‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 58 sur 165 · CHAPITRE CCCXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXI

Comment le duc de Calabre, après le trdpas de D. Pierre de Coymbre , fut esleu par les CatellaDS roi d'Airagon.

Le duc de Calabre, quiestoit sage prince et sievoit les trains de son père le roy de Cécile , icely aussi avoit esté et estoit delà conjurison des princes ensamble dès la première esmeute , et avoit esté à Conflans confortant et conseillant monseigneur Charles, jà devenu duc, et grandement de l'amistié et dilection d'iceluy, par amour et service monstre, et estoit et avoit esté un des principaux de la ligue, oWigié par promesse et par sceau. Mes maintenant recouvert, et réacquis de la part du roy , par alliance de mariage qui se fist de la fille du roy , née à Gcneppes, en Braibant, et de son fils, le marquis du Pont , icely duc de Calabre , neutriant entre la faveur de çà et de là , et pesant durement le péril de la guerre qui se préparoit , mettoit plus peur aussi en la ruine des deux parties par complaintes , que samblant de condescendre ennemy à qui que ce feust, cuidant mieux faire. Mes si bien lui en prist, que tant avoit cause alors d'entendre ly-meismes à ses propres affaires ^ que de ceulx d'aultrui se pooit tant mieulx excuser et soi dissimuler. Car les Catelans ' ^ par le trespas de Dom

I . Georges Chastellain confond ici les Catalans avec les Chronk^ues. T, XLIII. — G. Chàstellaih ///. Q

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Piètre de Coïmbre , Tavoient prestement esleu leur seigneur et leur futur roy d'Arragon,en grand préjudice du fils du conte de Foix, qui s'attendoit à la coronne de Navarre , parce qu'il estoit fils de la seur du roy Jean d'Arragon et de Navarre , que ledit Dom Pierre voloit impugner par hoirie ; et jà , par Tayde des Catelans qui rebelloient et héoient ledict roy , estoit en possession d'une grande part du royaulme et de la seigneurie de Catheloingne ; et fust parvenu jusqu'au parfaire , se ne fust la mort qui le vint prendre , jeusne homme et en son premier vol, comme tous ses aultres frères, qui tous estoient morts en grand jugement du monde de pooir devenir baulx hommes et de grant faict.

Cjomme doncques Catelans cecy vissent et considérassent, que de ce viel roy , le roy d'Arragon, naislroit guerre et tribulacion, après son trespas, entre divers prétendans à la couronne d'Arragon et de Gatelongne , et qu'ils véoient et savoient ce duc de Calabre , estre prince de vertu , prince de la sommité des fleurs-de-lys, grand, sage, moult expert et bien esprouvé en grans fais, et futur roy de Cécile , et d'aultres royaulmes et seigneuries, s'avisèrent de l'attraire et de l'avoir vers eulx ; lui donnèrent et monstrèrent tiltre de droict en la

Castillans. U ne s'agit pas de la couronne d'Arragon mMS de la couronne de Castille et de Léon*

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vraye succession, et lui promettant service et assistence , l'affectèrent et postulèrent en seigneur; parquoy ly il s'accorda et se paroffrit à leur demande , à juste cause. Et par ainsi doncques, ce duc de Calabre , combien que le faict de ce royaulme lui compétoit et touchoit en général comme aulx aultres en cestuy présent temps, son propre privé fait toutefois, et encore si grant et de tel pois qu'il estoit, le pooit bien excuser aussi, et lui donner grasce et lieu d'entendre à sa nécessité particulière.

Et en toute telle cause, comme je samble voloir excuser cestuy duc de Calabre , par neutrier en ceste division , tout en pareil puis^je et dois faire du conte de Fois^ qui a voit la menace des Cattelans en barbe, pour desfaire son fils, et lequel oncle avoit assez à veiller à son propre creteau, sans soi mesler des divisions des aultres , et dont il ne véoit nul remède. Pareillement , le duc de Nemours, conte de La Marche, qui estoit de la privée conjurisoû , et avoit esté à Gonflans , plaintif aveucques les aultres, et fort adjoinct ateucques le comte de Charollois , icely fortrait maintenant de celle affection de Bourgogne^ par le roy qui l'avoit regaigné sagement , dissimula lousjours en ceste murmure ; et sans déclarer ne trop hayne ne trop faveur nullement , contenta à mieulx que pooit les deulx parties. Si n'estoit-ce pas sans peur pourtant , et sans grand sens en si dangereux jifiaire : carie roy, par semblant, -sedeiBoit alors

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de tout le monde , et n'y avoit nulle riens alors plus périlleuse de ly pour donner mort ou ruine*

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