‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 49 sur 165 · CHAPITRE CCCIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCIII

Gomment le duc Charles fist fÎEÛre nne grande éxecution d'an fils bastard da sei^enr de la Hameyde , et comment ses parents se vinrent mer devant le duc pour miséricorde.

Ne me loist ( convient) couler maintenant sans faire record d'une exécution de justice que fist faire ce duc Charles en ce pendant qu'il se journoit à Bruges , sur attendant laseur du roy Edouard d'Angleterre , sa femme à venir. Si est vrai que un jeusne fils , de l'eage environ de vingt-quatre ou vingt-6ix ans, nommé Hernoul, fils naturel de messire Hernoul de la Hameyde , seigneur de Condet , estoit détenu en prison à Bruges ; et l'avoit fait prendre le duc et mettre en la porterie en la main de son portier , par claim et à la requeste de partie qui là l'estoit venu poursievir , pour ung leur frère que cestui jeusne fils avoit mis à mort assez piteusement, en Condet meismes, ville et seigneurie de son père, et de quoi, comme la pacificacion n'en avoit esté, faicte , mes la cuidant porter oultre par haulteur et par puissance de ses amis , n'avoit daignié à peine d'en réparer l'oflfense, Parquoi , les amis ven us à Bruges devers ce

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nouveau duc, lequel, par renommée , savoient estre prince de justice et de radresse , se vindrent ruer devant ses pieds , lui priant pour justice et pour réparacion du piteux grief commis en leur frère. Si leur jura le duc par Sainct-George ! que si feroit-il , et qu'il en feroit bonne punicion. Et prestement , comme ce jeùsne fils ignoroit la plainte faite , et ses ennemis si près de ly , s'oj promenant et devisant emmy la court aveucques les aultres gentilhommes , fust appréhendé et mis en la poterne, sous bonne et forte garde, estroitement recommandé de la bouce du prince. Si en vint prestement la voix au seigneur de la Hameyde , son oncle, et à plusieurs aultres seigneurs^, ses parens, qui làestoient en grand nombre , et lesquels pesans le fait > quel il avoit esté et non pacifié , pesèrent aussi le criminel dangier en quel estoit leur parent, par la cognoisvale qu'ils a voient de la rigueur du prince. Si se boutèrent tous ensemble hastivement; et par conseil pris une partie de eux s'atourna envers la partie pour* sievant , et l'aultre j la plus principale et la plus pesante, se vint ruer devant les pieds du duc^ lu priant et suppliant qu'en recognoissance et rétribua cion du service que fait luiavoient en maint mortel dangier aultrefois , et en grandes missions * et peines longuement continuées , il lui pleust à estre piteux et miséricordieux envers leur neveu , et de mitiguer sa roide justice envers Ijr, par recognoissance aussi du service que le jeusne homme lui

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avoit faict à Montihérj , là où il s'estoit vaillamment porté et moûstré par jugement de beaucop de gens; parquoy se la grasce se pooit estendre jusqu'à en avoir mémoire , la faute de son péchié et de sa boullante jeunesse en poroit estre tant plus aucunement supportée. Si fust la requeste belle et piteuse à oyr en face de toutes nobles gens en pleine salle y là où le duc se rendist ententif à les bien entendre , et pour tant mieulx savoir respondre à poinct , car avoit la chose fort à cuer. Si respondist et dist :

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