‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 55 sur 165 · CHAPITRE CCCVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCVIII

Comment le seigneur de la Hameydc se partist de Bruges mal content , et comment on fîst morir ce jour mesmes le bastard bien confusiblement , à grant toutefois compassion de ceulx de la loj.

Le sabmedy matin doncques , le seigneur de la Hameyde voyant son nepveu en ce dangier, et qu'il convenoit qu'il morust de honteuse mort , et que, pour prière ne pour service fait , le duc n'avoit oncques voulu rien faire pour ly , se indigna en cuer encontre soi-meismes , et montant à cheval s'en va grand tire vers son pays , troussa et emporta bagues et malles , et fist esracier ses armes qui mises estoient devant son logis , tout argué en sa confusion : car pour nul or n'eust volu estre en la ville , là où son sang si prouchain eust esté raené^ voyant ses yeux, à fin si triste ; et y estoit la

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raison bonne et juste. Et ne s'en doit esmaier nul , si le cuer lui estoit gros : car estoit très noble et grand homme et de hault estât. Or vindrent deux heures après midy, et le bastard bien ordonné et confessé , et que l'on véoit jà qu'il n'y avoit plus de remède ne d'attente, fust mis sur ung chariot , lié et attaché de cordes ung peu , aussi honneslement vestu que pour aller à nopces , bel de visaige plus que aultre, et à si beaux crins blonds qu'on nepooit plus beaux, de toute forme et de taille le mieulx pris qui fust entre mille hommes ; et plorant amèrement, plus de sa confusion que de sa mort , fust mené tout le long de la ville , pour venir à la justice , là où grand monde sievoit pour la compassion du cas non jamès veu tel. Enlr'aultres y avoit multitude de povres folles femmes qui le sievoient , et qui crioient et ploroient piteusement sur ly, et le demandoient avoir en mariage , qui toutes-fois leur fust escondit : car n'eust-on osé , par peur du prince , jà-soit-ce que on eust bien volu avoir faculté de le povoir faire ; car n'y avoit cely de la loy qui meismes ne plorast de la pité du cas. Venu maintenant doncques au lieu là où estoit son cimitère, là fust mist jus, mis en son pourpoinct de soie ,. reconforté et assisté très curieusement de confesseurs , auxquels il certifioit avoir pleine vraie foy et parfaite espérance en Dieu et en la Vierge Marie , disant meismes que celle honteuse et confuse mort que Dieu lui envoyoit en si jeusnes Ibrissans jours , lui donnoit vrai espoir que Dieu

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le prendroit en «a merci ; disant encore , mes que Famé pust aller bien , ne lui chailloit de la charongne qu'elle devenist. El prenant une astuce en ly, sur le poincl de son derrain, prist congié à tout le monde, et les yeulx bendez se mist à genoulx , dont prestement fust mort : mes ce que je plus plains , c'estoit que le corps en deux pièches on le raist sur une roue entre les meurdriers les plus forfais 'du monde ; et Tavoit ordonné le duc de le faire ainsi. Mes dedens trois jours après , le duc permist , à Tintercession des amis , qu'il fust mis en saincte terre ; et fust ensevely révéramment en la chappelle des Ménestriers à Bruges , et lui fist-on ung bel service.

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