‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 60 sur 165 · CHAPITRE CCCXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXIV

Comment Charles de France et le duc de Bretaingne , pour les<{ael8 le duc s'estoit mis aux champs, appointèrent avec le roi.

Ce donc qui peult excuser le duc Charles du traveil de son peuple à celle heure , et si longtemps avant qu'il se mist aux champs, ce fait le roy Loys, lequel avoit une grand part de ses gens d'armes dévaliez çà bas entour de Noyon et sur les frontières de Picardie , et encontre lesquels il séoit bien à pourveoir pour cause des aventures, et ce que le roy aussi peut parer. Pourquoi il envoyoit ces gens d'armes çà bas sur les marches du duc; ce fait la doubte que le roy mettoit en l'alliance , que le duc avoit prise avecques le roy d'Angleterre , et dont il craignoit son damage : si voloit veiller à son creteau de peur des périls, aveucques ce qu'il se doutoit bien , et le savoit , que le duc estoit pressé et requis de son frère , monseigneur Charles et le duc de Bretagne , de eulx trouver ensamble arrière en France à main armée, pour ceste ducié de Normandie dont ledict monseigneur Charles ne se voult deflPaire. Si pensa et s'avisa le roi de pourveoir convenablement par résislence encontre le bras de deçà , par une partie de ses gens d'armes , et à l'aultre lez , dont il fesoit le moins de pois , du

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costé de son frère , il mist pourvision par l'âultre partie pour non les souffrir joindre ensamble. Combien toutefois que la conjonction estoit promise , et par délibéracion entreprise des deux debouts , quelque empeschement que le roy y eust volu mestre , et se feussent les princes mis en assay , ce disoit Ton , quoique les choses ne parvindrent poinct jusques là , espoir de la grasce et de la bonté de Nostre-Seigneur , qui y pourvit par aultre entendement. Mes du coslé du duc^ tous les préparemens s'y inonstroient à l'œil , et les promesses furent mises à effect de son costé ; et monstra faict et parole y là où les aultres^ quand ce vint au fort, ceux meismes pour qui le duc avoit prins le fer au dos, et s'estoit mis efforcéement en armes sur les champs^ en toutte attente de fortune , fors ou non fors, et léaulx ou non , demorèrent sur leur fumier , et firent paix et compact aveucques le roy, tout à parteulx, exclus encore cely qui se mettoit en dangier pour eulx et à leur requeste. Car ne cessèrent d'envoyer cop après aultre devers le duc Charles tous les jours leurs ambassades, aveucques ce qu'ils avoieixt résidamment par deçà aucuns qui à peine n'en bougoient,comme Thomas de Loreille, bailly de Caen ^ et l'évesque de Verdun , qui toujours soUicitoient le duc Charles, ou pour argent ou pour gens d'armes , et finablement, pour consurrexîtion faire ly-meismes en sa personne. Parquoy it appert que ce que ce duc Charles se mettra sus tantost en fier apprest , ten.-

(i4^) DE GEORGES GHASTELL Ain . iSq

dant aller en France à la requeste et poursieute de monseigneur Charles, frère du roy, ce ne sera poinct à volenté malvaise encontre le roy, ne pour sa particulière cause ; mes ce sera pour accomplissement de foy et de promesse , en quoy il se sentoit lyé dès le traictié de Conflans , et de l'aveu et consentement meismes du roy et de tous les princes qui , en ce se concordoient , que se le roy n'entretenoit ce que là estoit promis, il s'agréoit et le consentoit que ils se pussent entre aidier et entre secourir Tung Taultre, jusques au parfait de son promectre.

Or avoit esté le roi faillant à son frère ; pourquoi le duc Charles , requis de son frère , lequel toutefois n'y obtempéra point pour la première requeste y ne légierement ne tost , ains y différa deux ou trois ans nécessairement, enfin et pour son honneur garder en foy promise audit monseigneur Charles^ et non fouler aussi honneur envers le roi par la vertu du traictié , il se mist sur les champs envers l'aoust, à intencion tele, que ceux pour qui il se meltoit en ce dangier , se disposeroient au mesmes et au pareil faire en commun salut de ^ous les deux.

i/iO CHRONIQUE ('4^9)

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