‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 44 sur 165 · CHAPITRE CCXCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXCVII

De la qoestion et débat qai pcndoic entre le roi Lojs et son frère ^ aveucquet tes alliëi , pour la ducic de Normandie.

0« duroient encore les trêves entre France et Angleterre , et pareillement entre le roy Lojs , rot de France, et son frère, qui se nomma duc de Normaudie , et les, ducs de Bourgogne et de Br^ tagne , pour la question qui est assez dite et déclarée : est à savoir, pour l'alliance et serment que avoient ensemble solempnellement fait , )uré et scellé, compris plusieurs autres, quasi tous les princes du sang. Miés estoient ces trêves jà près du terme que devoit exspirer.; par quoi , à tous lez, ceux à qui le dangier de la guerre compéloit se pourvirentetgariiirent, chacun à son plus fort et à son plus beau, et veilla chacun à son cresteau, comme pour Ij. Le roy à son debout qui véoit et considéroit à qui il pooit avoir à faire , se la guerre alloit avant , se pourvit et se fortifia à tous sens ; mist tous ses engins en œuvre et tous ses enteiidemens en employ, pour, en temps de besoing, se trouver à son desseure de ses adversaires. Scavoit le duc Charles de Bourgogne , fier durement et de grand cuer ; et aveucques ce qu'il le sentoit fort et de grand pooir, si savoit-il que c'estoit le seul et le tout, sur quoi le dwc de Normandie,

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son frerè , et le duc de Bretagne , s*altendoîènt et reposoient; et qu'en la fermeté de ly et de Son assister , ils se raaintenoient roides en leur querelle ; par quoi, par peur de l'un et de l'autre , et par le dangier qui pendoit en entatner l'ung des debous , tint en suspens etsurséoit sa cause en rongant son frein , cpmme au milieu des deux. Et encore , qui plus lui estoit de pois et dé grief ^ c'estoit qu'il ^sentoit et véoit à l'œil, ce qu'amender ne pooit ni y résister : c'estoit que ce duc de Bourgogne avoit pris l'alliance duroyaulme d'Angleterre, par mariage à la seur du roy Edouard ; de quoi non tant {Seulement , il ressoignoit la puissance dudict duc qu'elle en seroit plus Creue et plus grande, mes en prédoutoit et prévéoitla ruine de son rojaulme , àceste cause, pour le temps à Venir, quand ce duc icy s'en Vouldroit servir* Et par ainsi, et comme ly-mesmes et tout de soi s'estoit bouté en ce dangier , et mis en ce destroit par avoir mis et procuré la division meismes de tout son sang contre ly , maintenant, quand il s'en vist eil tel meschief, et qu'il y cuida remédier par destroites voies , non merveilles s'il se trouva perplex en se cuidier conduire , là où il véoit la chose sî difficile et de si grand dangier poUr sa coronne. Et pour ce dist-on hien vulgairement , que nul n'a mal que aucunement il n'en soit cause 5 et est bien digne cely de venîjf à malaise, qiii, dé son aise et de sa bonne fortune, lait sa tanance. Qui est cely, 6 Dieu, (jui ayant une belle maison délictable , et en quoy

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nature se délicte et se complaisl , et par appétit désordonné après, et par tanance de telle doiilceur, va bouter le feu au milieu ? Qui est cely , ne ou est-il^ qui doit plaindre cely homme , quand d'aventure, et en telle perplexité que de voir périr le sien , quant on le verroit tendre et lahorer au remède pour la rescourre ? Certes^ quand la plaie en tourneroit grîève sur lui, et larmes et battisons des mains, à tous lez, le tenroient en angoisse, ne seroit à plaindre de nulluy, sinon d'autant que la chose publicque en peust estre biessiée en la dépendance d'ung tel sens perverti , et que est adonné à son propre mal pour le cuidier faire à aultruu

CHAPITKE CCXCVIII.

CoiDmcnl le roy Lojs au double assembla rans archiers plus qn^il n*estoitde constumc, et de son avis qnUl prist.

Le roj doncques partout son royaulme, vueillantpourveoir encontre ses querellans /les princes dessusdits, et ^oi garnir de force et d'amis encontre l'effort des autres , jà de longue main avoit praticqué çn tous endroits tout l'effort qu'il pooit mettre sus^ tant de nobles gens que de communes. Et en effet , par tous les lieux de son royaulme là où on solpit lever francs archiers , il y assist de les l^ver au double nombre , plus que par a van t. Si

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en trouva luiy bien grand nombre, bien jusques à cinquante mille , bien embastonnés et bien en poinct, avecques ses deux mille lances ordinaires, sans les aultres qu'il pooit avoir par mandement de ban.

Comme doncques le voy savoit et entendoit que son frère, monseigneur Charles ^ ne se voloit nullement départir de la ducié de Normandie qu'il ne Teust et emportast pîour son partage, et que c'estoit le droict poinct de la destrainte de ce débat, h l'ung de non s'en vouloir passer et à l'aultre de non la voloir donner ne de s'en deflPaire, le roy s'avisa , et sagement , de faire convenir les trois estas du rojaulmeàTours;etpartoute&lesvillesde son rojaulme, meismes en Tournay , manda venir nombre de députés envers ïy , de par lesdictes villes, pour avoir avis aveucques eux, et conseil en faire et en laissier sainement et deuement en cesle matère. Si y furent envoyés et députés maint *notable preudomme, et maint haut et noble clerc ; et mesmes tout Testât de saincte église 'y estoit semons et évoqué , par adjonction aveucques les nobles , lesquels tous s'assemblèrent à Tours , là où estoit le roy qui les attendoit, et avoit aveucques ly, son oncle, le roy Renier, roy de Sicile, le conte du Maine, le duc de Bourbon, le prince de Navarre, le conte du Perche, le conte d'Angoulesme, le duc de Nemours, et multitude de grans barons et de h aulx hommes, auxquels et devant lesquels, au jour qui estoit ordonné et signifié^.

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leroy, en propre personne et de son propre sens > fist une. très belle et notable relacion touchant ceste difficulté pendant présentement. Et comnie Ij de soi ne se voloit justifier ^ ce sambloit^ en sa propre querelle et cause , ne soi arroguer d'en savoir bien (aire, de propre Settjs, au meilleur expédient, protesta devant eux tous soi èstre insuffisant ly de ly , et non ydone pour faire riens en ceste matère de propre teste , veu encore qu'elle touchoit au bien universel de tout le royaulme^ et à sa perpétuité, et ly n'y avoit que son voyage ; dont, par en abuser , ne lui voloit ne ne devoit porter ce grief. Si en demanda l'avis et le codseil à eulx toua 0n publicque, et leurmisten mains et en leur déterminacion ceste perplexe et très eétroite diffi,culte de Normandie ; savoir i se pour guerre et tribulacion fuir , et espargner effusion de sang chrestien, il loisQÎt ( convertoit) mieulx accordel* et bailler ceste ducié de Normandie à son frère, et en faire dessevrement (séparation) de la couronne , ou, pour maintenir et continuer la coronne en son entier, comme de long viel temps, prendre l'aventure de la guerre , par la refuser aux demandans ; car quoique son frère, monseigneur Charles, la demandast comme pour sienne , les deux ducs de Bourgogne et de Bretagne le demandoient en confort de sa querelle ; par quoi, hoii tant seulement ceste guerre regarderoit son frère à part ly , mes les deux ducs, ses adjoints, les deux plus. gr0s menahres de France.

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