‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 70 sur 165 · CHAPITRE CCÇXXIIL r · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCÇXXIIL r

Comment le temps est oit fertpluvieiuE, el ifulli^duc contraint k chantier

«on porc-. "^^

Dorant le temps que le duc se tej^ioit en son parc, il fesoit si pluvieux > que merveille seroit à conter comment ne Ij? ne ses geûs s j pooient tenir; car aveucquesce qu'il fesoit moite par desseure, si estoit la terre si enfondrée , que nul ne s'en pooit ravoir ; tout homme y alloit jusqu'à demi-jambe en la boe , et n'y avoit ne cheval ne homme, tant fust-îl grand, qui se pust logier à sec ; el n'y avoit tente qui ne fust trespercée et toute pourrie d'eàne , et ne corps d'omme qui ne fust en dangier d'estre perdu par maladie ou par mort du mésaise ; et tellement que le duc se trouva contraint^ par la clameur qu'il en oyt, de se lever et de changier lieu plus au couvert , ou il eust mis toutes ses gens en péril de mort, et ly-meismes en grand dangier. Mèsmement les capitaines le lui disoient , que force estoit de ce faire ou de tout perdre ; et , quand il vouldroit user de sa teste tout seul , il se trouveroit tout seul; et ly tout seul, ce

n*estoit que ung homme comme les aultres. Par-*

Chroniques. T.XLIll.*—Qi. Chastellaik. ///. j i

l6!2 CHRONIQUE (<î<>fi)

quoy , quant il auroit perdu ses gens , par quérir en eulx plus qu'on ne doibt, ne que nature ne peult, si annoy lui en venoit après, \j seul seroit cause de sa foule. Si se conclut enfin de deslosîer; et crut conseil ; et s en alla logier à Leons en Santers, atout sa bataille, et l'avant-garde logea à ' . ..,

et l'arriere-garde ^ , chacun au inieulx et

au plus bel qu'il pooit.

ijont, toutefois, pour en conter à Tonneur du duc et de son grand corrage , c'estoit damaige que tout le temps que le duc estoit en armes , qu'il ne pooit persévérer en cestuy parc; car c'estoit la plus fière chose du monde et la nrieolx ordonnée ; et sambloit eslre une grande puissante cité , que de l'assamblement des tentes qui là se véoient entassées et assises en fachon de rues longues et croisées , et à grans carrefours et places , pour faire convencions et marchandises , et là où tous ouvriers et marchans et marchandises se trouvoient , et tavernes et cabarets, comme en Paris. Et la muraille du dehors du parc, c'estoient charios et engins tous estoffés et eflPustés, et si fièrement puissamment assis, et si bien gardés et munis de gens deflfendeurs à grosses plommées (massues ) que de nul effort d'homme n'avoit garde , et n'estoit de nul lez approchable. Parquoy n'est pas de merveilles

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