CHAPITRE CCLXCl
Comment le duc Charles tenoit trois fois la semaine audience, où il £alIoit que tous les nobles comparussent autour de ]y.
Encore en Brusselles / ce duc Charles se dé- , termina à mettre sus et à maintenir roi Je justice , tant en plainte et en procès de causes comme en punicion des malvais^ dont les pays estoient pleins • Et pour ce faire,commist un prévost des mariscaux^ un périlleux varlet^ aussi de petite estolTe , mes tout propre pour faire ruyneux explois. Et pour le fait des partis qui avoient leurs causes pendans devant juges, chà et là , sans en traire fin, et pour recevoir toutes plaintes de povres gens en divers cas.
8o CHRONIQUE (»4ô8)
il mist sus une audience , laquelle il tint trois fois la semaine , le lundi , le merquedi et le vendredi, après disner , là où tous les nobles de sa maison estoient assis devant ly en bancs , chacun selon son ordre , sans y oser faillir , et ly en son haut-dots couvert de drap d'or, là où il rechevoit toutes requestes , lesquelles il fist lire devant ly , et puis il en ordonna dessus à son plésir.
Là se tint deux,trois heures, seloncq lamultitude des requestes , souvent toutesfois à grant tanance des assis; mes souffrir en convenoit ; et en apparence extériore, ce sambloit estre une chose magnifique et de grant los , comment qu'il en allast du fruit. Mes en mon temps, n'ay veu etoyque chose telle a esté faicte de prince ne de roy ne aultre , ne de tele apparence. Dont , et quant il alla par ville , de lieu à autre, et d'église en église , c'estoit merveilles de l'ordonnance et de la règle quiy estoit, et de la grant compaignie qu'il menoit. N'y avoit si vieil chevalier ne si jeusne qui y eust osé faillir, ne que escuyer se feust osé trouver entre les chevaliers, fors que chacun en son ordre^ Et à matin et à lever , ordonna tout le monde de l'attendre par distinctes chambres ; dont nul n'osoit transgresser , ne passer oultre , chascun selon la dignité de son estât, les escuyers en une leur chambre première , les chevaliers après en une autre chambre seconde , et les grans chambrelans les plus prochains qui entroient en sa chambre: c'étoient les trois gérarcies ; et avec tous ceux là ,
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en grant multitude , vuida dehors pour aller à la messe. Dont, sitost que l'offrande estoitfaicte, toutes ces nobles gens pooient aller disner; et trouvoient tout prest , chacun en son estât , pour retourner tout à temps devers Ij ains qu'il fust levé de table : car ainsi le f ailloit faire, ou perdre ses gages d'ung jour.