‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 29 sur 165 · CHAPITRE CCLXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXXV

Comment le duc Charles fièrement dëlib<^ra euyabir les Liégeois par la

responce qu'il donna an connettaUe.

Le duc à ces paroles qui estoit en sa fierté y tout animé encontre Liégois, respondist et dist : « Ne » me chault^que le roy en face. Puisque ainsi » ^eut , je suis du tQut réconforté , et ne lesserai ») jà ung pied à marcher avant, par peur que j'en » aie ; mes à plus bel me venist qu'il me lessast »- faire , et qu'il se déportast de porter les malvais » vilains contre moi, interdis et excommuniés de » nostre Sainct-Père le pape , par toute derraine » sentence. Dont, et quant il s'en mellera^ si est » Dieu là haut qui cognoit les cuers, et le tort » et le droit des causes ; et n'est pas dist pourtant » que la victoire en doibt estre sienne. Car, quant » à moi, je y clame avoir grant part, et me mettrai )) en peine de l'avoir se je puis. Ce poise moi que » suis constraint de tant en faire et de m'en met- )) tre en ce dangier. Si loueroie au roy pourtant » que, si non a cause nécessaire, il ne se donnast » affaire , et dont il se poroit bien passer , et plus » à honneur sauf que aultrement. Au fort, son » plaisir soit fait; véez-moi ici. Et vous, beau » cousin , je ne vous vueil pas empeischier pour- » tant de bien faire tous-jours et de vous traveiller

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» en ce qui peult estre le plus utile d'ung costé et » d'aultre. Toutefois, je ne vous requiers de riens , » et vous laisse en vostre faire et non faire , tout à » vostre franchise. )>

Âtant print congié le connestable de France partant de Lou vain, et s'en r'alla pensant et musant devers le roy son maistre, lequel il avoit obligié, et de laquelle obligation toutefois, ly venu devers ly, il sèche vit valeureusement. Et tant mena le roy par paroles et par rempnstrances , durant ces douze jours promis^ quele roy acceptal'estat de demy-an, et se déporta et céda entièrement de la guerre des Liégois et de leur deffense, et en lessa convenir le duc de Bourgoigne , qui tous-jours nientmoins marcha avant en pays, sur tous périls et aventures , combien que plus lui venoit à bel et à aise le déport que le roy en fit que aultrement ; et non pas sans cause, car à ceste seule cause, Tennemisté y feust creue si criminelle entre eulx deux, que jamès de leurs jours n'eust esté estainte. Si valoit mieulx non encheoir en occasion dé si grand mal. Toutefois , tout le reconfort du duc si estoit que, se le roy se feust mellé réalement de la guerre des Liégois en son contraire, il avoit deux mille Angles à Calais, venus tout prests pour les faire venir en Liège , et trentemil francs là envoyez pour les payer en cas de besoing. Mes quant il se percheut que le roy se déporta de son lez , ly aussi il se déporta du sien , et fit tenir les Angles clos en leur marche,

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