CHAPITRE CCCXXIL
£n ce tems-cy se monstra ane comète du ciel, laquelle se monstra après
la mj-naitpar une espasse de tems.
En tandis donc que le roy et le duc gisoient ainsi front à front l'ung de l'aultre, l'ungen son parc clos , et l'auUre à Noyon ; et que sans emprendre et sans rompre l'ungen l'aultre, chacun bergaignoit son compagnon , en fier samblant , s'apparut alors au ciel une comète, laquelle, par ce que j'en ai pu apprendre de ceulx qui la virent devant moi , se monstra premièrement sur terre, tantost après la my-nuict; car pluiseurs j comme il me fusl recordé, l'avoient veue par nuicl> comme à deux heures , et aulcuns aultres après à trois , et entre trois et quatre ; et comme alors les jours estoient encore assez longs , et les matinées tempre, faict à supposer qju'après quatre heures et demie ne se pooit plus veoir en son monter , là où elle avoit esté veue au premier, en orient. Et moy-meismes , après en avoir oy le conte,
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désirant fort de la veoir , me levai deux ou trois fois à ceste cause, entre trois et quatre, cuidant la veoir en lieu comme les aultres , a l'adi^esse que j'en avois. Mes tel fois le temps estoit couvert, par quoi j'en imputaj la faute as nuées; et aulcunes fois , quant le temps estoit assez cler pour la parchevoir , si failli à la trouver par mal tourner mon œil peut estre , ou que maison ou aultre entredeux m'empeschoit. Parquoi de là en avant , plus ne m'en mis en peine , jusques que dedens aulcuns jours, après le vespre, je la trouvai d'aventure envers buict et neuf heures , au-dessoubs du nord, tirant vers occident ; par quoi je jugeaj en mon samblant qu'elle tiroit assez bas près de terre , puisqu'en si brief temps avoit fait son tour d'orient en occident* Car , en trois sepmaines , ou environ ^ s'estoit monstrée de* la première veiie du matin bien tempre^ et de la seconde veue du vespre bieii avant en la nuict.
Ceste comète ici estoit pale et non pas de gros corps ; mes avoit une queue de foible clarté à y gecter l'œil dessus ; mes qui baissoit l'œil devant elle ; son raj lui féroit en l'œil tout cler ; et sambloit à l'œil que le ray de la queue fust dedens ly . Ija queue en estoit bossue, en forme d'une queue de paon , tournant contre mont , gresle devers le corps dont elle partoit , et espannie envers le bout, tout ainsi que ung paon en son orgueil ; et tousjours tiroit la queue et se monstroit directement sur orient, comme sur Bourgogne. Parquoy,
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comme ce duc alors esloit en appareil de guerre et de bataille sur la frontière de France , et que ceste 'comète se sambloit monslrer et porter signifiance sur ly, pluiseurs y mettoient douteuses significations sur ly , et diverses conjectures, comme de confusion et deruyne, ou d'aulcune malvaise machinacion contre ly , et fraude , comme en tel temps et en tel pesant affiâre tout'faict doubler et à craindre , espécialement chacun de ce qu'il aime, et là où il est tenu d'en porter soin. Mes loenge à Dieu ! si cesle comète porta aulcune signification sur ly , si n'estoit-ce pas en son contraire , mes en haute opéracion future en brief , et dont l'influence tournoit sur Liège. Car 'en ce meismes temps, et avec l'essorse de ceste comète , Liégeois machinèrent et procurèrent, à quelque instance que cj feust, leur dernière et sempiternelle ruine et confusion, et le doloreux feu de leur noble renommée cité en perpétuel opprobre. Siques, comme elle tourna sa queue sur Bourgogne, ce ne fust poinct sans cause , quant Bourgogne recheut l'influrence de Texsécution ; et ce qu'elle tourna en orient , ligne à ligne , là où Liège estoit assise , ce fust l'effect de sa triste importance , dont Liège meismes estoit cause. Et vérilablement , dès l'eure que Liégois , ceste derraine fois , se rébelloient et rencheurent en leur malvaiselé accoustumée, le duc tenant les champs, pluiseurs dictoient alors et jugeoient infailliblement quasi ceste comète porter influence sureulx et non sur aultre; et en
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estoient moins en soing de là en avant de la personne du duc, leur prince, et tout se trouva vray.