‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 148 sur 165 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

he très dur rencontre qui sarvint à caase du parlement des deux partSet .

Ja-soit-ce que le traîcté etappoinetement d'entre l'empereur, les électeurs et princes d'AUemaigne, d'une part, et le duc Charles d'aultre, fut honnorablement faict et conclud, et juré à tenir ferme et stable, sur peine d'excommunication, et que l'empereur et le duc , ensemble leur ost , se debvoient partir toute à une heure, toutes-fois grant parlement se tînt pour le département d'un chacun ost; car chacun d'eux, selon sa dignité et vocation ou action , vouloit tenir sa gravité , souverainement le duc Charles, qui estoit fort magnanime. Advint durant ce partement, que les Allemans, oultre le Rin , prindrent, détindrent et robèrent aulcuns bateaux, èsquels le duc, pour complaire à l'empereur, avoit fait charger partie de sa grosse artillerie pour retirer en pays. Pareillement aulcuns aultres bateaux lui furent pillés et bruslés, qui estoient à terre; pourquoi le duc, fort mal content de ces mesus, délibéra non lever ses batailles jusques il avoit restitution et réparation condigne. Pour laquelle faire, le légat employa toutes ses puissances ; se n^y proufita guère. Le duc, qui tousjours estoit sur sa garde, soi eslongeant, s'arresta sur une petite motte, de laquelle il voyoit l'ost de l'empereur ; et en personne assist son guet de jour, le vingt-sixième de juing, trop

près du camp des Âllemans , à Tappetise d'aulcuos de ceux de l'ost , comme ils monstrèrent depuis ; car ce jour mesmes, environ six heures ou sept du vespre, se partirent aulcuns de Tost de l'empereur et de son camp , en assez bonne puissance , faindans d'aller esbattre; mais de propos délibéré et préagité , commenchèrent à tirer très fort de leur artillerie sur ledit guet; mesmes plusieurs gens de cheval s'eflPorchèrent de charger sus; lequel guet, combien qu'il fust en petit nombre, soutenoit à son possible. Le duc adverti de ceste manière de faire, vojant la puissance des Allemans multiplier cegrant eflPort et approcher fil à fil , tant de cheval comme à pied , proposa de tirer celle part, et envoya ceulx de sa garde qui trescoppèrent une rivierette, laquelle, à la première bataille de l'empereur, avoit esté passée ; et voyant les Âllemans se disposer du tout de ruer jus ses Bourguignons, fit tirer après ceulx de sa garde , les gentilshommes de son hostel, et partie des compagnies de ses ordonnances; et le surplus d'icelles, avecques ses geris de pied , tirèrent en ung camp vers la ville de Nusse, afin que les ennemis de ce quartier ne fissent quelque emprinse sur eux.

Le duc, voyant grosses escarmouches convertir en petites batailles, lesquelles se enforcèrent d'ung costé et d'aultre, passa en sa personne une petite rivière y pour hasler sa venue ; duquel ses gens furent surprins d'un si courageux ardement, qu'ils marchèrent su ries adversaires tant vivement, qu'ils en encloirent entre lui et le camp de l'empereur ,

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lasomme de trois à quatre mille y tant de pied comme de cheval ; et furent si rudement poursuivis des Bourguignons, tant par-devant que de costé, à cause du Rin qu'ils a voient endossé , qu'ils demourèrent morts, tant sur terre que sur eaue, environ trois mille. Aulcuns montèrent en bateaux pour eux sauver, en telle multitude qu'ils enfoncèrent et furent noyés ; les aultres furent chassés jusques^ à leur camp, aux fers des lances et aux poinctes des espées, où plusieurs gentils rustres d'AUemaigne furent rompus et desfaicts ; entre lesquels fut recueilli occis et tué de coup de main, le noble comte de Quierburch.

Ceste besongne fut conduicte, de la part du duc^ sans quelque artillerie et sans guères de perte , sinon de cinq ou six morts et autant de bleschés, entre lesquels fut le vicomte de Soissons, le nepveu de monseigneur de Chantereine et ung archer de corps. Le duc sentant l'obscurité de la nuict approcher , voyant la lune toute levée, et que les Allemans vuidèrent hors de leur closture, où ils se tenoient très serrés , fit à son bel aise retirer ses batailles , lesquels avoient plus grand voUoir d'assaillir que de dormir. Une heure après , l'empereur, ensemble les princes électeurs^ envoyèrent vers leducobtenir licence de recueillir leurs morts, requérans d'envoyer certains députés pour ordonner le séparément des deux puissances, et pour traicter de la restitution de son artillerie ; ce que le duc accorda libérallement, par tel si que ses engins , que les rustres de guerre lui avoient robes et

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pillés , lui seroient restitués; et pour les racheter , les princes d'AUemaigne se taillèrent ; et ce tout parachevé, s'en retournèrent en leur marche.

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