‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 67 sur 165 · CHAPITRE CCCXXJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXXJ

Comment le. 4uc t^estoit mis es champs et clos en on parc areucqaes^

son armée.

Lb poi donc se tenoit à Noyon , conseillant et soi avisant sur son présent affaire , et là où par les sages el|)ar les vaillans hommes de divers estas furent maintes choses levées et retournées, et à toutes difficultés de guerre et de paix rempnstrés maints articles , car le cas le requéroit bien ; et le duc s'estoit mis aux champs jà, et s'estoit clos en ung parc , le plus fièrement qu'on le veist onques , là où il délibéra d'attendre tout l'envoy de fortune, de t|uelque part qu'il lui peust venir , feust que le roy

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èe voulsist approcliier et luy courir sus , lust de là attendre et d'yverner, jusques à tant que plus fort Ten feist lever, où que autre, comme monseigneur Charles et Je duc Breton, lui requisissent d'aller et tirer plus avant et plus par fond en leur aide\ Car là gi^oit sa résolution^ que jamès de là ne se par tir oit , si ce n'estoitpour Tune des trois causes^ et qu'il n'emportast vrai appointement aveucques le roy, possesé dece qu'illuiavoit transporté, donné et confirmé à Gonflans , et à monseigneur Charles de France, satisfait aussi de la ducié de Normandie ou d'aultre chose en ce lieu , par quoi l'accord y peust estre fermé. C'estoient ces deux points principaux pourquoi il a voit mis sus ceste armée , et qu'il s'estoit venu logier en ce parc pour parlementer à espée traicte ; car autrement , ce sa voit bien , ne venroit jamès à bon bout. Dont, et pour donner à cognoistre à tout le monde le fons de son corrage et le tiltre qui l'avoit mu à estre venu là en armes et en teLarroy, fist crier par tous les quarrefours de sonost, à son détrompe, que nul, fust amy ne ennemy, n'entendist que là il feust venu efforcément pour nulle ennemistié ne violence inférer au roy ne à sa couronne , ne pour faire sur ly ne. sur son royaume nulle envaye. Mais, pour ce que langages minatoires avoient couru , jà grant pièce avoit , de la pari du roy , que ly mesmes le devroit envayr et assaillir , en le diminuant et rétorquant en sa seigneurie, seulement se venoit présenter là pour se defféndre , aveucques ce que promesse et

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serment fait à monseigneur Charles de France et autres, et de l'agrément du roy raesmesà Conflans, l'oblig-eoientà ce et le constraîgn oient de lui estre venu à secours et à remède par toutes bonnes voies. Et par ceste manière de faire , et qui est oit véritable aussi , le duc, comme sage et bien avise et comme il devoit , se deschargea de la charge que François et autres lui pooient imputer de ceste seconde insurrection , ce sambleroit , encontre la corone; laquelle toutefois, ne première ne seconde, ne Festoient point par délibéracion , quoique, par accident et par inconvénient, la première tourna lele et par ung contraire ; ne ceste seconde aussi n'estoit pas insurrection contre la couronne, quant, par les causes ici démontrées, il appert que c'estoit une compulsion de soi deffendre et de maintenir sa droiture , laquelle ne se pooit garder, ne sauver^ ne maintenir par nule remonstrance, ne par nul bel parler , si non par soi monstrer aux champs et bargaigner au fer. Dont, et pour ce que d*ung costé et d'autre pité se prenoit en maint cuer d'omme, de veoirtant de noblesse et tant de noble chrestien sang perdre ici en branle de perdicion^ et tout Ce royaume en dangier soubz un hazart incogneu, ny avoit à nul des lez preudomme ne de sain regart qui volentiers ne conseillast et boutast à tout bon moyen de rappaisement au lez là oii il pendoit le plus de péril et le plus de question , comme au lez de ce duc Charles, qui^estoit plaintif et fier , et fort durement pour h rappaisier.

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Nieotmoins, pour ce qu'il estoit de corone, et du nom et des armes , et le principal membre souverain d'icelle et pilier , si fut-il tous les jours ammonesté de différer l'effect de la guerre^ jusques au derrain point extrême, pour cause de son propre honneur et de la raisonnable pité qui à ce lé devoil movoir, pourveu qu'on le voulsist traitier et lui offrirraison et équité. Ainsi donques , comme cestui duc Charles avoit aveucques ly ung monde de nobles et de vaillans gens pour combattre et pour leur sang espandre en sa querimonie , les avoit aussi pour ly conseiller son salut et son honneur, et pour donner support et déport à ce très noble et très chrestien royaume, de non rencheoir arrière, du temps des en fans, en longue portée malédiction et aversité du temps des pères. Dont, et combien que l'apprestet l'orgueil estoit fier et grand par de là du costé du roi, et que lescuers dévoient et pooient estre animés assez envers ceux de dechà pour cause de Passant et de l'orgueil monstre si fier sur les champs et en la barbe de France, nienlmoins, quant ce vint à peser l'ung dur contre l'autre , et à difliculter les grans inconvéniens qui en saudroient, et ne savoiton sur qui le plus , n'y avoit de la part du roi sage homme aussi qui ici ne conseillasi plustost moyen et appointement que venir et laissier aller laxhose à l'extrémité du péril sur vain promettre de fortune. Mesmes le roi, qui estoit sage et moult sul)til de sens, et à qui la chose compétoit devant ton autre, car estoit son propre fait et sa propre totale perdicion ou recouvrance , cely, après mainte dis-

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putation faite par avis en ïy mesmes^ aveucques ce^ qu'il sentoit tous les dangiers et les parfondoit en sa méditation^ conclut finablement de soi mettre en devoir volentiers de traitier aveucques son beaufrère le duc, et d'envoyer à Han ses commis pour oyr et entendre ce que de la part du duc y poroil estre remonstré et produit, et sur cela avoir avis après pour y respondre et besoingnier à l'expédient convenable. Et y furent de sa part envoyez , allansetvenans, tels et tels ', et de la part du duc, messire Ferry de Clugny, le prothonotaire de Clugny son frère ; messire Brixe , bailli de Charolois ; maistre Antoine, juge de Besanchon ; messire Guillaume de Bische, maistre d'ostel, et plusieurs autres. Et le comte de Saint-Pol , connestable de France , amy des deux parties et du commun bien, et en qui maison et place tout l'assamblement se faisoit, icely se trouva médiateur toujours entre les deux aigreurs, et ne tendoit qu'à l'appaisement du plus fort renc, là où il voyoit le plus de pois de difficile. Si convient entendre toutefois que , combien que le roy souffroit traictier et aller et venir journellement en ceste ville de Han ses gens, par une manière d'escoutet d'essay,pour savoir à quelle fin on pourroit venir à l'estraindre , ne cessa point pourtant d'avoir ses gens aussi par-delà du costé de Bretaigne , qui praticquoient et se mettoient en grant peine de contenir et de rapaisier son frère et

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