CHAPITRE CCXCIL
Comment Paucteur dist que, en la magnificence et candeur où estoit le dacyileust plus iost perdu la vie que les pa^s qu^il tenoit du royaulme.
Se je doy doncques, ets'il meloisl(convient)vérité dire , en son temps et à celle heure encore que j'escrivis cestui chapitre , qui estoit la seconde année de son règne , n'avoit prince en terre de telle magnificence ne de tel appareil. Bien toutes- fois est et doit estre une maison de France trop plus grant chose que d'ung duc de Bourgoigne ; mais la grandesse ne faict point tant comme la manière du faire , qui est practiquée et mise en sa forme par avis. Dont , et comme je dis que la magnificence estoit grande en aulcuns endroits , si estoit aussi sa fortune jusqu'à ce jour qui passoit, pour trois ou quatre ans, tous les roys chrestiens, par batailles et victoires obtenues , et par avoir donné peur et IVéeur à toutes nacions voisines. Ait Dieu volu et
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souffert qu'il ne s'en soit de riens enfiéry , et qu'il lui en î^it rendu grasces à l'avenant de la gloire qu'il en a reçue ! Mes moult mal furent venus et vindrent en périlleux temps ensemble le roy Lojs et luj^ qui tous deux faisoient à craindre en leurs meurs , et malement tard concordables pour vivre paisibles ensemble. Tous deux estoient princes de fais et de sens , et n'y avoit celj qui ne fust bien pour tourner son contraire par puissance^ qui estoit matère souveraine aux Franchois de haine contre ly , pour ce qu'il estoit si fier et si puissant , et qu'à nul appétit il n'estoit à ployer , si non à son singulier bon et à son plaisir ^ qui estoit toutes-fois subjeçt et de la maison de France, et estoit Angles et Franchois , ainsi qu'il lui plaisoit ; et obéissoit quant il vouloit , et quant ne voloit si demora-il ainsi. Tenoit une grant part du royaulme énonglée , et conquise par armes > à ly transportée depuis par don du roy ; laqueUb^, qui l'eust volu ravoir, elle eust esté dangereuse à lui esrachier des mains ; et meismes ainsi le porta-il en ses paroles, qu'il eust plus tost perdu la vie' que les terres.
Parquoy , quant je regardoie les matëres estre teles entre les deux personnes et de tel c^angier tous deux , peu m'estoit autre espoir , sinon d'avoir rumeurs et turbacions pendant leur vie, de quoy pourtant l'issue pend en Dieu , à nuUuy cogneue, fors quant le poinct vient.
En cestes gloires doncques et victoires que ce
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tluc Charles avoit obtenues et acquises en quatre ans , il resplendissoit , comme j'ay dist, par toute la terre ; et n'y avoit ne roy ne empereur, qui n'en fist un grand pois ^ ne nacion loingtaine , ne pays qui ne le doubtast et crainesit ( craignit ) par les expériences passées. Et par ce ai-je dist et narré* qu'il avoit volu affîscter la magnificence d'ung singulier estât, aveucques la clarté et magnificence de la fortune ; car avoit bien pourquoi l'entretenir et payer , et beaucop mieulx encore s'il eust volu .