‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 57 sur 165 · CHAPITRE CCCX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCX

Comment tous Ip.^ princes du rëalme se trooTèrent peq>lex en 1m manière du faire et da Ti\Te alors autour da roL

Pour ceci et bien avoit deux ans par avant ^ qu'autour du roy et meismes au roy anime n*y avoit prince qui ne se trouvast tout entrepris et perplex en la manière du faire et du vivre alors , tant pour la difficulté des matères et des personnages qui alors régnoient, comme des dangereuses soupechons et manières du roy y dont chacun craignoit le péril. Le connestable de France, conte de Sainct-Pol , à tout quant qu'il avoit de sens, y avoit assez a faire à soi bien conduire , qui pendmt en balance entre les deux; pareillement, le roy de Cécile qui , oncle aux deux frères , favorisoit naturellement à tous les deux ; et non moins le conte du Maine « son frère , messire Cbaries d'Anjou. Le duc de Bourbon y qui estoit le préféré do throoe pour gouvernement , et estoit oepven et cousin-germain de la maison de Bourgogne , à celv devott bien estre non moins soing aussi de charier droict « tant pour son honneur envers le roy « là où gisoil son Ijttea et son estât, comme par oUigacion de nature qui le pooîl et le devoît traire vers le lei de son prochain sang. Aveocques ce y tK qui ea le j[>lus du tout . ce avoit esté cely et uog

(i468) DE GE0RGES CHASTFF.LAIFr. 127

des principaux qui avoit faict l'esmeute au commenchement du malvais bien publicque^ dont toute cette division a esté iiée. Estre revenu doncques en grasce et en haulte crédence aveucques le roy, lui servoit et duisoit bien de la garder; et avoir esté aussi de l'alliance et de la commune conjurison quasi moveur, scelleur et prometteur infrustrable, lui estoit bien cause aussi, et de voit estre , de non trop ployer au préjudice de ses associés en cause. Le conte de Ne vers , le plus oyant en cause de tous, pour son honneur dont se véoit destitué par la Toyson-d'Of qui lui avoit esté toUue nouvellement' à Bruges , secondement pour ce que s'estoit mes-faict envers la maison de son nom et de sa gloire , oii avoit esté eslevé et nourri , et qu'à ceste cause on l'avoit despouillé de grandes terres et seigneuries longuement possessées , et avoit acquis son hayneux , le duc Charles ^ et le roy gaires tenant conte de ly , pour ce qu'en sens et vertu le voyoit amendri, et que rneismes les grans hommes le fuyoient et le noloient en son fourvoy , cestuy povre chevallier , povre conte , grand de production toutefois de père et de mère, de la maison de France , et en pareil degré aveucques le duc Charles, et ayant eu grand bruit et grand gloire en ce royaulme du temps du duc Philippe , son oncle , prince de la chevalerie toute de ça bas ; et le ducteur des batailles et des grans osts où oncques ne porta foule , quant maintenant se veit, et qu'à ung lez et à l'aultre, se trouva

comme nul réputé, n'avoit hardement de conforter le roy de peu de poursieute , ne affection de soi traire vers son prochain , par souvenance de sa honte. Certes, bien devoit avoir le cuer estraint d'angoisse et de dur anuy en cestui temps , qui, aux plus sages et aux plus vertueux, estoit estrange et sauvaige. Et combien que le duc d'Alenchon vivoit encore , et qu'il estoit tenu au roy qui Tavoit délivré de prison et restitué en sa seigneurie , si estoit-il de Tamisté à la maison de BourgofjHe , par précédent déserte ; et doloit durement la discorde des parties , comme raison le donnoit. Mes jà estoit devenu viel et cassé ; et avoit son fils le comte du Perce emprès le roy , en qui il s'attendoit , et du faire et du lessier en ceste division , et d'y bouler main telle ou telle ; car les armes désormès ne lui estoient pas si séans pour l'ung costé ne pour l'aultre , comme pité le pooit traire naturellement à voir ce royaulme en discorde , et dont il avoit veu tant de divers fins longuement , en désolacion de tout le monde.

(t4<S8) DE GEORGES CHASTELLAIIC. 120

Page 1