I. Marguerite d*ïorck
Ci4^} DE GEORGES CflASTELLAII^. 7
aroît esté tout parfaitement son contraire en faveur da S9mg Je Lan^astre, dont il estoit. Mes Ij, voyant <5ommect le roi Loy& tendoit à soi al- , lier meismes et joindre avec Edouard , en déles- «aot la piteuse <|uerelle de son cousin et sa cousioe germains le roi Henry et sa femme, et tout pour rompre et desfaire cestui Charles , saill^me«t certes et ^gement pensa de ly meismes , et puisque entre deux maulx il se convenoit assentir a ï'ung , ce lui sanibïoit , et devenir Angles à bon profit encontre autrui, premier que autrui en eust l'avantage et l'avancement contre ly, délibéra de prendre la seur au roi Edouard^ lequel sur toutes les alliances du monde et de France et. d'ailleurs , plus estoit aise et joyeux de ceste^ et ne q^éroit aultrp riens,quelconque ascout ilpeust oncques avoir donné envers France. Aussi la chose ^\ok jà si longuement traînée, que se d'aventure ce «due Charles eust varié ne branlé en aller ayant de bon train , infailliblement la jonction et le compact se iaisok, et se fust fait du roy franchœs et de ly pour courir sus au tiers leur moqueur , et qui eust esté seul.
Ainsy doncques , comme las grans affaires des princes et des royaumes se comportent en diverses pesantes difficultés et subtiles voies , et toutes tendantes à une fin , c'est de vaincre et d'avoir bras sur son compagnon, il appert clèrement de la part de Edouard^ qu'il a quis et pris son plus bel et son plus séant devers le conte de Bourgogne.
Et le duc Charles voyant l'estroit dangier où on le voloit mettre a fait son plus bel d*une nécessité qui lui pooit donner desfense. £t maintenant en Brusselles , là où estoit venue Tambassade du roi Edouard pour avoir une conclute fin ^ le duc Charles , nouveau duc encorre de deux mois , accepta le mariage , et promist d'aller avant , contre cuer toutesfoiS; comme ly-mémes le confessa à tel qui le me révéla depuis ; mes ce fit-il, par corrage d'amer mieux fouler et grever autrui, qu'estre grevé ne foulé.
Et esltout vrai qu'à celle heure et de long-temps par avant il y avoit petit amour entre le roi et ly, et savoit bien chacun de son compaignon comment il lui estoit. Et partant , comme le roi tendoit à traverser ce duc Charles, et pour en avoir le bon devers ly , le duc Charles aussi tendoit au meismes pour soi, pour se fortifier contre ly; et craignoit le roi l'orgueil et la fierté de son subject, et le subject craignoit la puissance et profonde subtilité de son seigneur , lequel le voloit , ou eust bien volu , ce lui sambloit , mener au fouet. Et tout ceci venoit et movoit , élas ! de ce mauldit bien public , pratiquié et mis sus du costé meismes des Franchois contre leur roi et contracleur depuis de ce jeusne prince Charles à leur bende ; et lequel, quant il s'y est trouvé et fourré, l'ont laissié et abandonné à l'estroit, et lui ont mis sur son dos tout le pesant du fardeau ; par quoi seul mal Yoludu roi, seul s'est trouve contraint de soi
(«4^) DE GEORGES GHASTELLAIN. 9
reconforter et de quérir refuge. Dont c'est pitié que les choses se portent ainsi en ung rojaulme et unesmeismesparentéy que de prendre ainsi quereles et questions pour s'entre desfaire et pour courrouchier Dieu et perdre le monde : et fait fort à craindre le jugement qui s'en fera une fois ; car tout ne meut que d'orgueil et d'eslongance de toute charité , et que nul ne veult Dieu craindre ne soi régler de raison salutaire.