne,à qui nuls hideux efforts ne donnoient admiration , sentant l'adversaire capital de ison cousin dessusdit, envelopéen la sortie de Nuy:sse sous les esles deGerm anie et de son aigle impérial, qui le deffendoit au pied et à l'ongle, se délibéra , pour ceste cause et aultresqui à ce le mouvoient, d'assiéger ladite ville,merveilleusement forte et inexpugnable, Siordonna ses batailles , fist approchier ses engins ; et environ l'issue du mois de juillet, l'an mil quatre cent soixante-quatorze, comme le plus preux des preux et le superexcellent <le tous aultres, ficha son estandardet planta puissamment son siège droit au front des AUemans, qui le prindrent en grand argu ; et de prime face^ à un traict d'arc près de Nuysse et devant la maisr tresse porte , saisit une grande abbaye de chanoines
3â CHRONIQUES ('474)
réglés de l'ordre saint Augustin, où il trouva partie desreligieux habandonnés desaultres, quis'estoient restraicts en la ville. A ces te approche , ceulx dé^ Nuysse ne mirent quelque obstacle de deffense ne de saillir, jà-soit ce qu'ils pensoient bien que le duc y prendroit logis ; car à ceste cause, trois jours par avant sa venue^ l'avoient voulu brusler , et le feu ne s'y voulut esprendre. Si demeura saine et entière, et furent ces religieux très joyeux d'avoir un si bon hoste ; car ils y proufitèrent assés. . Le comte de Campo Basso, chevalier néapolitain , bien aimé dudit duc , fut envoyé par ledit duc avec plusieurs haults barons, prudents, ingénieux, et de vif pénétrant entendement^ pour impertorer les fors, et imaginer par quel moyen, à moins de perte et plus de gaigne , le siège pourroit prendre pied ferme et fondement durable. Et par l'ordonnance du duc, ledit comte, accompagné de quatre cents lances italiennes bien en point, à chevaux bardés, ensemble et leurs gens de pied, assiégea une porte, auprès d'une capelle de sainte Barbe, tirant au long du Rin pour aller en Gheldre , devant laquelle estoit un boluwert grant et puissant; et là furent assises deux grosses bombardes, une bombardelle et plusieurs courtaux et serpentines. Devan t l'aultre porte en suivant qui donne chemin pour aller à Noslre-Dame d' Aix , où estoit un merveilleux boluwert , se logea avec deux cents lances italiennes et leurs gens de pied , Jacques Galiot , un très renommé et prudent conducteur de gens d'armes, accompagné de deux cens archiers d'Angleterre,
(4^4) DB JEAN MOLITSIÎT. 33
et joindant ce quartier fut logé un noble escuyer piemontois , nommé Jacques de Wanperghe , Ayant charge de cinquante hommes d'armes" piemontois, lesquels estoient de la société dndit comte. A l'endroit de ladite porte, y avoit bombarde et bombardelle, sieutesde courteaux et serpentines. Parlons tranchis et spacieux furent faits devant* la muraille^ aflin que ceulx d'un quartier péussent secourir Taultre. Et en suyvant ceste clôture fut logé sire Bernard de Raveslain , capitaine de cent lances , de trois cens archiers , et de trois cens piétons. Si l'accompagnoit un chevalier nommé Brocquehuse, lequel avoit assemblé environ i^^uxt^ens culeuvriniers du pays de Gheldre. Et en frçnt de la porte où se prend le chemin pour aller aii.pay6id.e JuUiers^ tint son siège sire BauduwindéLannoy, chef et conducteur honnorable de trois cens lances ordinaires, de trois cens archers etdefroi^ cens hommes de pied ; et contenoit son entrepresure , du logis dudit seignéfur Bernard jusques au chemin de ladite porte. Et Lancellot de Bellamont, noble escuyer du pays de Haynault • ayant charge de cinquante lances et de deux cens.archiers , parclooit le demourant jusques au logis dudit duc, parmilebailly deRomant, Brabant, et d'un escuyer nommé Marbais , qui ensemble lui furent bail|és pour renfort; et avoient quatre cens piétoi^^icquenaires, culeuvriniers et arbalestriers ^ii pays de Brabant, deNamur et de Liège, lesqùëk, à ung petit pont de pierre, coupèrent une rivière, où ils
Chroviques. t. XLIII. — J. Moliwet. /. 5
trouvèrent largesse die poissons , et là tournèrent vers le bois.Gonséquamenty devant une grosse porte à façon de chasteau^ qui directement tire Vers Coulongne, furent logés un très chevaleureux et.expert conducteur , messire Philippe de Poictiers , seigneur de la Frété , et Ferry de Clissance , sei- ^qeur de Beauvoir; et avoient chacun deux cens lances des ordonnances et trois cens archiers ; et estoient leurs hommes d'armes de Bourgogne , et leurs archiers de Picardie et de Haynault. Là fut assise une grosse bombarde, ensemble plusieurs sieutes de courtaux et de serpentines. Et s'estendoit ce quartier jusques à la rivière dessusdite, venant de la duché de Juliers, passant devant l'abbaye^ emprès* laquelle le duc fit lever sa maison portative, et tendre es jardins à l'environ ses pavillons^ très freschement armoyés de ses armes, où il se logea de sa personne , et ceux de son hostel , lesquels contenoient grand nombre de nobles gens,qui se logèrent entre le grand chemin et la rivière.
Il y a coustumièrement en la maison et famille du duc de Bourgogne quarante chevaliers toujours comptés et quarante hommes d'armes conduicts par quatre nobles chevaliers, sans aultres chevaliers en grande quantité, comptés par tenue d'anchiene ordiriance, et vingt esouyers de chambre. Il y a aussi cinquante panetiers, cinquante eschansons, cinquante officiers trenchants , cinquante escuyers d^escuyrie ; et chacun a son coustellier; et sont conduits par quatre chefs d'escoydre. Et puis y a cia-
(«474) DE JEAN l^fOLlNÈT. 35
quante archiers de corps et deux chevaliers leurs conducteurs.
D'autre part fut îogiée son artillerie et sa garde, laquelle contient six vingt et dix hommes d'armes et autant de cbustelliers armés , et six vingt et dix archiers^ qui tous ensemble sont conduits par un chevaliçr très preux et exercité en armes, et par quatre escuyers chiefs d'escoydre. Pareillement furent logés au quartier du duc, princes > baroos et honorables serviteurs, ses pensionnaires, qui lors l'accompagnèrent à grande multitude de serviteurs ; est assavoir , monseigneur Jehan , aisné fils du duc de Clèves ; le comte de Marie, chevalier de la Thoison-d'Or; meSsirè Jacques de Luxembourg, chevalier de la Thoi&on-d'Or ; le comte de Meghe> chevalier de la Thoison-d'Or 5 le coiïite de Joigny; le fils du comte de Rotelin ; le nepveu du duc deGheldres, le comte d'Araine, Escochois, et messipe Jehaû-Milletpn, chevalier de^'hostdl^ du roi d'Angleterre; dont , partie d'iceulx qui survindrent, et autres, se logèrent aux dortoirs des itioynnes, lesquels firent place aux Religieux de Mars, qui sont d'autre profession ; car par l'abus du monde et mutation de fortune de guerre, les chambres de dévotion furent changées en dérision; là où on souloit estudier enseignemens, beaux et notables, on tenoit escoUe de jeux de deâs et dé tables ; où les repéntans plouroient grosses lanxtgs,
les hardis combattans crioient à l'assaslt I aiixar-
mes ! ïk où l'on souloit {>enare aulmuces et chap-
5() CHRONIQUKS («474)
pes blanches, pendoient salades et blanc» harnois et fers de lances; et ceulx qui se levoient au sk)n de la cloche du moustier^ furent resveillés au son de la bombarde et du mortier. Ainsi fu^t la ville de Nusse, puissamment assiégée par terre; et fut le siège clos de ti*enchis , les engins assis y et les approches faictes bien et chevalereu§ement , auxqudb il y eut perte d'Italiens et d'autres, morts ou navrés du traict à pbuldre, qui estoit durement aspre et continu.