CHAPITRE X
Comment les bastillons furent assaillis par force chevaleureuse.
Chose prolixe^ trop travaillante les entendemens des auditeurs, me seroit de réciter tous les voyages, destrousses, saillies, aguets, courses, rescousses, escarmouches, rencontres^ assaults, prinses et glorieuses emprinses, qui continuellement se causoient d'une part et d'aultre durant ce siège ; il pie suffit seulement toucher en bref aulcuns faicts admirables, dignes de coUaudation et de haulte recommandation. Un jour se prindrent environ soixante gentils compagnons de la garde, bien en poinct,quérants leurs adventures en pays. Si se trouvèrent devant une petite ville entre Nusse et Coulongne. Les rustres qui la gardoicnt.
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montés sur fleur de chevaux , saillirent sur eux, environ cent ensemble et cent cinquante piétons; mais ib furent rudement reboutés en leur ville ; et y demourèrent vingt de leurs gens morts sur la place, dix prisonniers et plusieurs bleschiés, entre les* quels le fils du seigneur de Sombre et le fils du comte de Warnenbourgh furent cruellement navrés. Puis lesdicts compagnons dépouillèrent les morts en face de leurs ennemis. Si accueillirent cinq cents moutons ; et sans quelque perte , retourné^ nërent au siége^ très joyeux de leur proye. Ceulx de Nusse se tenoient moult orgueilleux et fiers de leur gros et puissant bastillon fortifié de tranchis à la porte de l'abbaye , duquel ils portoient se grand dommage aux assiégeans que rien plus , tant par leurs envahies et curieux aguets , comme par rhorrible espouvantable traict de pouldre, dont ils resveilloient leurs voisins. Mais messire Philippe de Poictiers, seigneur de la Frété , noble de sang et de prouesse , très vaillant conducteur de guerre, accompagné de plusieurs forts et hardis chevaliers , leur donna Tassault tant aspre, hideuj^ et terrible, que par force et puissance ils en furent expulsés vigoreusement de leur fort et de leurs tranchis ; si furent leurs moulins à l'eaue deschirés de tous poincts et rués par terre.
L'assault fut aspre et merveilleux; plusieurs glorieux faicts d'armes resplendirent en cest estour. Le seigneur de la Frété le conduisit honorablement ; et firent tant ses gens et si bon deh-
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voir , qu'ils gaignèrent lesdits tranchis autour du bastillon. Mais tant multiplia le traict des assiégés^ que les assaillans perdirent lesdits tranchis; et y finirent leurs jours chevalereusement plusieurs nobles hommes, qui, desirans honneur conqnerre, furent prins auxlaz de la guerre. Ceubc de Nusse avoient un aultre bastillon grant et fort au quartier des Lombards , comme leur refuge singulier, espoir total etgarant salutaire ; car ilsfaisoient leurs armes et monstroient leur puissance, trop pins que aultre part , tant pour résister aux assauts tràversaires, que pour assaillir les vassaux adversaires; mais il fut enversé en bas, abattu par terre, en terre, en fons fondefié etporté jus par main robuste. Le duc de Bourgogne avoit de coutume toujours au nouvel an de renouveler les capitaines de ses ordonnances . Siadvint que Amet dé Wanperghe, un très expert conducteur, eustla charge de cinq cens lances, qu*avoit par avant messire Josse de Lalaing, lesquels furent translatés de la grande isle audict quartier. Lui, accompagné de plusieurs nobles entreprenans bacheliers , couverts de pavaix , planées, instrumens invasifs , approchèrent ledit bastillon, par telle audace et férocité et hardiesse, en coupant les gros rudes chesnes dont il estoit composé , que nonobstant les terres grandes et espesses, ils le desmembrèrent, rompirent et desbrisèrent si au vif, qu'ils trouvèrent les portes de la ville enfouye dedens, qui tantost furent descouvertes, non pas sans grand labeur et perte.
Maistre Simon , un bombardier, Pierot et aultres, y furent tués de leurs bombardes mesmes ; et Amet de Wanperghe dessoubs dit, qui notablement se maintint , y fut blesché en la joue d'un billon du courtau.
Ceulx deNusse, trop durement aiguillonnés, voyans ce hideux reboutement, mortel péril et cruel renverse, firent ung aultre bastillon plus arrière en reculant dedans la ville, placquié par admirable artifice de terre et d'estraing, tant proprement qu'il sembloit chose faicte par plaisance et non par contraincte , car un festu ne passoit l'aultre ; et estoit estoffé de canonnières belles et gantes et aultres deffenses terribles. Le duc, regardant ce nouvel bastillon si promptement édifié, proposa de ledestruire comme il avoit faict l'aultre, non pas par hastif assault, mais par secrètecontinue labeur; et commanda à faire deux mynes, l'une au guet des Lombards, à la directe main, emprès l'eaue des fossés^ et l'aultre au quartier des Picquars, sur la rivière au toucquet de la ville , où les murs estoientabatus de bombardes et de canons. La vergière fut approchée et subtilement ajustée, laquelle avoit sieute de plusieurs courtaux. Pyons pyonnoient; manouvriersouvroient; fossiers fossoyoient; et myneurs mynèrent par telle diligence, en approchant la ville, que ceux de dedens furent en adventure de perdre leurs brayes, et firent ung contrefort de travers pour le préserver. Mais finalçment, après dour ble crainte et paour inestimable, ils gaignèrent
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ladite myne du costé des Lombards, comme il sera déclaré plus avant en l'histoire.