CHAPITRE CCLXXXVIII
Comment monseignear le dac Charles , nouyeau dac , après la guerre des Liégeois , £st son estât ordinaire à Brusselles , et des demandes qu'il fîst à ses pays, et comment il yeult tenir sa Toison à Bruges.
Après donc la victoire des Liégeois^ que le dm Charles avoit obtenue si glorieusement , et que en tout il avoit pourvu de ce qui faisoit besoing au pays, il retourna à Brusselles pour le Noël. Et là , pour ce qu'il avoit des autres grans affaires , après ceste guerre expédiée, il voult tourner son entente à y besoingner ; car il loist (convient) savoir qu'encores oncques , depuis qu'il estoit devenu duc , n'avoit eu loisir d'entendre à riens, à peine de son privé estât , si non à tribulacion et turbacion de euer, tant pour Gantois, pour Malinois et autres meschants affaires , comme pour Liégeois recommenchans guerre contre ly , tout l'ung sur l'autre, aveucques les menaces et estranges termes dont
I • Il y a ici une assez grande lacune qui se retrouve aussi dans la table des matières ; elle parait être de cinq titres de chapitres , et douze pages où vingt-quatre colonnes sont laissées en blanc dans le n° 8349*
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le roi usoit envers ly journellement , qui lui estoit de grand pois. Si avoit-il toutefois pays et natures de peuples à go\jverner là où il y failloit bien entendre et tourner temps, pour tout y mettre en point , sans avoir empeschement forain , s'il eust peu ; mais nennil ; car il n'estoit point maistre de sa fortune. Aussi ne pooit-il estre maistre aussi de sa franchise, pour la tourner où il voudroit. Les cas impétueux et estranges le conseilloient à tourner ses yeux envers eulx pour abandonner les siens propres et privés par surséance en autre temps. Or avoit-il encore petitement pourveu en Testât de sa maison, sur quoi il avoit fort l'œil, ensemble et sur les offices de ses pays, dont beaucoup pendoient encore en branle , mal assurés. Et comme il est notoire que la fortune de l'homme, selongce qu'elle se treuve clère et glorieuse, l'omme aussi par coustume se grandit et magnifie en sa pensée, ce duc doncques voyant son glorieux commencement, aveucques entrée en sa seigneurie, proposa aussy à mettre sus ung hostel^ dont il n'en y auroit point de pareil en France ; car.il se véoit avoir puissance et chevance assez pour le parfurnir. N'y failloit riens que règle et ordre et entente à la besongne pour bien distribuer tout; dont ly, qui esloit homme et prince qui pooit de labeur beaucoup et qui vouloit cognoistre son cas, et combien il avoit de puissance de chevance , et combien tout pooit monter ne soi estendre , pooit ici pour tout bien conduire. Et de fait, print frain à dents ,
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et veilla et estudia en ses finances , et en tout ce qu'il avbit de rentes et de demaine par ses divers pays, meismeset surtout ce qu'il pooit devoir par le trespas de son feu père et sur toutes les plaies, rompturesetvendagesdeson demaine; n'yavoitriensque de tout il nepresistcongnoissance, et qu'il n'avisast aux troux et angles par quoi tout poroit estre es-: touppé et sauvé; fit tout visiter, et mesmes visita les trésors de son père et de ses grands-J)ères , et auxquels néantmoins oncques ne toucha par amendrissement ; mes du sien et de ce qui jà lui estoit multiplié par acquest, de ce disposa-il sagement. Son extraordinaire, comme d'acquest sur Liège par amende et comme des aides de ses divers pays, tout cela il ordonna tourner en trésor pour ses futurs grans affaires; et tant seulement ce qui avenir lui pooit de vrai demaine et de seigneurieux droit , ce il le contourna en la furnissance de sa maison en ordinaire despense ^ et en payement de gaiges et* de pensions ; et là où le remanant encore demeuroit assez grand. Et combien que maintenant il sambloit estre quitte et tout à délivre de paine pour avoir obtenu victoire des Liégeois, nientmoins s'y rebouta dedens arrière tout au profond, par sollicitude de son privé fait, pour le mettre tout uiig; tellement que, considérée sa personne quelle elle estoit,. et selon la hautesse et la grande infinie puissance de ly, et seîong son eagequi devoit estre libéral et joyeux et rou vêlent, il se fist blasmer et murmurer contre ly de tant de peine et de
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soiog; et Jisoit Ton que à ung tel prioce ne séoit pointa tant soj envelopper de labeursdomestiqueSf Toutefois il en fit comme sage et comme mieux advisé que non y entendre; car son noble père en avoit beaucoup laissé couler et souffert aller à perte^ par estre trop bon. Si s'en parcheut bien le fiU; et entendoit bien à mieux faire pour Ij et de non s'en attendre comme son père en aultrui main.* Dont , pour chose que l'on sceust dire y ne s'en voult dé-r porter toutefois ; ains jour et nuit y veilloit et labouroit ; et tenoit en grand traveil non appris ses gens de finance , mesmes par trop curieuse labeur; et se séoit aveucques eulx contant et rabattant et calculant et ordonnant de fil en aiguille, jusques à avoir consommation du tout ^ tant de debte et tant de monte , tant de cler et tant de pajé ; et la fit-r il arrestet fondement; et sur cela édifia-il son estât. Et en vérité , quoique gens parlerit souvent à peu de saveur et de sentement sur autrui de ceci et de cela ; mes com grand que ung prince peut estre et comme puissant, si lui esse pluslos et honneur entendre et congnoistre son cas et en avoir la pra-^ tique devers ly acquise et par propre peine , que non le congnoistre ne entendre par presce et de s'en rapporter sur aultrui diligence ; veu et considéré encore que la souveraine et la première félicité des rois et des royaulmes si est et si pend en savoir dépenser les deniers par règle et par mesure à l'advenant de la recette. Car quand en iceulx se trouve playe ou fourvoy , et que Testât est de plu5