CHAPITRE CCGXXIV
Comment le duc cstoit rcsola à ce que de toutes ses demandes quUI avoit Élites , ne Ici^seroit couler point une quUl ne les emportast.
Moult se donnoit de peine le comte de Sainl- Pol, connestable, en cestui parlement , afin de les unir; et jour et nuit alloit et venoit entre deux, puis devers l'ung^ puis devers l'autre ; rompoit à tous lez et amoUissoit à son povoir ce qu'il y avoit de dur entre eux, souverainement du costé du duc ; là avoit fortà faire; car pour toutes conclusions, le duc s'estoit déterminé et résolu à ce que , de toutes ses demandes et plaintes, il n'en laisseroit couler une qu'il ne les emportast, pour non jamës partir de là sinon par mort; car les maintenoit et démonstroit raisonnables et droiturières et non jamès réprouvables^ vérité bien oye. Aussi elles estoient fondées authentiquement, tant sur lapaixd'Arras faiteentre le roy Charles et le duc Philippe , comme sur celle qui fut faite à Conflanspar l'avis de tout le sens de
l64 CHRONIQUE (,468)
France , qui n'esloit pas chose pour rompre. Parquoi , et comme ce duc ici se trouva frustré et repincié en Tune et en l'autre , et que le rois'estoit essayé de le traitier autrement qu'en raison, maintenant, quant il s'est veu en lieu là où son droit pooit maintenir par force , il a mis avant sa complainte en ferme propos de la faire bonne , non prenant tiltre pourtant contreleroy ne contre sa corone, par action qui regarde sa magesté, mes tillre seulement sur son droit et sur le tort que le roy lui voloit faire, ce que ne devoit, et lequel tort il ne voloit tolérer ne porter. Sedoncques, entre gens de tous divers degrés il y a des grftnr^ires et des doléances tous les jours de dcoit et de tort, et que chacun en son endroit volentiers.veut et peut maintenir et deffendre sa querelle pour la débattre devant juge ou autrement , par la mesme raison de condicion humaine les puissans et forts princes, de leurs difficiles questions qu'ils ont aucune fois ensemble et des quelles ils ne se veulent attendre à jugement d'homme, ne de eux mesmes souvent ne veuillent faire raison , il besongne bien doncques et est excusable que celi qui se sent le plus, grevé qu'en nature et autorité de prince, et à qui il duit rebouter force par force , et oppression par puissance , qu'il mette sa cause aussi sur la pointe de l'espée, là où force lui fait foule. Dès le commenchement du monde, tous les grans princes ont esté tels : ils ont fait leurs insurrections les uns sur les autres pour mien et pour lien. Le fort a confrois-
(ï468) DE GEORGES CHASTELLAIW. l65
sié le foible , et souvent le moins apparant le plus grand en nombre ; et là où le plus grand aucune foisporle foule et repincement soubsson moindre, et convient qu'il l'endure.
De si fais exemples toutes mémoires et tout livres en sont pleins; et tant que le monde durera cestui usage et manière de faire se trouvera entre les princes auxquels ce qui est non loy est loy , et ce qui est non licite à autrui ce leur est équité voluntaire. Comme doncques ceste maison de Bourgogne en ce temps ici , et jà longuement continuée jusques à la quarte généracion, estoit hautement eslevée et tant (ju'à paine n'avoit sa pareille, horsmise la couronne de France, et qu'en armes et en victoires et en toutes autres glaires que fortune envoie, elle resplendissoit, et de père en fils toujours croissoit et multiplioit, et e n roideur s'espanouissoit, non merveilles que, veues et considérées les causes fondamentales qu'elle avoit acquises en bon tiltre, etqu'aprèsguerre autrefois portée justement encontre la couronne, elle estoit rentrée et revivée sainctement aveucques elle en paix et en amour, par satisfaction licite , que licitement aussi maintenant, quant on l'a volu frustrer en ses prérogatives et dignités acquises vertueusement, elle n'a deu et peu defFendre sori droit, et le procurer en la mesme forme qu'elle l'avoit acquis , ou au moins de s'en mettre en puissance par armes et par puissance. Comme ce que j'ai dit devant, icelui usage est de tout ancien temps entre les hauts princes qui
l66 GHRONIQUB (i4<>^}
leurs causes font apparoir par orgueil et leurs questions par menace.