‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 54 sur 165 · CHAPITRE CCCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCVII

Gomment Fescoutète prit à Theure de mye-nuit ledit prisonnier hors de la ^lorte , et le mist en la prison de ville.

A DUR regret et à anuy de cuer, l'escoutète de Bruges, celle mesme nuict, à douze heures, vint à la porte quérir le bastard , couchié en son lit , et non en attente de si prochaine mort. Si l'en emmena à la prison delà ville, et lui dist qu'il avi-

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sast et pensast à son ame, car le duc l'avoit jngié à mort, et n'y avoit nul remède. Si commença à plorer et à soi lamenter durement de sa triste fortune le bastard; et n'eust jamès cuidié, en si josnes jours, et à telle parenté qu'il avoit, venir à si dure fin , pour cas encore rémissible , et dont le roy et tous aultres princes baillent rémission tous les jours de samblables. Or en estoient tous avertis soudainement , et meismes Tescoutète qui quéroit l'eslongement de ceste mort , en avoit secrètement averti les amis , afin de venir encore à aulcun remède , qui iporoit par aulcunes grandes voies. Si allèrent les parens devers la ducesse , la mère , prier pour son aide et pour son intercession envers le duc, pour sauver ce jeusne fils. Et combien que l'escoutète avoit ordonnance expresse de le faire morir à onze heures du matin, encore sursist le temps et s'enhardit de le diflGérer jusques à trois heures après midi, par espoir qu'en ce pendant , le duc poroit remitiguer sa rigueur, par l'intercession de sa mère et d'un évesque d'Angleterre qui s'y employa tout.

Si avint que tnessire Jacques de Hercies , chevalier et diligent poursieveur de ceste matère, vint ferrant bastant à FEscluse , trouva que le duc s'estoit allé esbanoyer, celle mattinée, sur le port, en peths bottequins , vaucrant et nageant ça et là, et ne se pooit trouver et altaindre par nul sens; parquoy le temps coula et monta tousjours à haulte none ; et trouva sa peine perdue et sa dili-

gence faite en vain : car avant que pooir venir à ly pour faire la prière de sa mère , jà çstoit le temps venu jusques à l'eure qui estoit limitée pour sa mort , parquoy toute peine , ce savoit bien , estoit cassée et frustrée et de nul proufit. Dient aulcuns toutefois, que le duc commua son courage, à la supplicacion de sa mère , mes ce fust trop tard ; mes je n'aflTerme poinct qu'ensi en fust ; et s'il le fist, si le fist-il pour ung contentement dont il savoit bien que l'effect n'en sievroit poinct.

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