CHAPITRE V
Comment anlcuns engins forent fÎEdt^ , sar intention de comBattre ceulx.
de Nuysse main & miain.
Végèce et aultjres vénérablesaucteurs très recomaudés et auctorisés en art militant, traictaats de prouesses cbevalereuses , mettent avant aolcuns engins, machines et instrumeqs, comme tours de bois, vignes, sambucqdes, bricolles, espringolles, martinets, moutons^ loups , chats, truyes et grues, desquels on usoit anciennemenf pour rompre et abattre murailles, pour envahir sçs. ennemis elles combattre main à main. Dont en spy vant la mode ancienne , la doctrine des docteurs > le vrai patron et vif exemplaire des dicls instruments, oiig iK>ble chevalier espagnol du royaulme de CjiStijle, lequel on estimoit estre de tt«s subât«. et c!èré invention, s'approcha du duc et Ini moiistra en ung pa-
pier la figure et semblance d'un grant engin hault et i^levé , appelé une grue , lequel il vouloit composer, en intention de Ik roller jusques aux murs j deparlerà ceulx de Nùysse barbe-à barbe, et de les accoler du ttencbant de leurs espées.L'exemplaire, ensemble tous garnis de belles parolp»,compleurent aU' duc ; lequel incontinent commanda que toutes matières nécessaires et tous ouvriers mécaniques très experts et ingénieux lui fussent baillés à sa plaisance pour achever ceste besongnç. Long tems labourèrent à parfaire cest engin , lequel finablement fut dresché au quartier des Italiens sur quatre roes. Il estoit de vingt pieds de long et de vingt pieds de large, et povoit bien loger trois cens hon^mes dçdens. Il y avoit une eschelle à demi droite de soixante pieds de hault ; laquelle s'avalloit comme un pont-levis , et estoit ordonnée pour monter sur la muraille. Force de gens entrèrent ens , qui la boutèrent avant et rapprochèrent de la ville environ d'un traict d'arc ; mais si grande abpudance d'eaue sui^^int, qu'il ne sortit nul effect. .Pareillement fut faict au quartier Jacques Galliot , .par les charpentiers de l'ost , un engin à manière d'un chastel de bois , qui portoit sur vingt quatre roels, et l'appeloienl un chat; mais quant on le cuida conduire pour mettre en exécutiùn finale , l'une desdites roels rompit, et fut de nulle vaieur. Ainsi, ne la grue ne le chat qui furent faits par grans et sumptueux despens , ne portèrent quelque grief aux adversaires , ains leur donnèrent^ pour la faulte., grande risée.
('4^4) DE JEAW MOLTNET. ^9
Depuis le temps qiie le feu, le plus actif des quatre éléments, s'est adjoint avec le soulfre, pour répugner au salpêtre son contraire, incompatibles, et que la. très horrible esclistre et espoventable tonnoire artificiels sont ordonnez pour estre sacrifice au temple de Mars, encensé de pouldre de canon, tels engins et semblables béfrois de bois, apts et susceptibles de combustion véhémente, sont hors de usaige maintenant, par subtilité d'artillerie qui se multiplie chacun jour. Oncques ne proufitèrent les quatre chats assis en quatre basleaux au siège de Aiguillon : ils furent bruslés de quatre martinets qui renversèrent les conducteurs en l'eavs^e. Un autre chat pareillement^ devant Breteuil, fut embrasé de feu grégeois.