CHAPITRE CCCXXV
Ce la doldancc que le rci fist da roi Ix>ys, et des aigres plaintes qu*it prononchoit en pabltc de la personne do dac Charles.
Et combien toutefois que de la part de ce duc de JBourgogne et de sa maison si haute et si eslevée se seu firent donner , et licitement , ce samble , toutes cestes couleurs et palliemens^ comme vous avez oy en justifiant sa cause, si n'est-il dit pourtant que Franchois n'eussent cause aussi légitime et raisonnable de colorer en contraire leur action juste et bonne encontre ce duc, et de former argumens^ par manière de doléance, contre Ij?, poignante et dure, comme de fait ils firent, les ungs à couvert, et les autres à plein dévol, disans et murmurans, depuis le roy jusques aux pages : « Maugrez en ait » ma vie! et que veut faire ce duc de Bourgogne^ » (jui. toujours court sus ainsij et de père en fils, le « roy son souverain; et ne cessent, ne oncques ne w cessèrent de tra veiller ce royaume , et d'en fouler » le throne par toutes voies dampnableset détestai> blés et non tolérables , et dont l'orgueil et l'ini- » quité et la mescognoissance puent devant Dieu, et » animent et doivent procurer tous bons cuers i> franchois pour en quérir vengeance, *Que mau-
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» dit^ en soit la généracion , ne qu'onques ventre » des fleurs de lys en feist la portée. N'onl-ils^ de- » puis le due Jehan en chà, persécuté ce royaumeà » double main ? et là où de leur propre pooir ne » se sont pu saucier assez en leur venin envers >► nous, ne se sont-ils ajoins aveucques les Angles » contre nous? et les ont boutés en ce royaume » pour tout détruire ; nous oot assaiULs par ba- » taille en divers lieux; ont débouté et déchassié » le roi hors de son propre , pris et. assiégié ses » villes^ forcéement essillié et mis à feu le plat pays, » et tout mis à ruine ce qui estoit et pour eux et » contre eux; et n y a eu chose qui se puist dire » en quoi leur pité soit tournée, si non en final con- » fusion du roy Charles mort, là où ils préten-r » doient, et lequel nient-moios^ premier qu'il ait » peu avoir paix aveucques eux, iU Uontdevesti et » dépouillé iniquement de* ses royales prérogati- » ves; plusieurs fois l'ont asservi à choses impertineur » les ; et non eontent encore de telle humiliation, » l'ont tendu et recoppé en sa seigneurie, et lui ont » emporté les metes et les extrémités de sa cou^ » ronne à main efforcée ; et de quoi il a esté con- » trainct de le passer et de le tolérer, bon gré mal- . » gré, pour avoir paix^ Et vous tous^ nobles Fran- M chois , or escoutez comment ceci sonne, que ung » roy de France, lé plus noble et le plus digne de » la terre et le plus puissant , soit venu jusqu'à là, » que ung de Bourgogne, son subject et son servi- » teur^ tout honoré que d'estre de son sang. Tait
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» aiosi persécuté et tyrannisé » qu'il lui a convenu » lui accorder et consentir sa foule et son damage » et faire satisfaction et réparacion du plus grant » au moindre, et par force. 0 maudite injurieuse w rébellion non onques oye ailleurs ! que pleuct à ^> Dieu que terre fondie;t dessoubs eux qui font telles » œuvres, et que larachine en feust extirpée, et mise » en fagots. C'est une mauvaise généraison et exé» » crable que Bourguignon. Et qu'est venu faire ce » duc Charles ici arière, qui vient infester le roy B et commovoir tout ce royaume, et mettre en troui} ble par son orgueil ? que tous les deables les » puissent combattre J que nous veut-il ? ne lui » souffit-il d'avoir fait une fois ce dont le front lui y) est tout noir de réproce , d'estre venu corrir » sus au roi en sa qualité , et de le combattre in ju-^ » rieusement, sans tiltreet sans cause; et non à » tant content , faire le maistre au milieu de son » royaume, portant étendards et pennons, réputant » tout à son pays et rivières ; et en son orgueil » allant querre encore les ennemis du roy dedens » Paris à Conflans, là où il emporta de sa cpronne la » moitié des^ fleurons ; et tout par insurrection , qui » est pareille à celle que fit Lucifer en contraire de » Dieu et dont il fut ge^té en enfer, là où j'espoire , » et Dieu le d<;Hnt^ cestui orgueilleux rebelle Char- » les , faulx , maudit Angles qu'il est , sera rué aussi » pour ses péchiés; si en serons quittes. Que veutw il arrière ? Veut-il avoir la coronne et le sceptre » en ipain; et qui tant a de seigneuries et de posr
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>» sessions et est si puissant, si fait-il h croire, et a 4> son Gand et son Bruges, que veult-il? veut -il » avoir encore Paris ? Que maie foudre puisse » cheoirsur lui, et sur quanqu'ila; etdoint Dieu » que le roy s'y consente , que nous eh puissions » prendre la vengance pour Ij , et que nous puis- » sions tout mettre à feu et à flamme , et rober, » et piller, et tuer tout ce qui se treuve. On en a » trop souffert et trop longuement aduré ceste vie. » Que l'on fière dçdens, de par tous les mille grans » deables , que l'on y fière ! que dissimule tant le » roy, quicy pend à l'escout, et se fait brebis; et » bargaigne l'on de sa peau ou de sa laine. C'est » bien ung homme misérable , et de povre enten- » dément , s'il ne voit goutte et si ne se perchoit » comment on le veut mener par menaces à ce que » l'en veut avoir de lui. Par la digne mort ! je y » mettrois plustost tout mon royaume en l'aven- » ture, premier que me lessier mener ainsi. Si )) les Sarrasins estoient descendus en ce royaume , » ils n'en poroient plus faire, ne à peine au- » tant. »
Telles et si faites estoient lès paroles des Franchois, fait à penser , entre les gens d'armes et qui désiroient la guerre pour le gaignage ^ et aucuns aussi par haine formée de viel temps contre la maison de Bourgogne , comme j'ai dit. Mes entre les gens de conseil estoit l'avis tout autre, et de toute autre gravité pour la plupart , combien que aucuns en y avoit , et poit avoir, qui avoient felles.
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et mordans paroles : mes n'avoieiil poitil de sieule ne de credence : par quoi eulx à bon sens et à parfait regard vainquoient et prévaloient.
CHAPITRECCCXXVI.
Des murmuracions des Franchois et de hautes paroles eu leur quartici* pour la foule qui leur tournoit si gricsve.
Et en vérité, se Franchois murmuroient durenient et usoient de hautes paroles en leur quartier, n'est point de merveilles, considéré encore que la foule tournoit griève sur eux et sur tout le royaume, et que se eux en contraire eussent inféré ceste foule es pays du duc, et que là feussent venu monstrer leur orgueil contre ly , on les eust maudits par de ça de cent mille maux en pareil, comme ores ils faisoient les autres; car à Toppressé est toujours l'occasion de maudire et de se doloir. De la part doncques des Franchois, qui est la plus noble nacion du monde , et la plus fière , et par nature de puissance et de chevalerie est celle qui les autres nacions a appris à combattre et à dompter , quant il est avenu ainsi que ung duc de Bourgogne, subject et membre de la couronne, s'est venu présumer jà deux fois efforcément en pays , et de son propre pooir sans em- 2)runt, soi venir mettre en barbe à un roi de France
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pour lui livrer assaut , certes il coavient dire : ou que la gloire est bien haute et clère à un duc de Bourgogne d'avoir ce empris et achevé , et à un roy de France grant foule, ou que de l'injure que le roj y porte et a souffert la plainte que Franchois font du duc de Bourgogne est raisonnable; car ont porté plaie, ce sambleroit^ de cely dont ils devroient avoir deffense. Mes comme la gloire des princes pend en orgueil et en haut péril emprendre , et que ce duc ici l'a altempté bien difficile et bien dur, et glorieusement en est venu au bout, à qui qu'en demeure la foule ne l'occasion de s'en doloir, au duc demeure la gloire d'avoir fait ce dont les autres allèguent injure. Combien qu'à dire voir d'injure n'y avoit-il point à le bien enlendre, ne à intencion d'injurier n'est pas venu le duc ici; mes, en procurant son droit et sa cause légale et juste , il s'est venu deffendre par la mesnie voie qu'on l'a volu quérir comme par force. Comme doncques toutes principales puissances conviengnent en ung point estroit qui se dit orgueil , et qu 'en enuisl'ung cède à l'autre, enflez doncques tous deux^ tous deux se monstrent et se préparent , et s'exposent au péril de confliction soubs fortune, là où coustumièrement ceux qui se confient avoir J)on tiltre et bon droit sont ceux aussi qui les mieux s'asseurent de péril emprendre. Comme ce duc Charles, lequel, tout quanqu'il a fait en ce royaume, l'a fait^ ce veut-il maintenir, à tiltre d'onneur et de juste cause en son premier voyage ,
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et non à intention de combattre le roy , ne de lui jurier^ quoique autrement advint^ mes à intention, aveucques les autres de pourveoir aux affaires du rovaume,qui alors chanceloient. Dont, pour ce que le roy estoit puissant pour résistera eux tous , ly aussi se voloi t mettre sus fort, pour non payer Tescot pour les autres ; aveucques ce que il sa voit bien que le roy le héoit durement et de mort. Et à ceste seconde fois, là où honneur Tobligoit d'aller au secours à monseigneur Charles de France , et au duc Breton , et que par nulle voie ne moyen, en longue traite de temps, ties'estoit peu descoupler de eux^ que toujours ne demorast contraint de les assister ; et qu'aveuques ce que le roy de rechief , en plusieurs actions et tiltres , lui tenoit des durs et estranges termes , puis en une manière puis en une autre , et à quoi il sentoit bien et véoit que pour][voir il y convenoit, par voie dé fait; tout en pareil comme on prétendoit sur lui , terapre et de heure mesme proposa et délibéra de y prévenir ; et comme la puissance et l'effort d'un roy de France il le congnoissoit redoutable et de fière attente , et que mesmes ne se fondoit pas trop fort sur l'ayde ne sur le secours des Bretons , qui autrefois l'avoient lessié ou péril , voult tellement penser de soi, et comme sage, qu'en allant en France, sur ce que Dieu vouldroit faire et souffrir de ly , il y iroit si fort et si garni, que de nul effort d'autrui il n'auroit peur. Et de fait y mena quarante mille couibattans et d'autre monde, tant que c'esLoit une
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horreur. Ceci doncques considéré, et sainement disputé sans faveur et sans haine , et recoulé en bon sain jugement, tant pour le roy que pour le duc qui est Franchois et du sang, les causes pourront estre trouvées telles^ que le tour, tort nedemora point devers le duc ne au roy , aussi toute l'équité de la cause. Et véritablement, mes je le dis à plainte et à regret , le roy originellement a esté plus cause que nul autre de tout ce meschief et de sa propre tribulacion .