‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 48 sur 165 · CHAPITRE CCCII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCII

taotnitient le dac Charles estoit fort désirant de janvier (causer) avec le >dit connestable après son retour de France ppur apprendre de \j tontes nouvelles de par 4^\h , et comment ledit connestable arriva à Bruges à grant présumpcion.

Le duc Charles , doncques^ sachant ledict conîiestable estre retourné de Tours , et séjournant jà près de \y à Boham , non merveilles s'il désiroit bien à véoir ledict connestable , pour apprendre de ly toutes nouvelles de par-delà , et du roy et do rojaulme, et de toutes les dispositions de paix et de guerre : car n'y avoit au monde homme en qui tant il misl foy et crédence , qu'en cestui pounestable, ne aussi qui plus au vif lui eu pust parler ; car c'estoit le seul bras destre du roy, et le vrai coffré de son secré. Donc , com plus le roy y mettoit sa confiance, com plus aussi ledict connestable se devoit sagement conduire au lez de pardechà, afin que le roy n'y prist malvaise note. Et en eflPect, ledict connestable de soy-mesmes n'eust jamès osé venir cà envers devers le duc , sinon du gré et ordonnance du roy , qui jà maintesfois le y avoit envoyé depuis qu'il l'avoit fait son connestable. Et savoit bien aussi que , honneur et serment sauf, le duc Charles de Bourgogne estoit cely du monde que ledit coimestable amoit le plus pour les raisons dessusdictes. Mes nient-moins si ne

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lui voloit-il gréer l'allée devers 1 j , sinon pour, les affaires en publicque bien des deux , et avoit raison.

Or advint que^ comme le duc Charles avoit Fairt et grant désir de veoir ledict connestable et de l'avoir en devises , au roj prist fain aussi de l'envoyer à Bruges ; et le requérpient bien les affaires du temps qui alors estoit» Dont, com au roy et au duc prist nxkg désir tournait en ung homme ^ cestui, à la tierce main , se trouva en désir aiisi&i d'avoir commission de venir à Bruges , pour eei^ tains regars qu'il avoit en son couvert courage , et lesquels il désiroit à moqstrer et faire cognoistre* Si fault savoir que ce conte de Sainct-Pol , connes^ table 4e France , eatoit ung très bel et exquis che-^ valier, fier durement et de hault corrage, et è l'advenj^nt du lieu dont il estoit ; il avoit les meurs tout de meismes comme ung grant homme, et fort désiroit gloire et exaltacion à fortune , et souverainement en la maison de France; pour cause qu'en la maison de Bourgogne il avoit porté longues repuises du duc Philippe, à la cause de ceux de Groy : parquoy , par l'espasce bien de vingt ans, et parce qu'il avoit grandes alliances en France , il avoit béé ( visé ) et entendu k estre connestable ; à quoi toutefois ohcques n'avoit peu parvenir du temps du roy Charles. Or estoit advenu qu'ai;i voyage de France , que ceslui conte de Sainct-Pol fist avencques oestui duc Charles à Monilhery , par le moyen dudict Charles , ccmte

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i\e Cbairollois , il fnst faict et crée eonnestable à Conflans ; et depuis monta encore si haut , que le roy , pour l'avoir entièrement devers ly et hors de la maison de ce duc Charles, lui donna en mariage la seur de la reine , aveucques grande et haulte pourvision sur les deniers du royaulme. Or estoit-il et se trouvoit en l'onmeur et exaltacion que longuement avoit désirés ; et comme en France il avoit quis sa gloire et sa promocion, es pays et es marches aussi du duc, souverainement en Flandres et là entour ^ tendoit et dësiroit à y monstrer sa glorifiance; car savoit bien qn'it y avoit des envieux sur son honneur : parquoy tant plus il avpit affection de leur croistrè leur envie.

Si advint maintenant que> ainsi que le ro^ Ten-^ voya à Bruges, en ce mois de may Tan soixantekuict , et que le duc alors estoit en grande ^magnificence et en hault estai , la ville pleine dé nobles gens et de divers ambassades de plusieurs régions , cestui conte de Sainct-Pol, eonnestable de France, vint et arriva à Brugi^s, entra par la porte- de Saincte-^oix , vint fendant tout le traveirs de la ville et parmi le droict ventre du beau marcbié , à six trompettes sonnans devant ly et tout leurs blasons ; fîst porter l'espée devant ly tout ainsi €omm« le prince du pays , et en multitude de chevaliers et de nobles gens , six pages darriere ly et à grand sieaté ; fist toutes retentir de son bruit, et hommes et femmes corrir par les carrefours pour en veoir l'affaire : car estoit cas d^ nouvel-

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leté, ce leur sambloil^ le plus que jamès veissent« Si en sourdit grand murmure et eslrange manière de parler, entre diverses gens , qui à dur le pprtoient et qui le cognoîssoient de fons et de lait, et le sa voient estre subject nuement et serviteur du prince dupays; parquoy tant plus se indignoient contre ly à cause de ceste arrogance monstrée , et laquelle ne lui appartenoit , ce disoient. Toutes-fois , ledict connestable n'accoustant ne à parole ne à<^murmure, ne à bien pris ne à mal pris ^ tousjours Fendant les rues en son arroy , vint des* cendre en son logis envers la porte du Dam , menant grant chjère et degois de sa fière entreprise non jamès monstrée par aultre. Et en effect jamès n'avoit esté veu aussi qu'homme y fist le samblable. Si en furent en l'instant portées les nouvelles au duc, qui durement s'en esmerveilloit ; et de fait, de felle cuer tout animé , s'en indigna contre ly et le porta à très aigre. Et comme par avant il avoit fort désiré sa venue et de le veoir, maintenant^ quand il oyt conter cest orgueil et ceste arrogance mal assise , le contempna en son ayr , et tourna son cuer envers ly en toute froidesse , jurant Sainct^George qu'il lui remonstreroit son oultrage. Et combien que ledict connestable pensoit à venir le lendemain devers le duc lui faire la révérence , toutefois le duc lui signifia et lui fist dire qu'il ne venist pas, car ne lui seroit pas bien venu. Et de faict le lessa sincq jours et sincq nuicts qu'oncques ne le voult veoir , ne que l'aultre aussi

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ne n'osa y venir ; car savoit le courroux que le duc avoît contre lui. Nientntoins, à ceux qui l'allèrent veoir, comme le seigneur de La Roce , le seigneur d'Aymeries , et aultres , il s'excusa et para gracieusement , et remonstra par points et par articles , que faire le pooit et devoit par tout le royaulme de France , meismes en la ville de Paris , le roy y estant dedens ; si le pooit-il faire et l'avoit faict; parquoy en Bruges, qui estoitdu royaume, il le pooit faire aussi, comme connestable deFrance; et n'estoit poinct cely honneur à ly comme conte de Sainct-Pol , mes comme souverain officier de la couronne. Et ainsi , par belles remonstrances qui furent rapportées au duc par les ungs et par les aultres , le duc enfin se laissia approchier , et se mitiga , jà-soit ce qu'en leur convenir ensemble , le duc ne se pot oncques contenir qu'il n'en parlast fièrement audict connestable. Et disoient aulcuns qu'oncques il ne l'eust osé faire ne penser du temps de l'aultre duc, s'il eust vescu. Autres disoient que si eust , et qu'il l'eust aussi bien peu de Tung comme de l'aultre ; mes il l'eust lessié par révérence de son hault glorieux nom et règne. Toutefois^ fust qu'il le pust ou non , le peuple estoit tellement esmeu en Bruges en cestui cas de uouvelleté, que ce fust mille contre ung qu'il n'en advint des grands meschiefs et des dangiers en sa personne , tant que le hardement n'estoil poinct en ly, que d'en partir en la manière comme il y estoit venu. Mes feingni d'aller en pèlerinage

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à Herdenbourg , en privée simple maisnie ; et fist trousser trompettes et blasons en malles , et s'en alla à l'emblée.

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