‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 126 sur 165 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Comment , par pVpuesM chevalereuse , lei isl'es devant Nasse furent coiiqaisiBi , jîtrfat du toat assiegi^ par terre et par eaawe.

Pour ce que la grande rivière du Rin couroit a3sez loing de Nusse, et cpie un membre d'icelle se présentoit devant la muraille, avecqueaultres ruisseaux et fontaines, qui ensemble se rentroientau grand cours, il y avoit une isle, d'environ une lieue franoôi^ en rondeur, qui fortifioit la ville merveilleusement. Et pour ce que dudit membre découroit une vaine qui tantost se réintégroit avec le tout, une autre isle se engendroit, non pas si plentiveuse que l'aultre d'un tiers. En ces isles ai^rortnées. des fleuves courans , gisoit l'espoir total des assiégés, la çacine de leur corne orgueilleuse, la potence de leurs bras furieux ) et le baston de

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leur fîère mémoire; car en treize sièges qu'ils avoien t soutenus anciennement, prince nul, tant fut^ildoué d'extrême hardiesse , ne se ingéra d'en tasterles Ions. Mesme, comme ils disoient, Charles-le^ Grand n*y sceut mettre le pied; mais son mendre de nom, non pas en qualité de meurs, de prouesse ne de glorieuse emprinse , mais en quantité de corps et de puissance seulement , l'osa bien attempter et envahir; et par subtilité et vaillaDCé chevalereuse la conquist vigoureusement, non pa^ sans meschief ne domage.

Dedens ces isles et en auleuns trenchis faits au long de la rivière^ se tenoient des rustres de Nus^-, et certains coulevriniers qui portoient gf^nt préjudice à Fost, souverainement à ceux qui puisoient l'eau et qui abreuvoient leurs chevaux i parqûoi le comte de Campo-Basso, logé assez près, fit amener ung bodequin siu* un qhariost , et noer (nager) un homme oùltre le bras du Rhin, et acriver à la grande isle.' Et quand vint le point du jour, d'une corde qu'il avoit , tira oultre plusieurs barquettes d'Italiens et de Picquars, arbalestriers et colevrkiiefs , et lesdits rustres qui ce regardoient , plus par faintise que par paour^ comme ils montrèrent dépuis, se retirèrent en la ville. Quant les susdits Italiens et Picquars fuirent passés au bacq environ six vingts , la corde rompit par meschéance , q«i parpassoit le demourant; et la garnison de N«sse, environ trois cens hommes bien en point^^ tous préavisés de leur fait, 5iaillirent sur euLx et les

envahirent de grand courage; et les aultres, rôjant que niil secours ne povoient avoir, et ne scavoiept quekfue lieu de refuge, se deffendirent merveilleusement ; et de si peu de gens qu'ils estoient, soustindrent le faix à Force de bras. Là tirèrent et chargèrent à grand radeur, et fut la meslée très aspre et mortelle.

Finablement,ItaUens et Pic^uars furent enauglés en au destroit de l'isle, oùils furent crueuseme nt rompus et descoufis. Les uns, pour eulxsauver^saillireDt auRin^oùilsse nojoient^et lesaultresen eschapoient. Les rostres en rappelèrent aulcuns et leur promirent seureté de vie; et iceulx parvenus à port, espérans trouver fidélité en AUemans. cheurent en la face de leurs glaives. Si furent détrenchiés et occis piteusement^ Par ceste voie pernicieuse et oblique , desviantati vrai sentier denobilité vertueuse, monstrèreni Germaniens qu'il n'y a voit guère d'asseurance ne de léaulté en eulx. A ceste oultrageuse occisiojri> un grant morienne, nommé Christopbe, très vaillant homme d'armes de la société des Italiens, fut ce jour plusieurs fols abbatu sur le camp; et tousjours. se remettoit sur pieds, et renversoit par terre tout ce qu'il povoit atteindre. U fut prios par les satrappes , qui le menèrent par la ville , où chacun le regardoit, tant pour la crudélité du personnage comme pour l'admiration de ses œuvres.

Si disoieni entre eux que c'estoit l'enniemi d'enfer ; et de faict le i^oulurent assommer ; et combien qu'il fût navré , il se deffendit puissamment

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et fut bouté prisonnier en la tour du moulin à vent sur les murs; puis trouva fachon, par mines que lui et aultres firent , qu'il vuida , lui unsiesme ; et en saillant oultre les fossés, il lui souvint que l'un de ses compagnons estoit demeuré derrière ; si retourna franchement et le ramena sain et sauf comme les aultres, de quoi ceux de Nusse furent grandement esbahis. Le comte de Campo-Basso, frustré de son imagination, voyant la doloreuse perte des siens , et que les isle& lui estoient plus loing que auparavant , quasi comme inagressibles et hors de son commandement , conçut grand des* plaisir en son cœur, Mais le duc , à qui rien n'esr toit impossible, y laboura d'une autre taille; et par main armée trop plus roide et séigneurieuse, il fit préparer certains navires , èsquels il fit entrer trois conducteurs notables des ordonnances , chacun de cent lances et trois cens archers. L'ung fut sire Josse-de Lalaing souverain de Flandres, en qui prouesse flourissoit haultement , et honou-* roit la chevaleureuse maison dont il avoit prins sa naissance. Le second fut Louis, visconte de Soissons, homme de très noble et vertueux couraige ; et le tiers fut uti très vaillant chef de guerre , sire Jacques de Rebrennes, seigneur de Montfort. Ces trois menèrent cinq cens piétons desdites ordonnances, desquels' estoient capitaines Roq^etart, Pierre Périlleux et aultres de hault valoir. Par grande hardiesse et en très belle arroy, passèrent un bras, du Rin, en spectacle de leurs ennemis » ^t à la pointe de TespécComme jadis Brutus et

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Corniens conquit^ent Tisle d'Albion surlesgéans^ ils gaignèrent Tisle de Nuysse , sur les ÂUemans ; et n'y eut si hardi, qui se osast naontrer en barbe pour donner résistance à leur très fier et redoublé effort^ sinon de traict à pouldre assez hideux et aspre*

Ainsi se logèrent ces trois valereux champions et toute leur séquelle ; c'est assavoir, ledit sire Josse et le visconte en la grande islé , et ledit sire Jacques en la petite isle. E^ là fut faict un grand trenchis ; l'on y a$sit une grosse bombarde, plusieurs cou rtaux, serpentines, et aultres grosses pièces d'artillerie, laquelle adomageoil très fort la ville, car elle tiroit au loing des murs, et brisoit les arcures de la porte sur la rivière , dessoubs lesquels se tenoient secrètement les assiégés, qui, voyans ce périlleux foudre , se saulvèrent en leur fort, par moynets et certains pertuis percés en la

muraille, et eslevèrent haulkes terrées pour contregarde.

Entre les isles et ladite abbaye, avoit ung grand pàrcq à manière de pastis ; et assez près d'une fournaise , prindrent logis cent lances et seize archers d'Angleterre, desquels estoit capitaine sire Jehan Mileton dessusdit. Et afEn que l'un siège peult secourir à l'aultre, le duc fist faire deux merveilleux ponts de tonneaux et de asselles, dont l'un traversoit le bras du Rin pour aller vers son quartier, où passoient chariots , gens et chevaliers, auquel il ordonna trois cents piétons qui le gardoient jour et nuit; et Taultre traversoit ledit bras

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pour aller des isles au quartier des Italiens ; et fît venir de ses pays de Gheldres et de Holiandi» , environ cinquante navires que conduisoît Mattin Fouque , sur la grande rivière duRin, afin d*ep obtenir là maitriscTet possesse. Ainsi fut-Nusse assiégée par terre et par eaue , de si près close et serrée , que ame n'y povoit avoir entrée pe yssue, sinon à grand péril et dangereux encombre.

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