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CHAPITRE Vi

Commenl ceux de Nuysse firent plusieurs saillies et emprinses sur

Tarmée du duc de Bourgogne.

Il est licite à la fois en armes autant user de prudence que de prouesse. Plus conquirent lesRomains de provinces par engin que par espées; autantproufita aux Grégeois devant Troye la langue d'Ulysse que la lance d'Achille. Sens et advis couronnent souvent les champions qui estudient les livres d'expérience, les fallaces et subtilités de la guerre. Quant ceux de Nusse eurent soustenu le trèsaspre et rigoureux assault qui leur fut donné au bolu-

ChRON IQVEf . T, XLllf, J. MOLIITET. /. 4

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wert^ comme dict est, ils le fortifièrent puissamment de grans et parfons fossés, si que nulle eschelle, approche, ne touche manuel ne le pou voient. Le comte de Campo-Basso, d'aultre costé, appercevant ceste fortification deffensive, ne tint pas les pionniers en oiseuse ; mais pourveyt à nouvelle emprinse invasive, et fit faire grandes rues, hurées couvertes , et merveilleuses mines donnans approche aux susdicts fossés, et pour obtenir par labeur et art ce que on ne povoit acquerre par vaillance et à force de bras. Ces mynes, grandes et parfondes et de chier coust, furent révélées à ceulx de la ville par un Liégeois fuytif qui subitement y entra. Si contreminèrent à l'encontre^ et donnèrent remède à leur soubdain meschiefap parant ; et ainsi se causoientpardedens terre de durs et horribles rencontres d'une partieet d'aultre, où se périssoientfors et puissants hommes, dont c'estoit pitié et dommage. Nonobstant ce, le comte fit faire encoires deux bastillons, en approchant ses ennemis de plus en plus. Ce temps pendant, ung chef de guerre de la ville se monstra aux defFenses, et dict en allemant, qu'il vouloit parlementer auxdicts capitaines des Italiens. Bernabo, lieutenant du domte , qui n'estoit guères loin de luy , respondit qu'il ne povoit parler à luy sans transgresser le commandement du duc, mais espérant que ce fust pour quelque grand bien pacifique, ou salubre appoinctement , il luy promit qu'il iroit vers son prince, et luisçauroit à dire son bon plaisir. Lendemain, à neuf heures, Bernabo, non veuillant estre fracteur de l'édit du sou-

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verain, notifia verhalement la requeste du chevalier de Nusse au duc ; et le duc délégija certains barons et hauts seigneurs très experts du langaige, ensemble et le comte de Campo-Basso, lesquels parvenus à lieu à l'heure assignée^ trouvèrent ledit chevalier, qui de prime face leur pria très instamment de dilation jusques à lendemain à une heure après disner, certifiant que la matière estoil de grand poix; et que pour le bien discerner et meurement contourner à efficace, le conseil de la ville en estoit lors bien enpeschié. Le délay accepté, asseurances furent promises ; et furent trêves acr^rdées pour le jour sequent durer une heure, lorsque le parlement se debvoit faire. Geste heure estoit fort désirée de plusieurs compagnons volages , trop fatigués de porter armes , atédiés de longue session , qui proposoient en fin de parlement avoir soudain département. L'heure venue, abstinence de traict, d'assault, de saillie, d'envaye et de voje de faicts, tindrent un petit serré. Les desputés commencèrent à entrer en devises auprès du grand boUuwert; mais à coup ceulx de la ville secrètement, par quelques pertuys, widèrent hors en très grand nombre et grosse puissance; et comme gent barbare , tigres animés, ou loups famils quérans leur proje , sans observer paclion , . asseurance , ne compromis , chargèrent sur leurs adversaires, qui de rien ne se doubtoient, les abbattoient à tous lez, pilloient, roboient et embrasoient plusieurs logis de l'armée.

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Le comte mesmes fut saisi de main mise , et soubdainement rescoiix par deux de ses gens, dont l'un fut pris et l'aultre occis sur la place. Le cri impétueux s'esleva parmi Tost; et le feu très horrible , qui tout consommoit, portoit tesmoignage de cestecriminelleemprinse, Adoncqueschascun mist main aux armes ^ Bourguignons, Englès, Brabanchons, Flamens, Picquars, Hannuyers, Lombars , Namurois et Liégeois ; lesquels en très noble arroy, fors et fiers comme petits lions , donnèrent répugnance à ceste sévérité , et pai^ grant courage et hardement reboutèrent ennemys dedens la ville, quiemmenoient serpentines et gros engins. Et lors, une grosse bombarde chargée et affûtée contre eux, sentant la chaleur des prochains logis qui bruUoient, s'eschauffa tellement, que seule et sans aide de quelques âmes, tira à l'aventure et fit un grant abatis snr les assiégés, donnant hideux espoventement à leurs complices, qui furent tous joyeux de rentrer en leur fort.

Le noble duc oyant ce terrible effroy, y arriva incontinent, et cognent le barrât précogité deceulxde Nuysse, qui sous umbre de parlement, etenTattente deconcorde, esmeurent cauteleusement dissension, guerre et discorde. Le dommage fut piteux et lamentable, car plusieurs vaillans hommes, par inadvertance de leur pernicieuse et proterve férocité, furent surprins et y perdirent la vie ; entre lesquels y demoura un noble italien, nommé Roy sinsacq.

Ceste oultrageuse etterrifique crudelité despleut grandement au duc , qui fit deffendre sur la hart.

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que nul ne donnas! escout à leurs paroles; mais les réputast comme desloyaux et maculés de trahison. Plusieurs saillies devant et après ceste hideuse impiété faisoient en divers lieux et quartiers , le plus à leur avantage. Chose merveilleuse ! long-temps se continuèrent ces chevalereuses escarmouches , où haults et glorieux faits d'armes se perpétroient d'une part et d'autre ; mais oncques homme de l'est ne sceut imaginer de prendre un homme de la ville vif. Le duc, très désirant de savoir de leur estât et conduite , fit dénoncer avant l'armée, que quiconque pourroit prendre prisonnier ce jour partant de Nusse, il lui donneroit riche guerdon^.Ne demoura guères qu'ils vindrent à grant effort, selon leur mode accoutumée, et saillirent sur l'artillerie, où ils ravirent un gros engin à pouldre , qu'ils emmenèrent sur ung chariot. Adoncques chascun se mist en paine d'accomplir le bon .vouloir de son prince, siqae les Namurois rescou jrent ledit engjn, et entre les aultres prindrent un très bel et très gracieux escuyer , gent entre mille, que l'on disoit estre fils du bourgmestre ; et fut livré au prévost des maressaux pour diligemment l'examiner , mais il eschappa de ses mains , ne sçait-on quant et comment.

Ung jourséquent, ung grand vent et horrible tempeste s'esleva, durant lequel un febvre de l'ost s'advanca de ruer aulcuns fuzées dedans la ville, qui tantost allumèrent plusieurs maisons et granges garnies de fourages. Lors s'effraye-

rent oulire mesure les femmes et les petis enfans et gens de mulièbre courage, faisans angoîsseux cris, piteux regrets et querimonieuses lamentations, comme ceux qui cuidoient estre cruciés par combustion et livrés à leur derniers supplices. Le feu, toutefois, par gens non eflPeminés, mais de viril et asseuré courage, fut rescous à grande diligence; et encoires n'estoit-il point parestaint, quand euxmesmes boutèrent le feu au plus bel quartier des Italiens, et bruslèrent , à moins d'une heure, plus de cinqcens logis; chevaux, harnois, bastons, armures, vivres, provisions et ustenciles à guerre , furent commuésen cendre. Adoncquesung très grand alarme s'espandit par les quarefours, qui esmeut toute l'exercite; chascunse retira en son guet; Lombards habandonnèrent domicilies et biens au feu, qui faisoit grand debvoir; les trenchisfurentgardés; l'artillerie fut préservée ; nouveaulx logis furent refaits , et les approches tant voisines, que l'on povoit jeter une pomme tout à l'aise dedans la ville.

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