CHAPITRE CCLXXXIV
Comment le connestable retourna à Louvain vers le dac, et des conférences qu'ils eurent ensemble.
Or estoit revenq arrière la seconde fois, le conte de Sainct-Pol , et l'avoit le duc mené à Louvain , pour de là en avant soi mettre sur les champs ; et estoit orrible chose à veoir le monde qui estoit sur les champs tout en armes aveucques le oharroy, qui estoit si grand qu'il ne se pooit comprendre à veue ; car , tant pour artillerie comme pour tentes et pavillons , et vivres et autres nécessités, et que c'estoit en temps d'yver , il y en avoit tant que mal seroit créable de les nombrer. Et dévoient bien Liégois avoit peur^ ce sambleroit , de tel approcement sur eulx, s'ils eussent esté sages. Et croy bien que si avoient-ils ; mes ils ne savoient leur peur tourner à sens , et se fioient tousjours sur le roy à leur grand mal aventure.
Or procuroit tousjours le conte de Sainct-Pol , connestable, devers le duc , pour avoir le seur estât dont j'aty parlé , pour ung an entier , pt parmi lequel , s'il le pooit obtenir , le roy promettoit non soi meller de la guerre des Liégois ; mes oncques le duc toutefois n'y voult entendre, ne ne se voult oncques changer de son propos par avant dit ; et se mellast le roy on non mellast, ce dist-il, ne le
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bailleroit jamais, sinon pour demy an , aveucques les condicions encores qu'il y avoit mises ; et se monstra tout réconforté de ce qu'il en pooit avenir. Si scavoit-il bien toutefois que les gens du roy estaient puissans en Rethelois , sur les frontières de Liège , près assez pour les secourir , mes n'en faisoit estime. Quant doncques ce conte de Saioct-Pol vit que point ne pooit finer de ce qu'il quéroit durement, se trouva esbahi et en grant perplexité de savoir bien faire et lessier. Le duc aussj vit et entendit la presse qu'il lui faisoit aigrement de la part du roy, pour le mener au consentement de demy-an , et sans lequel , s'il ne lé Gonsentoit , le roy , ce sambloit , se melleroit de la guerre , et par ainsi il aroit à faille à ung roy de France et à ceux de Liège , qui estoit dure chose et forte; et lui sambloit, aveucques ce^ que le connestable., conune souverain officier du royaulme ,.se devroit maintenir aussi en ceste guerre de la part du roy .
Dont pour en estre à la paix de son eue r et pour savoir aussi au pis venir , se le roy se vouloit meller de ceste guerre, comment ce conte de Sainct-Polj connestable, se vouldroit porter aussi, ou par devers ly ou contre ly , lui dist plainement : « Beau cousin , avisez bien devant vous : car quant » au secours que le roy peut faire aux Liégois , » je ne m'en donne soing , et suis aussi réconforté « ainsi que autrement. Mes je vous dis bien, et » vueil bien que vous sçaichiez, que ce que vous
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» estes eonuestable de France , vous Testes de moi )) et par moi ; et quant vous en feistes le serment, » vous le feistes par tèle condicion , que vous ser- » virez le roy , contre tous et envers tous , ré- » serve la maison de Bourgogne. Or estes-vous » mon subject du plus bel de vostre vaillant , et » estes nez de mes pays. Si vous puis et dois se- » moudre/ nonobstant quelque serment fait, de » moi servir eh ceste guerre , devant tous -ceulx » du monde ; et ne me convient que dire le mot , >» auquel , si vous désobéissiez , je scay bien que » j'auroie à faire. Si que, pensez bien à vostre cas : » car se le roy se veut meller au fort de ma guerre, » si ne sera ce point à vostre preu. »
A ces paroles , le conte de Sainct-Pol fut encore plus esbahi que devant , et se tint bien à entrepris que savoir que respondre : car , comme eonuestable de France , devoit peser Ae fait du roy , comme gardant son honneur ; et comme subject et bienveillant de son naturel seigneur et souverain, devoit craindre aussi à mesprendre en sa foy et en sa léaulté, par folle gouverne. Véoit que Testât d'ung an , ne pooit obtenir par parole ne par prière, et considéroit aussi le grand mal qui pooit advenir , se le roy se melloit de cette guerre ; et print une vertu de corrage en ly-meismes, disant : « Or, monseigneur, Dieu vous doint joie et bonne » aventure de vostre guerre , et aussi bonne que » je la désire < et se le roy s'en melle , croyez que » j'en seroie bien dolant , tant pour ly comme
» pour VOUS ; car il en poroit ensievir ung grand » mal , qui jamès ne seroit réparé ; et s'il me veut » croire, il ne s'en niellera jamès, et vous en les- » sera convenir. Il me besoingne retourner de- » vers ly : car devers vous je ne puis riens faire. » Mes comme connestable de France et de mon )) auctorité , soit bien faict , soit mal faict , ne sçai >> comment il en ira. Mes je m'avance de vous pro- » mettre et d'obligier le roy, en tant que de de- » main dix- neuf d'octobre , jusques à vingt- » deuxiesme jour ensievant inclusivement , le roy » ne se mellera de ceste guerre , ne pour vous ne » pour aultre , comment que la chose puist aller » encore ; et vous fiez et fondez sur ceci. Et moi » je m'en irai battant ferrant , et j ferai le mieulx )) que je porrai ^ et le plus expédient ; et dedens le )} douziesme jour infailliblement, vous arez les » nouvelles de moi tèles que je les arai trouvées , » )et de là en avant vous vous porez fonder des- » sus , et sçarez que vous arez à faire. »
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